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Les Mystères du Sexe en Littérature (confiture) 01

Publié par le 14 septembre 2019

 

Les gosses ont rempli leurs cartables et déjà pointe à l’horizon Toussaint. Vu que le prochain printemps semble au diable, à la levée d’écrou d’un bagne de crépuscule hâtifs et de cruels matins blancs, glissons dans nos paniers une petite réserve de mystères de la chair, histoire de se tenir chaud devant le fourneau.
Faut dire que les écrivaines et les écrivains d’aventures et d’autres choses qui s’écrivent, de ce temps comme du passé, en sont souvent préoccupés (allez savoir diantre pourquoi !)…
En attendant la reprise dans ses pages d’une nouvelle aventure romanesque (bientôt… bientôt…), voici un extrait de… Ah, mince, j’ai oublié. En tout cas, c’est écrit par… euh… Sapristi, impossible de m’rappeler !…

 

Quand j’étais enfant, je couchais dans les carrières, auprès d’un petit village au bord de la Côte. Le nom de ce village n’est plus dans ma mémoire. Je n’avais ni père ni mère ; je vivais avec de vieux hommes obscènes et je me nourrissais au hasard, parfois au prix d’infâmes complaisances.

Les vieux inconnus se réunissaient dans une carrière abandonnée et, là, dévoraient ce qu’ils avaient pu récolter. Ils grattaient leurs plaies, parlaient de leurs maladies et ravaudaient leurs nippes. Je ne me rappelle le nom d’aucun de ceux qui composaient cette société. Un jour, un vieillard tomba dans un piège à loups et je crois bien qu’on le mangea. Je ne pourrais pas l’affirmer. En dehors de cet homme mort, encore ne puis-je certifier le fait, nous ne mangeâmes plus de chair humaine. Mais nous dévorions tout ce qui remuait autour de nous : des mulots, des rats, des lézards, des grenouilles et des insectes aussi. Les vieillards étaient vifs à cette chasse ; leurs mains se détendaient comme un trait d’arbalète. Ils faisaient cuire les lézards sur des petits feux de branchages, et quelques-uns comparaient ce mets avec d’autres mets dont le nom même m’était inconnu.
Nous mangions également des racines que l’on épluchait avec un couteau. Puis certains jours du pain dur que l’on mettait dans de l’eau bouillante où l’on avait fait cuire un corbeau dépouillé de sa peau, qui est amère.

À douze ans, j’avais mangé de tout ce que les hommes n’avaient jamais mangé, mais j’ignorais la nourriture des autres hommes et comme je vivais loin des villes, je ne désirais rien.

Un jour, je pouvais avoir quatorze ans, je vis une fille au détour d’un bois, près d’un champ où je guettais des corneilles.
Elle était jeune. Elle pouvait avoir une quinzaine d’années. C’était une paysanne avec une figure fraîche et commune, de beaux cheveux blonds coiffés d’un bonnet d’une extrême blancheur.
Mon imagination ne me permettait pas de la comparer à une princesse mais, telle qu’elle était, elle me parut d’essence divine. Je pris une corneille que j’avais tuée avec ma fronde, et, me plaçant devant elle pour lui barrer la route, je lui mis l’oiseau mort dans les bras.
« Tiens, dis-je, c’est pour toi. » Et je pris ma route à travers champs.
Quand je rentrai à la carrière, les vieillards se querellaient avec des gestes menus et puérils.
« C’est ma place… cette place est la mienne…
– Tu mens, chien !
– Ma place, je renie Dieu ! »
Un coup de bâton claqua sur une tête sèche. Le vieillard gémit ainsi qu’un enfant et céda la place.
Le sang ruisselait sur sa face assommée. Il mourut dans la nuit.
Et moi, couché dans un angle obscur, je pensais à cette belle fillette dont l’étonnante fraîcheur me paraissait indéfinissable. En vérité, je n’avais jamais vu de fille aussi jeune et aussi bien portante.

Le lendemain, à la corne du bois, j’attendais la fille. Elle passa sans tourner la tête. Le jour suivant, elle marcha vers moi délibérément. Elle portait de la soupe dans une petite terrine surmontée d’un couvercle. La soupe était encore chaude. Je me jetai sur la nourriture que je fis disparaître en claquant la langue comme un chien.

Chaque jour, ma nouvelle amie passait devant le bois. Elle m’apportait tantôt de la soupe, tantôt du pain et du lard, des noix et du fromage dur recouvert de foin.
Il arriva qu’une fois, les conversations des vieillards ayant troublé mon imagination en lui donnant un but précis, j’attendis la fillette avec impatience, sachant ce que je voulais faire.
Quand elle vint m’apporter du pain et du lard – la plaine déserte jusqu’à l’horizon favorisait mes désirs – d’une main je la pris rudement et de l’autre je voulus soulever ses jupes.
Elle cria et, subitement, sa figure devint laide de peur. Une colère formidable m’enflamma le visage. Je bondis sur la fille comme sur une proie, m’appliquant à l’étrangler selon les lois de la chasse. Quand elle fut immobile entre mes mains, j’ouvris les doigts et la paysanne, molle et lourde, tomba sur l’herbe.
Alors, relevant ses jupes, je pus satisfaire ma curiosité. Je vis pour la première fois comment une femme était faite. La fille était jeune et grasse, mais rien ne m’expliqua le mystère de cette merveilleuse différence entre elle et moi.
« Maintenant je n’aurai plus de soupe » pensai-je.

