browser icon
You are using an insecure version of your web browser. Please update your browser!
Using an outdated browser makes your computer unsafe. For a safer, faster, more enjoyable user experience, please update your browser today or try a newer browser.

Les Mystères du Sexe en Littérature (confiture) 04

Publié par le 5 octobre 2019

 

Les routines d’automne se sont installées et déjà pointe à l’horizon Toussaint. Vu que le prochain printemps semble au diable, à la levée d’écrou d’un bagne de crépuscule hâtifs et de cruels matins blancs, glissons dans nos paniers une petite réserve de mystères de la chair, histoire de se tenir chaud devant le fourneau.
Faut dire que les écrivaines et les écrivains d’aventures et d’autres choses qui s’écrivent, de ce temps comme du passé, en sont souvent préoccupés (allez savoir diantre pourquoi !)…
En attendant la reprise dans ses pages d’une nouvelle aventure romanesque (bientôt… bientôt…), voici un extrait de… Ah, mince, j’ai oublié. En tout cas, c’est écrit par… euh… Sapristi, impossible de m’rappeler !…

 

– D’où elle vient, cette enseigne ?
– J’en sais rien. Elle était là quand j’ai acheté la baraque.
– Elle est rien moche. C’est pas elle qui attirera les clients !
Je suis allé donner de l’essence à une voiture et je l’ai laissé réfléchir. Quand je suis revenu, il fixait toujours l’enseigne qui pendait maintenant devant la porte du restaurant. Trois lampes étaient grillées. J’ai arrangé les fils, mais les autres lampes n’ont rien voulu savoir.
– Mets-y des lampes neuves, repends-la et ça ira.
– Bien sûr. C’est vous le patron.
– Pourquoi qu’tu dis ça ?
– Elle est tellement démodée. Personne n’a plus d’enseigne comme ça. Ils ont des enseignes au néon. Ça se voit mieux et ça use moins de courant. Qu’est-ce qu’elle dit,votre enseigne ? Les Chênes-Jumeaux ! C’est tout. On n’peut même pas lire Taverne, y’a pas de lampe. Les Chênes-Jumeaux ! Ça n’me creuse pas l’estomac, ça ! Ça n’me fera pas m’arrêter ici pour essayer de croûter. Elle vous fait perdre de l’argent, cette enseigne, et vous n’en savez rien.
– Rafistole-la, c’est bien suffisant !
– Pourquoi n’achetez-vous pas une nouvelle enseigne ?
– J’ai pas le temps.

Mais il est revenu un moment plus tard avec un morceau de papier. Il avait lui-même dessiné une nouvelle enseigne et il l’avait coloriée en rouge, en blanc et en bleu. On lisait : « Taverne des Chênes-Jumeaux », et puis : « Repas et Bar, Chambres à Louer », et enfin : « Papadakis, propr. ».
– Chouette ! Ça les arrêtera pile !
J’ai rectifié un peu les mots pour qu’ils soient proprement écrits et il a ajouté quelques boucles et quelques tortillons aux lettres.
– Nick, pourquoi remettre la vieille enseigne ? Pourquoi n’allez-vous pas tout de suite en ville pour faire faire celle-là ? Elle est magnifique ! C’est très important. Un bistrot ressemble toujours à son enseigne !
– T’as raison, j’y vais !
Los Angeles n’était qu’à vingt milles, mais il s’est rasé comme s’il allait à Paris, et tout de suite après le déjeuner, il est parti. Dès qu’il s’est éloigné, j’ai fermé à clef la porte de devant. J’ai ramassé une assiette qu’un client avait laissée et je l’ai rapportée à la cuisine.
Cora y était.

