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De la terre dans la bouche 02

Publié par le 4 juillet 2020


Adaptation en téléfilm du roman d’Estelle Tharreau (éditions Taurnada, 2018), avec l’aimable autorisation de celle-ci.

 

Générique

Succession de plans courts montrant Elsa, les cheveux ébouriffés au gel, au volant et sa petite voiture filant sur des routes de plus en plus étroites, tandis que le paysage se fait montagneux, avec de vastes pentes d’épineux, ponctuées de traversées de bourgs isolés. La neige est également de plus en plus présente.

Un panneau indique l’entrée de Mont-Éloi.

Elsa traverse le village, constitué d’une majorité de chalets en bois, avec une église en pierres ainsi qu’une vieille et petite école. À la sortie, elle s’arrête pour observer les lieux. On remarque un grand chalet qui est le seul commerce de l’endroit, à la fois café, épicerie, dépôt de pain et de journaux et, située en face, une cabine téléphonique.

Plus loin, la route se sépare en une fourche. Un panneau officiel, émanant d’un office du tourisme, indique : « Musée de la Chênaie ». En dessous, pointé dans l’autre direction, un panneau plus artisanal indique, lui « Scierie ».

Elsa hésite un instant avant de s’engager dans cette dernière direction.

 

Fin du générique.

 

EXT Jour, forêt

La voiture suit en cahotant, voire parfois en chassant sur des plaques de glace, une route qui s’enfonce dans la forêt, boueuse et ravinée de larges traces de pneus. On aperçoit de grands hangars à demi dissimulés derrière les arbres. Sur l’un des murs, on peut lire en grandes lettres blanches : « Scierie Prévalin ».

 

EXT Jour, forêt

La voiture longe une clairière dans laquelle des grumes de bois sont rigoureusement empilées en plusieurs tas très hauts.

Quelques mètres encore et la route se transforme en chemin au-dessus duquel les arbres forment un tunnel obscur.

 

INT Jour, voiture

Elsa conduit avec difficultés, jurant entre ses dents, plissant les yeux et rapprochant son visage du pare-brise, cherchant à distinguer l’extrémité de cette caverne végétale.

 

EXT Jour, clairière

La voiture d’Elsa stoppe devant une jolie petite maison de bois nichée dans cet écrin de sombre verdure au bord d’un lac gelé. Flanquant cette sorte de chalet, il y a un vieux ponton de bois près duquel un abri de pierre brille au soleil.

On reconnaît La Braconne, telle qu’elle figurait sur la photo remise par le notaire à Elsa.

Celle-ci descend de voiture. Elle porte un fuseau noir et un vaste blouson aux couleurs fluo. Elle a son sac à la main, duquel, tout en se dirigeant vers la maisonnette, elle extrait une grosse clé à l’ancienne, nantie d’une étiquette indiquant « La Braconne ».

Alors qu’elle s’approche, elle découvre des traces de pneus sur le sol, qui s’en vont contourner la maison. Intriguée, elle s’arrête et observe.

Subjectif : plan sur la fumée qui s’échappe de la cheminée, indicatrice d’une présence à l’intérieur.

Sourcils froncés, dubitative, elle se remet à avancer.

 

EXT Jour, La Braconne, façade

En débouchant à l’angle de la maison, côté façade, Elsa découvre un énorme 4 × 4 forestier portant le logo et les coordonnées de la scierie Prévalin.

Elle gravit les quelques marches qui mènent à une petite terrasse de bois couverte et frappe à la porte, l’oreille tendue. N’obtenant pas de réponse, elle hésite quelques instants, songe à se servir de sa clé, puis se ravise et actionne la poignée de la porte. Celle-ci s’ouvre.

Elsa entre.

 

INT Jour, maison

Une pièce unique, avec une partie salon/ salle à manger et une partie cuisine où un homme à quatre pattes s’escrime sous un vieil évier, son jean laissant apparaître le haut de la ligne des fesses. Cette vision surprend Elsa qui écarquille les yeux et porte la main à sa bouche pour retenir un rie.

L’homme :
Putain !… Merde, merde, merde !… Putain !

Elsa toussote pour signaler sa présence, mais l’homme n’entend pas.

L’homme :
Putain mais elle va pas… Merde !

Elsa :
Excusez-moi…

L’homme :
Saloperie de merde ! Tu vas te dévisser, saleté !

Elsa s’approche de ce demi homme vociférant et de son postérieur triomphant. Timidement, avec hésitation, elle lui touche le dos.

L’homme sursaute. On entend un bruit d’outil qui dérape sur le métal.

L’homme :
Aïe !… Merde !

Il surgit de dessous  l’évier comme un diable de sa boîte : un bûcheron dans toute sa splendeur de manieur de troncs d’arbres. Il est jeune, très grand et très costaud, le visage rond pour l’heure écarlate, les cheveux bruns hirsutes, la mine furibarde, les injures au bord des lèvres.

Elsa saute en arrière, ouvrant de grands yeux terrifiés. Sa peur désarçonne le jeune homme qui lève deux mains apaisantes.

L’homme :
Du calme !

Les deux se scrutent mutuellement un moment, étonnés et interdits. Elsa finit par se rapprocher, tendant timidement la main que le jeune homme saisit mollement dans la vaste sienne.

Elsa (souriante) :
Excusez-moi de vous avoir fait peur. J’ai frappé, mais vous ne m’avez pas entendue. Je suis Elsa Amiotte, la petite-fille de Rose Amiotte !