Je revins aux carrières et, naturellement, je racontai au vieillard qui partageait son lit de feuilles sèches avec moi.
L’homme jeta un glapissement et réveilla les dormeurs.
« Ce bandit a tué une fille du village. Qu’allons-nous devenir ? Le malheur est entré parmi nous avec lui ! »
Cependant qu’ils discutaient dans l’obscurité sur la nécessité de me livrer à la maréchaussée, je pris le parti de fuir.
Et je courus droit devant moi, vers la mer. Je galopais sur la terre gelée.

Ce n’est que par la suite, bien plus tard, flibustier avec George Merry à bord de l’Étoile-Matutine, après avoir lu des livres que me confiait Mac Graw, que cette aventure revint à ma mémoire avec sa véritable importance. C’est-à-dire qu’alors j’eus la révélation d’avoir commis un crime et, par ainsi, d’être, en la fleur de mon âge, débiteur du gibet, pour une valeur qui ne dépassait pas ma propre existence.

(À suivre)

 

En quatre phrases, mazette !
Les Mystères du Sexe en Littérature (confiture) 02

9 Responses to Les Mystères du Sexe en Littérature (confiture) 01

  1. Émile Poe

    Bonjour l’ambiance à la Zola… on puise dans la littérature english? Un certain Edgard Allan ?

  2. ALEKOS

    Mais que c’est que c’est que cette famille ? anthropophages….assassins…le corbeau bouilli sans la peau…ça me rappelle massacre à la tronçonneuse…

  3. Oliv’

    Un vieux pote à Blaise ? Alek tu devrais chercher du côté de l’Écosse peut-être…sans doute…pour un clairon d’argent, ha ha !

    • ALEKOS

      C’est vrai qu’il y a un petit coté français dans cette affairel… la petite paysanne…le pain et le lard… la soupe dans la terrine…ça sent le terroir tout ça..

  4. Oliv’

    Le terroir au petit matin… avec de la brume… Comme disait Gainsbourg : et dans la brume au bout du quai, y’a un bateau qui vient me chercher…

  5. Nal Rocam

    Il parle aussi de flibuste le jeune paysan… se serait-il ensuite embarqué sur quelque mauvais rafiot accompagné des frères de la côte afin de rançonner d’honnêtes galions espagnols de retour de leurs conquêtes et chargés des trésors des Incas ?
    D’ailleurs George Merry ne serait-il pas le nom de l’un des compagnons de Long John Silver dans L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson ?

    mmm mon étoile me dit que ça sent le roman d’aventure maritime tout ça…

  6. Roc Malan

    Le jeune forban suivra sûrement son étoile et montera à bord de bon matin…

    eeeeehhoooo et une bouteille de rhum ! ( à défaut d’un clairon ! )

  7. Mac Orlan

    À bord de l’étoile matutine de Pierre Mac Orlan ? J’ai bon ? ( sans grand mérite car pour être honnête aidé par goût-gueule…)

    Belle coïncidence en tout cas que d’avoir choisi un roman d’aventures maritime en cette date anniversaire d’une des plus grandes épopées maritime de notre histoire universelle… suspensss… Thierry toi qui est diplomé docteur es-aventures tu n’es pas sans ignorer que ce 21 septembre 2019 nous renvoie en 1519 – il y a 500 ans tout pile ! – à l’appareillage des 5 caravelles du port de Séville à destination de… Séville sous le haut commandement de l’amiral Fernando Magellano avec à son bord le jeune Antonio Pigafetta, originaire de Vicenza, d’où je t’écris présentement. ( Aujourd’hui il y a d’ailleurs tout un parcours didactique organisé dans le centre de Vicenza avec marathon de lecture de l’intégralité du récit de Pigafetta par de nombreux étudiants dans différents endroits du centre historique, suivi en soirée de petites scènes jouées sur la place principale ( Piazza dei Signori ) par des acteurs de théâtre pour évoquer la mémoires des grands voyageurs de l’histoire… ( Littérature, et aventure, que demande le peuple ! )

    Alors que le premier – Magellan donc – fût trucidé par la tribu du chef Palù-Palù sur la plage de Mactan – Philippines – en avril 1521 ( il y même un film sur cet épisode ) le second – Pigafetta de Vicenza – survécût tant bien que mal au périple et rapporta même à Charles V en Espagne un récit détaillé de la circumrévolution qui fit entré Magellan dans l’histoire comme le premier tourdumondiste, alors qu’il n’en fit en réalité personnellement que la motié – cruelle injustice de l’histoire.

    J’invite tous les blogers sachant bloguer à lire l’histoire de ce voyage extraordinaire dans le livre de Stephan Sweig “ Magellan ” – récit d’aventure passionant ou l’on apprend notamment que :

    – Le tout premier à avoir fait le tour du monde fût en réalité un serviteur philippin arrivé en Europe des années auparavant embarqué à bord à Séville et qui fût de fait le premier à faire le tour complet quand l’expédition toucha les Philippines. L’histoire n’a pas retenu son nom malheureusement…

    – Par la précision de son récit, du journal de bord et calendrier du voyage tenu par Pigafetta, il fût constaté pour la première fois la différence d’un jour en comparant la date réelle du retour et celle – erronée – consignée par Pigafetta, qui inspirera jules Verne quelques siècles plus tard avec Phileas Fogg ( mais dans l’autre sens )

    – La valeur de la cargaison de poivre rapportée par l’unique caravelle ( La Victoria ) revenue à Séville permit aux armateurs qui avaient financé l’expédition de faire un bénéfice – malgré la perte des 4 autres navires… ( 234 hommes au départ – 18 à l’arrivée )

    Cela donne une idée de la valeur des épices à cette époque !

    Hasta Luego !

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