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Bouquin-quizz n°29

Publié par le 3 septembre 2015

 

Bonjour à tous.
Voici un extrait de…
Je veux dire d’un roman de…
Non. Finalement, je ne vais pas vous l’indiquer. Ça vous amusera peut-être d’essayer de deviner.


Les Lester entendirent Dude corner tout en bas de la Route Au Tabac, bien avant que l’automobile ne fût en vue. Ils coururent tous au bout de la cour et même jusque dans les ajoncs pour voir arriver Dude et Bessie.
La vieille grand-mère elle-même était agitée, et elle attendait derrière un azédarac pour être une des premières à apercevoir l’automobile neuve.

— Les voilà, hurla Jeeter. Regardez-les un peu ! Y’a pas d’erreur, c’est une automobile toute neuve… Regardez-moi cette belle peinture noire, toute brillante ! Nom d’un petit bonhomme ! Voyez-les arriver là-bas !

Dude faisait environ du vingt milles à l’heure, et il était si occupé à faire beugler sa corne qu’il en oublia de ralentir quand il tourna dans la cour. La voiture bondit en franchissant le fossé, et Bessie fut projetée deux ou trois fois contre la capote tandis que des lames se brisaient dans les ressorts arrière.
Dude ralentit alors. L’automobile traversa la cour et vint s’arrêter sur le côté de la maison.

Jeeter fut le premier à atteindre la voiture. Il l’avait suivie en courant tandis que Dude mettait les freins, et il s’était cramponné, derrière, au garde-boue pour ne pas se laisser distancer.
Elie May et Ada le suivaient de près. La grand-mère arrivait aussi vite qu’elle pouvait.

— J’ai jamais vu de ma vie une automobile plus jolie, dit Jeeter. Sûr que ça me fait plaisir de revoir une de ces belles voitures. Bessie, vous ne croyez pas que vous pourriez m’emmener faire une petite promenade ? Pour sûr que j’aimerais bien m’y promener un brin.

Bessie ouvrit la portière et descendit. Son premier soin fut de saisir le bas de sa robe et d’essuyer les ailes avec l’ourlet.
— M’est avis qu’un de ces jours nous pourrons vous emmener, dit-elle. Quand Dude et moi reviendrons, vous pourrez aller vous promener.
— Où c’est que vous allez, Dude et vous, Bessie ?
— Faire un tour comme des gens mariés, dit-elle avec orgueil. Quand les gens se marient, ils aiment toujours aller faire une petite promenade quelque part ensemble.

Ada et Ellie May, muettes d’admiration, contemplaient la voiture. Toutes deux relevèrent leurs jupes et se mirent à épousseter les portières et les ailes. Quand elles eurent fini, l’automobile neuve brillait en plein soleil comme un miroir.

Dude enjamba la portière et ordonna à sa mère et à sa sœur de s’éloigner.
— Vous et Ellie May, vous allez l’abîmer, dit-il. N’y mettez pas les mains et ne restez pas trop près.
— Est-ce que Dude et vous, vous vous êtes mariés, à Fuller ? demanda Jeeter à Bessie.
— Pas complètement, dit-elle. J’ai obtenu le permis du comté, cependant. Et, pour une petite affaire comme ça, il m’a fallu payer deux dollars.
— Est-ce que vous n’allez pas vous adresser à un pasteur pour finir le mariage ?
— Certainement non ! Est-ce que je ne prêche pas l’évangile ? Je le ferai moi-même. Jamais je ne laisserais un Baptiste se mêler de mes affaires.
— Je savais que vous feriez pour le mieux, dit Jeeter. Ah ! Sœur Bessie, vous êtes une grande évangéliste, pour sûr.

Bessie s’approcha de la véranda en tortillant le permis dans sa main.
Tous les autres regardaient toujours l’automobile neuve. Ellie May et Ada se tenaient à distance respectueuse pour éviter que Dude ne les écartât à coups de bâton. Impressionnée par le spectacle, la vieille grand-mère était retournée se cacher derrière l’azédarac.
Dude tournait en rond pour pouvoir regarder la voiture sous toutes ses faces. Il voulait être bien sûr que personne n’avait mis les mains sur la carrosserie pour en ternir la peinture.