Voilà une assiette qui était restée là-bas.
– Oh ! Merci.
Je l’ai posée. La fourchette a cliqueté comme un tambourin.
– Je voulais aller faire un tour, mais j’ai mis des choses à cuire, il faut que je reste.
– Moi aussi, j’ai beaucoup de travail.
– Vous allez mieux ?
– Ça va.
– Il faut si peu de chose. Un changement d’eau suffit quelquefois.
– J’avais trop mangé sans doute.
– Vous croyez ?
Quelqu’un a frappé à la porte du restaurant.
– On essaie d’entrer…
– La porte est donc fermée, Frank ?
– J’ai dû la fermer.
Elle m’a regardé et elle est devenue pâle. Elle a poussé la porte de communication et elle a jeté un coup d’œil dans la salle. Puis, elle s’est un peu avancée et elle est revenue une minute après.
– Ils sont partis.
– Je ne sais pas pourquoi j’ai fermé la porte !
– Oh ! J’ai oublié de l’ouvrir.
Elle a voulu repartir vers le restaurant, mais je l’ai arrêtée.
– Si nous… Laissez-la fermée.
– Personne ne pourra entrer, j’ai de la cuisine à faire. Je vais laver cette assiette.
Je l’ai prise dans mes bras et j’ai écrasé ma bouche contre la sienne…
– Mords-moi ! Mords-moi !…
Je l’ai mordue. J’ai planté mes dents si fort que j’ai senti le sang gicler dans ma bouche. Il coulait sur son cou quand je l’ai portée au premier étage.

Après ça, pendant deux jours, j’ai été crevé, mais le Grec était furieux après moi, alors il n’a rien remarqué. Il était furieux après moi parce que je n’avais pas fixé la porte battante qui conduit à la cuisine de la salle de restaurant. Cora lui avait dit que c’était cette porte qui était revenue sur elle au moment où elle passait et qui l’avait frappée violemment à la bouche. Alors le Grec a dit que c’était ma faute, que j’aurais dû l’arranger. J’ai détendu un peu le ressort pour que la porte batte moins brutalement, et cela a tout arrangé.
Mais, au fond, il était furieux contre moi à cause de l’enseigne. Il en était si fier maintenant, qu’il craignait que je ne me vante d’avoir eu cette idée à sa place. L’enseigne dessinée par lui était si compliquée qu’on n’avait pas pu la lui faire dans l’après-midi. On a mis trois jours pour la monter. J’ai été la chercher et je l’ai pendue. Elle comportait tout ce qu’il avait crayonné sur le papier et deux ou trois choses en rabiot. Un drapeau grec et un drapeau américain, deux mains se serrant amicalement et, en italiques, les mots : « Vous serez satisfaits. »
Elle était en lettres de néon rouges, blanches et bleues, et j’ai attendu qu’il fasse noir pour mettre le courant. Quand j’ai tourné le bouton, elle a scintillé comme un arbre de Noël.
– Vrai, Nick, j’en ai vu des enseignes dans ma vie, mais j’en ai jamais vu d’aussi baths !
– Bon Dieu de bon Dieu !…
Nous nous sommes donnés une poignée de main, amis comme avant.

Le jour suivant, je suis resté seul avec Cora pendant une minute, j’ai tendu ma main si brutalement vers sa jambe que j’ai failli la renverser.
– Qu’est-ce qui te prends ? a-t-elle grogné comme une tigresse.
C’est comme ça qu’elle me plaisait.
– Ça va, Cora ?
– J’suis crevée.
De nouveau, j’ai senti son odeur

(À suivre)

 

Les Mystères du Sexe en Littérature (confiture) 03
Les Mystères du Sexe en Littérature (confiture) 05

2 Responses to Les Mystères du Sexe en Littérature (confiture) 04

  1. Frank Chambers

    Nicole sonne, et re-sonne si personne n’ouvre, pour porter le courrier…
    “Y a què-cain?”

    Mouais…

  2. Thierry Poncet

    Bravo. Le facteur Sonne Toujours Deux Fois, de James Cain, chez Gallimard en 1948, traduit par Mme Sabine Herritz.

Laisser un commentaire