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SURABAYA

Publié par le 16 février 2014

RUE DES POUPEES
(Jalan Dolly)

 

Au bord de Surabaya
La venelle à putes.
Les boxons se battent
A coups de sonos.
Miaulements mélangés que scande / unit
Le beat du disco – Les lumières emmêlées.

Sont sur un balcon, le Hobo et Charlie Wang.

Le Hobo il dit :
« J’vais me trouver une baraque. »
Charlie Wang il aspire une bouffée de joint.
Retient la fumée. Soupire.
« Tu t’installes, mec ? Ça m’intéresse… »

En bas la rue s’étire en lumières rouges,
mauves,
bleu électrique,
jaune lampion,
ça crépite ça brille ça blesse
Les yeux.
Seulement ça n’éclaire rien du fond
Noir nuit.

Y’a des marques de bières qui s’étalent.
Des idéogrammes chinois qui clignotent.
Des guirlandes qui
dégoulinent
des masures.

Tout ça c’est rien que des bordels.
Couverts de ces foutus néons qui miaulent à la nuit,
Avec des portes comme des gueules aux haleines rouges
Ouvertes.

Tout ça c’est peuplé de filles
Offertes – des rires, des cris
Trop forts.
Au creux des passages étroits,
Crasseux,
Au fond noir nuit.

« La patronne est une copine,
le coin est peinard,
il a dit Charlie Wang,
viens sur le balcon on va causer… »
Charlie Wang il est moitié
Couché
dans un fauteuil en rotin déglingué.
Cheveux longs qui pendent en arrière.
Talons des santiagos sur la balustrade.
Torse nu.
Le holster posé par terre, à côté,
serpent de cuir et boucles d’argent.
Le colt au repos sur les abdos.
Entre le Hobo et lui, sur le plancher,
y’a une bouteille de vrai scotch.

Le Hobo il sourit.
Il l’aime bien Charlie Wang.
« Bon dieu, qu’il dit Charlie Wang, profite !
Relaxe-toi.
La mama-san c’est une copine, elle me doit du fric,
alors t’en fais pas profite… »

En bas c’est l’heure.
La rue s’agite. La nuit s’allume.
Les cyclo-pousses déboulent par convois, clients devant.
Les premiers voyous font péter leurs motos.
Crécelles.
Pots percés.
Des bandes de mecs déambulent,
regards de frappes affamées qui
coulent
sur les filles.

Elles, aux devantures.
Par dix, par quinze, jouent les vedettes,
En silhouettes aux chambranles.
Se serrent sur des petits bancs de trottoir.
Jolies. Brunes.
Jupes au ras des cuisses.
Bandantes.

En bas c’est l’heure, la nuitée
Rue des p’tites Poupées,
Cuisses en caramel,
Nombrils à l’air,
Nichons pointus.
Centaines, les petits culs perdus !
Rigolent. S’engueulent. S’empoignent.
Se moquent.
S’accrochent
aux types qui passent.
Regards hardis, provoquent.
Rue des Petites-Fleurs,
C’est la bonne heure pour les baiseurs.

« Mec, tu m’intéresses… »
Charlie Wang il l’a pris par le bras.
Serre.
Main brutale.
Griffe d’aigle.

L’est pas bien plus grand que le Hobo,
Charlie,
mais quand il le le prend comme ça,
Le Hobo il le sent géant.
Il a les yeux en losanges.
Noirs.
Derrière le voile d’herbe et d’opium,
quelque-chose de
noir.
Qui danse.
Que le Hobo il sait froid, jamais en repos et
Noir,
Noir, c’est sûr.

« J’ai des chargements à prendre à Singapour
et à rapporter ici, deux trois fois par mois,
tu te prends cinq mille par bateau, ça te convient ? »
Du poing gauche Charlie Wang
il cogne le bras du Hobo.
Le glace jusqu’au poignet.
La main remonte. Se ferme sur les deux joues.
Passe derrière.
Lui attrape la
nuque.
« Ça te convient, mec ? »
Sur le bide à Charlie Wang,
le flingue il a même pas bougé.

A la porte du bordel d’en face, une fille hurle.
Des beuglements d’hommes derrière.
La fille court. D’autres sortent à sa suite.
Après, c’est un mec en chemise à fleurs qui jaillit.
S’enfuit.
Bouche ouverte en grand.
Les yeux d’un cheval fou.
A la porte surgit un soldat, Uzi brandi, face en rage.
Il tire.
Va-va-vam, va-va-vam !
Deux rafales.

La rue s’immobilise. Le silence battu par la disco.
Charlie Wang il prend son flingue.
Le lève.
Arme le chien.

Le gars en chemise à fleurs est à terre, au milieu de
son sang.
Le soldat s’approche.
Se penche par-dessus. Lui vide son chargeur dans
la carcasse.
Se barre.
Sans regarder.

Charlie Wang il repose son colt sur son ventre.
« Ça te convient ou merde ? »
« C’est cool » le Hobo il répond.

 

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