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Le Cizia Zykë ultime – L’inédit

Publié par le 27 août 2018

 

Salut potesses et poteaux.

Mine de rien, nous voili voiça à la veille de la parution aux toujours excellentes éditions Taurnada du dernier projet littéraire de Cizia Zykë, que sa disparition soudaine avait transformé en manuscrit inachevé, et que j’ai terminé moi-même, avec mes p’tites mains, sur mon p’tit clavier.

En me disant à chaque paragraphe qu’il devait bien rigoler, le Grand, là-haut, sur son nuage, de réussir à me faire bosser, même après sa mort !

Le petit bijou de livre qui naît de cette dernière et étrange aventure s’intitule Alma. C’est un conte. Une fable. Un « il était une fois… »

Zykë le voulait différent de tout ce que nous avions produit avant, tout en veillant à ce que lectrices et lecteurs, vous, les amis, retrouviez la même liberté associée à la même rigueur d’écriture, la même crudité de mots et de sentiments alliée à la même brutale poésie, la même conception philosophique de l’existence unie à la plus ventrue des rigolades.

Et, en toute confidence, potesses et poteaux, c’est réussi !

En guise d’apéro, quelques miettes extraites :

 

« Je me doute de ce que vous pensez, allez !
Que ce diable d’aventurier peut-il bien savoir de Dieu ?
Voilà bien cet ogre, ce Tarass Boulba, cet Albanais, ce bachi-bouzouk partout réputé pour ses méfaits et ses pensées mauvaises qui prétend soudain me parler d’une gamine.
Non mais…
Que sait-il des petites filles, vous dites-vous ?
Que peut-il bien vouloir à cette Alma, sinon des tripoteries coupables dont vous ne voulez rien connaître ? »

« La peste !
Alors de tous les clochers sourdaient de lugubres glas. Alors les rues se peuplaient de corps gonflés que de pauvres hères entassaient dans des charrettes pour aller les brûler au loin, sans jamais suffire à la tâche.
La peste !
Alors les pauvres couchés les uns sur les autres en des amas d’agonie hurlaient des nuits entières jusqu’à l’aurore leur souffrance et leur terreur. Alors, les riches jetaient à coups de pied leurs domestiques à la rue, avec mission d’aller mourir ailleurs, bouclaient portes et fenêtres, s’enduisaient d’ail, de vinaigre, d’onguent, d’eau bénite, d’esprit-de-vin, que sais-je encore, dans l’espoir de se protéger avant de découvrir, horrifiés, sur leur propre corps, les pustules gonflées d’humeurs de la terrible maladie.
La peste, qui balayait sans répit le continent de son voile noir et puant. La peste, qui passait ici, revenait là, incompréhensible et malicieuse, cruelle comme cent bourreaux, versatile comme mille catins. La peste, qui semait l’effroi, décimait les familles, effaçait du monde des villages et des quartiers entiers et laissait dans son sillage des champs de morts plus vastes que ceux des plus glorieux conquérants. »

« Le conteur, ici, se doit d’être objectif et de bien préciser que, dans le genre d’affaires que je viens de narrer, le souci principal de l’église catholique, ses prélats et ses bourreaux, c’était la justice.
Au nom de cette justice, l’église respectait certaines procédures envers ceux qu’elle considérait comme hérétiques : l’accusé était justement interrogé au moyen de justes tortures, avant le juste déroulement d’un juste procès à l’issue duquel la personne en question était justement brûlée. »