Assis sur ses talons, Jeeter admirait.

Bessie était montée jusqu’à la moitié des marches et elle essayait d’attirer l’attention de Dude. Elle toussa à plusieurs reprises, se racla les pieds sur le bord des planches et frappa sur la véranda avec les jointures de ses doigts. Jeeter l’entendit et il se retourna pour voir ce qu’elle faisait.
— Sacré nom de Dieu de bon Dieu, dit-il en se levant d’un bond. Faut-il donc que je sois bête quand même !
Tout le monde se retourna et regarda Bessie. Derrière un azédarac, Ellie May se mit à ricaner.
— Ada, dit Jeeter, sœur Bessie voudrait entrer dans la maison. Montre-lui le chemin.

Ada entra et ouvrit les contrevents. On pouvait l’entendre traîner les chaises dans la chambre et repousser les lits dans les coins.

— Dude et vous, vous ne vous êtes donc pas arrêtés dans les bois en revenant de Fuller ? demanda Jeeter à Bessie.
— Il nous tardait d’arriver, dit-elle. J’ai bien fait quelques allusions à Dude, mais il était si occupé à faire marcher sa corne qu’il ne pouvait pas m’entendre.
— Dude, dit Jeeter, tu ne vois donc pas comme sœur Bessie a envie d’entrer dans la maison ? Va donc avec elle… Je surveillerai l’automobile.

Tandis que Dude se faisait prier pour entrer dans la maison, Bessie s’achemina lentement à travers la véranda vers la porte où elle s’arrêta pour voir si Dude la suivait.

Ellie May se hissa sur la pointe des pieds pour essayer de voir dans la chambre par la fenêtre ouverte. Ada était toujours très occupée à mettre de l’ordre. Toutes les cinq minutes, elle poussait une chaise d’un bout à l’autre de la chambre ou changeait de position le pied d’un des trois lits.
— Qu’est-ce qu’ils vont faire là-dedans, Ma ? demanda Ellie May.
Ada s’approcha de la fenêtre et se pencha. Elle détacha les mains d’Ellie May du rebord de la fenêtre et lui fit signe de s’éloigner.
— Sœur Bessie et Dude sont mariés, dit-elle. Tu n’as qu’à t’en aller et cesser de regarder dans la chambre. Ces choses-là, ça ne te regarde pas.

Dès que sa mère eut disparu, Ellie May se hissa de nouveau sur le rebord de la fenêtre et regarda dans la chambre.

Dude était allé jusqu’à la porte d’entrée où il s’attardait à regarder encore une fois l’automobile. Il resta ainsi jusqu’au moment où Ada sortit et, le poussant, le fit entrer dans la chambre où se trouvait Bessie.

Il n’y avait presque pas de meubles dans cette chambre. Outre les trois lits à deux personnes, il y avait, dans un coin, une commode boiteuse. Elle servait à la fois de table et de lavabo. Sur le mur, au-dessus, se trouvait un miroir cassé. A l’autre bout de la chambre, il y avait une cheminée. Un balai d’ajoncs était debout, derrière la porte, et il y en avait un autre, tout usé, sous le lit d’Ada. Il y avait aussi, dans la chambre, deux chaises à dossier droit. Comme la maison n’avait pas de placards, les vêtements étaient suspendus aux murs, à des clous qu’on avait plantés dans les montants de la charpente.

