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VENEZUELA

Publié par le 2 mars 2014

GUET-APENS

 

Un M-Sixteen, chargeur doublé.
En montent des parfums de métal,
Un fond de cale
Que vient poivrer
Le laiton des balles
Le furtif relent de poudre noire.

« La voiture montera de la frontière »
El Commandante a dit.
Planté dans un trou d’homme,
Le Hobo il attend.

(Les oiseaux LY-yyyres
Sont en
FUReu-eu-r…)

Le Hobo il chante à mi-dents.
L’a cette chanson dans la tête,
Sait pas pourquoi.

(Il neige sur
Le LAC
Majeu-eu-r…)

Le Hobo il rigole :
« Parole, y’a que moi ! »
Y’a que lui, assoiffé par l’air bouillant,
Les yeux brûlés par la lumière,
La sueur de ses paupières,
Y’a que lui
Pour chuchoter des vieux airs
Paumé dans la pampa,
« Parole, y’a que moi
Pour siffler du Mortimer
En attendant le combat ! »

El Commandante il a expliqué,
 « Cette piste elle allait
Au vieil aéroport de Palmarito,
Cette piste-là, plus personne la prend,
Parfois un camion de militaires,
Mais pas souvent. »
No ay problemo, il a dit le Hobo.
« La voiture montera de la frontière »
Il a dit El Commandante
No ay problemo, il a dit le Hobo.
« Je ne sais pas combien d’hommes dedans,
El Commandante il explique,
Tu arroses, tu prends pas de risques. »
Pas de problèmes, le Hobo il dit.

(Ils ré-pan-an-an-dent
La T-
Erreu-eu-r)

Autour, rien qui bouge,
La plaine d’herbe cramée,
Terne,
Livide.
Derrière, un bosquet d’épines.
Devant, la piste comme une cicatrice
Rectiligne,
Aux bords rouges,
Comme sanguinolents.

(C’est de leur âge,
C’est de leur temps…)

Sur le Hobo la sueur ruisselle,
Sur son torse, ses jambes nues,
Baigne ses rangers,
Poisse ses mains.

(Les oiseaux-lyres, les oiseaux-lyres…)

Qu’est-ce qui pèse ainsi ?
Le silence ?
La Lumière ?
Un chapelet de roches, tout près,
Eclate en reflets de métal, de fer.

(L’oiseau-lyre, la fureur,
Le vin italien,
Habillé de paille pour rien…)

La bagnole viendra de la frontière,
Il a dit El Commandante

Voilà !
C’est rien, un plumet de poussière
A l’horizon, mais
voilà !

Posée sur sa cuisse, la main du Hobo
Même pas ne frémit.
Le Hobo il a du métier.
Pas encore, laisser venir.
Quelle effort, pourtant –  à durcir le ventre,
Pour s’empêcher de saisir le fusil.
Mais pas encore…

Laisser venir.
Laisser s’étendre le temps.
Encore.
Tenir encore.
Sueur dans les yeux,
Sueur sur le corps,
Laisser cette… douleur
Cette rage encore se tendre.
Attendre.
Encore.

L’oiseau-lyre et
La fureur.

La voiture la cible met un temps
Infini
A s’amener à portée.
Infini.

Le ronflement du moteur
Hésite,
Halète,
Peine,
Paraît un vol de bourdon,
Puis grondement de fauve
A l’assaut d’un talus,
Enfin envahit l’univers.

Deux cents mètres.
Cent quatre-vingt…
Le Hobo contrôle son arme.
Sécurité unlock.
Chargeurs enclenchés.
Percuteur tendu.

A soixante mètres, il épaule.
C’est une tous-terrains japonaise
Neuve,
Ternie de poussière,
Le pare-brise boueux.
Le Hobo attend.
Tenir.
Attendre encore.
Les veut à quarante mètres, pas moins.
Les immobiliser à coup certain.

Du pouce il vérifie la position du sélecteur.
Tir continu.
La sauce.
Cinquante mètres…

Quarante !

  1. La lyre,
    La fureur,
    FEU !

Le Hobo il
HURLE
Dans le vacarme qui déchire
L’air,
Ses oreilles.
Le tonnerre qui devient
Sourd martellement, derrière
Le sifflement furieux de ses tympans.
Le fusil saute saute saute
Il aboie
Mufle dressé.
Le Hobo il
Hurle,
Un arc de plaisir
Pur
Tendu en lui
Oh, plaisir
Que le parfum exultant de la poudre en feu
Acre,
Coupant,
Fait déferlante de folle ivresse.

Plus rien.
L’horizon droit.
Le soleil, la poussière,
L’horizon droit.

Du côté de la voiture, ça bouge encore,
Le Hobo il croit.

Ne reste plus qu’une carcasse.
Du verre autour,
Ecume de diamant
Qu’écorche le soleil,
Un tas de tôles trouées,
Du débris, du sang,
Un putain d’accident.

Une portière ouverte, à gauche.
Un homme gît, à moitié dehors,
Les épaules dans une flaque
Noire,
Cernée de diamants de verre.

C’est lui qui bouge,
Dans l’ombre.
Tressaute, machine folle.
Plié, tordu de vagues.
Des doigts il griffe les éclats de diamants.
Sa poitrine, c’est une masse de sang
Qui bout,
Sombre.

Le Hobo il lui tire une balle dans le front.
La tête éclate.
Sang et fluides se répandent
Dans la poussière.

Et puis le soleil,
Les éclats de verre,
Là-bas l’horizon droit.

Le Hobo il s’essuie les paupières,
Sa sueur.
La bouche,
Sa bave.
Il va,
Le pas traînant,
A l’arrière de l’épave.
D’un coup de rangers il ouvre le coffre.
Dedans des cartons de bouteilles
De tequila et d’aguardiente.

« La cocaïne elle sera
Dans une caisse d’alcool »
Il a dit El Commandante.

 

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