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SAHARA

Publié par le 26 avril 2014

404

 

La fois qu’il était planté
Mort, le Hobo
Putain de sort
La fois qu’il a rencontré
Kader Dajango

« J’suis crevé ! » Le Hobo il se dit.
Clamsé.
Un cleps oublié sur une putain de plage
Décédé, désert de mes deux !
« J’serai jamais vieux,
Serai jamais sage »
C’est ça que le Hobo se dit.

A côté, la 404 crame
Sur le flanc
Carcasse broyée
Pliée
Qui pisse l’essence
Comme du sang.
Le capot, mufle béant
C’est un nid de flammes.
S’en tord, verticale,
Une fumée épaisse,
Chevelure d’huile sale
Qui se crache, mélasse
Qui se presse, dégueulasse,
Sur la plaque infinie
Du ciel bleu, quasi nuit.

Autour, devant, derrière
Le sable roux, poussière,
L’horizon droit
« J’suis mort » le Hobo il croit.

Tout à l’heure il filait,
L’accélérateur enfoncé, plein pied,
Son capot fendait le sable
Il fonçait dans le désert
L’âme en fête, cœur en joie,
Se sentait diable,
Se sentait libre, parole : se croyait roi !

L’avait acheté pour trois liasses,
La bagnole,
A un vieillard espagnol
Au fond d’une sombre casse,
Ferraille et cambouis,
Odeurs de gasoil et d’urine,
Epaves, pneus en collines,
De la rouille et des éclats de verre,
De la tôle en vrac – misère,
De la tôle qui pourrit.

(C’est un jeu comme ça
Pour ce genre de gars :
Pas de bouffe et pas d’eau
Juste du whisky, des cigarettes,
Un pack de bières,
Un fût d’essence
Coincé sur la banquette
A l’arrière…

Et vas-y mon poteau !
Tu fonces plein sud,
Tu danses,
Vitres baissées,
Les vents dans la face,
Les grands vents du sud,
Ces vents-là qui tout effacent,
Passé et sentiments,
Qui tout effacent,
Remords et tourments…

Et oui, mon gars, parole, crois-moi :
Tu se sens libre, fier,
Tu cries de joie,
Tu se sens diable, tu te crois roi…
)

Le Hobo il fonçait dans le désert
Dans son épave Peugeot,
Accélérateur enfoncé,
L’esprit planant.
Le Hobo il a pas vu l’ornière,
La caisse s’est envolée
Le cul jeté en l’air
Capot
Plantant.

Est restée
Un instant en vol,
Roues roulant,
Est tombée,
Ecrasée au sol,
Métal froissant.

« J’suis crevé », le Hobo il se dit.
De son bras brisé
L’os saille / esquille !
Une patte de gibier blessé
Une branche cassée, grise et sang
Avec du sable collé.
« Crevé, bientôt charogne »,
Le Hobo il gémit.

Là-haut, le soleil / Ses poings de feu
Qui cognent.
Dedans, son sang qui tape
Son bras, ses tempes.
Sa langue gonflée de soif.
Autour, personne / le monde nu
Le soleil, la poussière, l’horizon droit.
Personne / que la mort nue.
« Foutu, putain, foutu… »

Le Hobo se laisse happer par la nuit
Ce froid brûlant qui l’attrape.
Le Hobo il se laisse glisser.
Il s’endort en mort.
S’évanouit.

Le sol vibre.
Un moteur qui rugit.
Un souffle de gaz.
Des voix…

Le Hobo s’éveille.
S’extirpe de l’abîme.

Penché sur lui il y a un homme,
Un genou planté au sol,
Torse nu, cheveux longs, de l’or au cou.
En retrait, deux Touaregs en turbans.
Derrière, un camion ronflant.
Derrière encore, le soleil
Noyé dans son sang couchant.

L’homme rit.
Du menton, il montre la 404
Cadavre de tôles toujours brûlant.
« J’ai vu la fumée
De ton petit feu de camp… »
L’homme il dit.
« Tu es content
Que je me sois détourné ? »
Le Hobo baisse les paupières,
Manière
De dire oui.
L’homme encore il rit,
Il serre l’épaule du Hobo.
« Je m’appelle Kader Dajango »
L’homme il dit,
Riant,
Détendu,
« On me connaît par ici »
Il dit l’homme.
« Kader Dajango, un gars
Connu
Du Maroc jusqu’au Mali… »

 

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