Au moment même où Dude entrait dans la chambre, Bessie ferma violemment la porte et entraîna le jeune homme avec elle. Elle sortit le permis de mariage de la poche de sa jupe et le tint devant elle.
— Tiens-en un bout, Dude. Moi, je tiendrai l’autre.
— Qu’est-ce que vous voulez faire ?
— Nous marier, Dude, dit-elle.
— Est-ce qu’on ne l’a pas déjà fait au tribunal, à Fuller ?
— C’était pas tout. Je vais faire le reste maintenant.
— Quand c’est-il qu’on va aller se promener en auto ? demanda-t-il.
— Ça ne tardera plus maintenant. Mais d’abord il faut rester ici un petit peu. Nous avons tout le temps d’aller en auto, Dude.
— Vous me laisserez conduire tout le temps ?
— Mais oui, tu pourras conduire tout le temps. Je ne sais pas conduire, du reste.
— Vous ne laisserez pas conduire les autres, hein ?
— Y aura que toi, Dude, qui pourra conduire, dit-elle. Mais il faut nous presser à finir notre mariage. Tiens le bout du permis pendant que je vais prier.

Debout près d’elle, Dude attendait que la prière soit finie. Elle pria en silence pendant quelques minutes tandis qu’il restait devant elle.

— Je nous déclare mari et femme. Ainsi soit-il. C’est tout, mon Dieu. Amen.

Il y eut un long silence pendant lequel ils se regardèrent.

— Quand c’est-il qu’on va aller se promener en auto ? dit Dude.

 

Bouquin-quizz n°28
Bouquin-quizz n°30

7 Responses to Bouquin-quizz n°29

  1. LECHAUVE Dominique

    je suis désolé, mais je ne fume plus.De ce fait je ne prendrai pas cette route.

  2. Le cosmonaute

    USA années 20 ?

  3. LECHAUVE Dominique

    oui, en ce qui me concerne je pense que c’est très à la fin des années 20, les prénoms m’ont rappelés un film, pas des mieux réussis, sur la vie de travailleurs après la période de dépression.

  4. Oliv'

    A quand un quizz-chanson ??

    J’ai trop saigné sur les Gibson
    J’ai trop rodé dans les Tobacco road
    Y’a plus qu’les caisses, qui me résonnent
    Et quand j’me casse, j’voyage toujours en fraude
    Des champs d’coton, dans ma mémoire
    Trois notes de blues c ‘est un peu d’amour noir
    Quand j’suis trop court, quand j’suis trop tard
    C ‘est un recours pour une autre histoire.

    Quand la musique est bonne
    Quand la musique donne
    Quand la musique sonne sonne sonne
    Quand elle ne triche pas
    Quand elle guide mes paaaaaaaas !

  5. LECHAUVE Dominique

    J’ai plus d’amour, j’ai pas le temps
    J’ai plus d’humour, j’sais plus d’où vient le vent
    J’ai plus qu’un clou, une étincelle
    Des trucs en plomb qui me brisent les ailes
    Un peu de swing, un peu du King
    Pas mal de feeling et de décibels
    C’est pas l’usine, c’est pas la mine
    Mais ça suffit pour se faire la belle

  6. Oliv'

    La réponse au quizz-bouquin serait-elle incluse dans le quizz-chanson ? ça devient cornélien comme histoire…

  7. Thierry Poncet

    La Route Au Tabac, un des premier romans d’Erskine Caldwell, l’un de ces grands romanciers du sud américain, avec Steinbeck et Faulkner. Lecture recommandée, de même que celle de « Le Petit Arpent Du Bon Dieu », un peu similaire, et surtout Le Bâtard, son tout premier, court roman d’une cent cinquantaine de pages, paru en 1929, d’une violence et d’un désespoir « no future » étonnant pour l’époque. La version littéraire d’une chanson de Johnny Cash (plutôt le contraire, d’ailleurs). Il a d’ailleurs été interdit à la vente dès sa publication. C’est de ce Bâtard que j’avais l’intention de vous tirer un Quizz, mais je l’ai prêté à un indélicat et… Je suis tombé un soir par hasard à la télé – donc il y a très longtemps – sur une adaptation cinéma française, avec Gérard Klein et Brigitte Fossey. D’après mon souvenir, ce n’était pas mal du tout…

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