« Arrêté devant elle, le visage levé, comme s’il regardait le toit des maisons de ses yeux blancs, le jeune Gypte demanda :
– Quel âge as-tu ? Dix ans, je parie…
– Onze !
– Oh, fit-il avec un sourire aux dents très blanches, je dois perdre de mon talent de divination, car tu es beaucoup plus vieille que je ne le pensais. Donne-moi ta main…
Alma posa sa petite menotte sur la longue main noire à la paume rose du jeune homme. Celui-ci la recouvrit de son autre main et en caressa l’intérieur du bout des doigts, suivant les fines lignes qui y étaient dessinées.
– Il n’y a pas une goutte de méchanceté dans ton sang, souffla-t-il, tu n’es que douceur, mais oh !…
Son sourire disparut d’un seul coup, flamme de chandelle qu’un souffle élimine.
Ses doigts se crispèrent, ongles pressés contre la paume d’Alma.
– Oh, répéta-t-il, oh…
Ils restèrent ainsi tous les deux un moment, Alma la main tendue, le jeune Gypte immobile, figé, tandis que le teint bistre de son visage avait tourné au gris. La petite fille qui le guidait se mit à gémir.
– Tu es complètement folle ! s’écria-t-il.
Le front d’Alma se renfrogna. Ses yeux s’écarquillèrent. Leurs prunelles bleues s’emplirent de stupeur et, pour la seule et unique fois de toute son existence, d’un éclat de colère.
– Ne dis pas ça, Gypte !
– Tu es folle, insista-t-il. Ton dieu ne parle à personne.
– TAIS-TOI ! »

« Fortunato Cojones y Culo de Hierro fit signe du menton à deux de ses hommes qui défoncèrent aussitôt la porte à coups de hache.
– Holà, l’empoisonneur, c’est ta dernière chance, gare à ton cul de sodomite si je te trouve ici dedans !
Toute l’escouade entra dans la maison dans un grand remue-ménage de ferraille.
Ils fouillèrent chaque pièce, éventrèrent tous les coffres et les armoires, arrachèrent tous les lambris et défoncèrent les planchers, à la recherche d’une cache – car ces rusés Juifs pouvaient se montrer d’une malice infinie quand il s’agissait d’échapper au juste jugement de la justice royale…
Ne trouvant personne, ils mirent le bâtiment au pillage et s’en allèrent au milieu de la matinée, les bras chargés de tous les objets de valeur qu’ils avaient pu ramasser, dont les précieux livre de Melchisedech. »

« Torquemada revint dans la sacristie, se réinstalla sur la cathèdre.
– Mon enfant, euh… Alma, n’est-ce pas ?
– Oui, monseigneur.
– L’Église que je représente a décidé dans sa grande mansuétude de t’épargner.
Il s’interrompit.
Alma ne répondit rien.
– Tout à l’heure, reprit Torquemada, nous allons te porter sur la place, là devant. Nous aurons fait venir les habitants de Séville. Là, devant tous, tu diras que tu as été une folle de croire que Dieu ait pu parler à une Juive et tu demanderas pardon.
– Non, monseigneur.
– Fais bien attention, ma fille, c’est ta dernière chance. Fais ce que je t’ordonne et je te jure de te faire placer en un couvent retiré à la campagne où tu vivras paisiblement.
– Non monseigneur. »

 

Et en prime, histoire de patienter, vous trouverez la bande annonce d’Alma, éditions Taurnada, sortie le 06 septembre 2018, en cliquant sur le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=3etDItdG3vE

 

 

Zykë L’Aventure – Le film (17)
Zykë L’Aventure – Le film (18)

4 Responses to Le Cizia Zykë ultime – L’inédit

  1. Christophe

    Haha, je le savais ! (voir mon commentaire sur l’épisode 11)

  2. Oliv'

    Ah oui là les vieux gars c’est du lourd, très beaux extraits et très belle bande annonce pour le teasing, comme ils disent… :-)
    ça évoque Camus, Yourcenar, Eco, Lenteric…sans compter le travail de recherche pour rendre crédible un roman se déroulant dans l’Espagne catholique et inquisitoire ( ça se dit ? ) du 15ème siècle ! On est loin des périgrinations des graisseurs One et Two de Sahara !!
    Un sacré contre-pied à l’image du Zykë baroudeur avec son holster et magnum chromé, sa bible avec quelques pages manquantes…bref, ça donne envie ! Merci et chapeau les vieux gars !

  3. Sam

    Hello Mister Neal,
    Comment dire,…
    Je me régale comme on dit du côté de la Bonne Mère.
    Au plaisir de te voir un de ces quatre, cong.

  4. Mathias

    Fichtre ! Je m’en pourlèche les babines…