L’homme (machinalement, encore sous le coup de la surprise) :
Fred Prévalin.

Ils continuent de s’observer. À nouveau, c’est Elsa qui rompt le silence.

Elsa :
Ma grand-mère est décédée !

Fred :
Ah ?

Elsa :
Oui.

Visiblement, Fred n’a aucune idée d’où la jeune femme veut en venir.

Fred :
Ben, euh… Toutes mes condoléances.

Elsa :
C’est moi qui ai hérité de cette maison et je viens donc…

Fred :
Comment ?

Elsa :
J’ai hérité de cette…

Fred :
Vous devez vous tromper ! Vous êtes à La Braconne, ici !

Elsa :
Oui, c’est bien ça : La Braconne !

Fred :
Hola, hola, hola… On arrête tout, là. Vous avez dû mal comprendre. La Braconne appartient à mon grand-père.

Elsa :
Non. Euh… Il doit y avoir un malentendu, car…

Fred (haussant le ton) :
Putain, vous déconnez ou quoi ? Je viens dans cette maison depuis que je suis né ! Alors, je sais mieux que vous de quoi je parle !

Elsa pose son sac sur le bord de l’évier, fouille dedans, en sort le dossier du notaire, le pose, l’ouvre et en extrait l’acte de propriété qu’elle tend au jeune homme. Tandis qu’il s’en saisit, elle agite devant ses yeux la grosse clé.

Fred lit le document, avec de fréquents coups d’œil hostiles à sa visiteuse. Enfin, il lui rend le papier, lui ôte la clé de la main, lit l’étiquette, gagne la porte d’entrée d’un pas qui semble faire trembler les murs, glisse la clé dans la serrure et actionne le mécanisme sans difficulté.

Elsa (gagnée par l’agacement) :
Vous voyez ! Moi aussi, je sais de quoi je parle !

Fred :
Qu’est-ce que c’est que ces conneries ?

Elsa :
Comme je tentais de vous l’expliquer, je suis la petite fille de Rose Amiotte, qui m’a léguée cette maison par l’intermédiaire du notaire maître Gillain, à Besanç…

Fred ne l’écoute pas. Il se rapproche de l’évier,.

Fred (coupant) :
Vous êtes venue en voiture ?

Elsa :
Oui.

D’un bond, Fred s’empare de son sac sur le bord de l’évier, y fouille avec sans-gêne et y subtilise le trousseau de clés de voiture qu’il empoche sans plus de façons.

Elsa (outrée) :
Eh !

Sans tenir le moindre compte de sa protestation, Fred l’attrape sans ménagement par un bras et l’entraîne dehors.

Elsa :
Eh ! Mais qu’est-ce que vous…

 

EXT Jour, terrasse

Fred lâche brutalement sa proie qui en titube et doit se rattraper à la rambarde. Il referme la porte de La Braconne avec la clé d’Elsa qu’il fourre dans sa poche ainsi que le trousseau confisqué.

Fred :
Vous ne bougez pas de là !

Elsa :
Mais de quel droit vous…

Fred :
La ferme !

Elsa :
Mais vous êtes fou…

Fred :
Je reviens dans une demi-heure et vous restez là !

Elsa :
Non mais… Et puis quoi encore ?

Fred :
On va tirer ça au clair.

Elsa :
Il n’y a rien à tirer au clair ! Qui êtes-vous d’abord ?

Fred (menaçant) :
Celui qui va vous renvoyer rapidement d’où vous venez ! À coups de pied dans le cul s’il le faut ! Croyez-moi !

 

EXT Jour, devant La Braconne

Tout en vociférant, Fred a gagné sa 4 × 4. Alors qu’Elsa dévale les marches de la terrasse et s’élance vers lui dans une tentative pour le retenir, il grimpe à bord et claque la portière.

Elsa :
Mais qu’est-ce que vous faites ! Attendez, enfin !

De la neige l’asperge lorsque les pneus dérapent sur le sol. Puis le véhicule disparaît rapidement dans la forêt. Le rugissement du moteur décroît.

Désemparée, Elsa restée seule retourne sur la terrasse.

 

EXT Jour, terrasse

Elle essaie d’ouvrir la porte à tout hasard, naturellement sans succès. De rage, elle donne un coup de poing au panneau.

Elsa :
Mais c’est pas vrai !…

Poussant un soupir exaspéré, elle s’accoude à la rambarde.

Subjectif : la caméra exécute un lent panoramique sur le paysage figé par l’hiver : le lac à l’eau sombre, l’autre rive lointaine où s’élèvent des maisons secondaires aux volets clos que n’entoure aucune trace d’activité, et enfin la forêt, muraille d’arbres noirs d’allure impénétrable, dense, omniprésente et inquiétante.

 

(À suivre)

 

 

De la terre dans la bouche 01
De la terre dans la bouche 03

4 Responses to De la terre dans la bouche 02

  1. Robert

    …impénétrable, dense, omniprésente et inquiétante.

  2. ALEKOS

    Inquiétante, oui

  3. Oliv'

    Aujourd’hui la musique est en deuil.
    La musique et le cinéma.
    Et puis l’Italie…

    Rimarrai il più grande…

    Ciao Ennio !

  4. Sergio

    Quand le cinéma devient chef d’œuvre… chapeau maestro.

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