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ROTTEN ISLAND 11

Publié par le 14 novembre 2020

 

Me reste encore à te raconter une belle soirée que nous eûmes tous ensemble.
Il n’y avait pas de clients, alors on se fit un petit festin autour d’un feu sur la plage.
Ce genre de fiesta improvisée qui se déroule toujours bien et te laisse au cœur des souvenirs chauds et tendres comme du bon pain.
– Elle est p-pas si folle que ça, m-mon idée, hein ?
– Non. Pas si folle.
On avait de l’argent d’avance. Notre saloon planté sur une île loin du reste du monde avait révélé sa magie. Les clients s’y trouvaient transportés dans un autre monde et y jouissaient de tous leurs sens en toute liberté.
Non, elle n’était pas si folle, l’idée.

Bientôt les cyclones seraient là. On allait tous passer nos vacances où on voudrait, bien peinards, les poches pleines. Et puis on allait revenir et terminer de faire de Subor Pulau un paradis.
Chacun, égayé par les viandes grillées et l’alcool, y allait de ses projets.
Pearl Mama voulait embaucher un orchestre avec percussions et cuivres, acheter des éclairages et des décors, transformer son show de chaque soir en un petit Las Vegas.
Roman exigeait une vraie cuisine, avec des fourneaux à gaz, des fours et des gamelles appropriées, et alors là, té, avé le bon matériel, funérailles, on allait voir comment qu’on allait se les lécher, les babines !
Small rêvait de construire un village de huttes de luxe et des cabanes tout confort dans les arbres.
Boogaerts nous cassait les couilles avec un projet de stages de pêche sous-marine.
J’exigeais qu’on bâtisse dès notre retour, en priorité, une infirmerie bien équipée et qu’on s’installe une radio à ondes courtes pour pouvoir communiquer à tout instant avec les zones civilisées…
Et chacun de rire, d’approuver les rêves des autres, de taper l’épaule du voisin en s’écriant qu’on était vraiment des balèzes, les rois du monde et une vraie bande de bons copains !

Il me reste à te raconter que plus tard, dans la nuit, on fit l’amour longuement et tendrement, avec Pearl Mama.
Te raconter à quel point je m’en souviens bien, vu que c’était le dernier moment de bonheur.
Et comment, serrés l’un contre l’autre, alors qu’une gentille pluie chantait son clapotis sur le toit de ma cabane, on se dit qu’on passerait nos vacances ensemble, quelque part dans le nord du monde. En Norvège, tiens. Ou bien en Russie…
Des projets.
Des souhaits.
Des vœux comme ceux que t’accordent les génies quand tu frottes leurs lampes.
Des rêves qui sont restés à l’état de rêves, parce que rien de tout ça ne s’est passé et que rien de tout ça ne se passera jamais.
Parce qu’on nous avait bien prévenus : l’Île Pourrie, elle était pour pleurer, pas pour rire.
Parce que le lendemain de cette joyeuse fête, le bateau qui nous apportait le malheur s’est ancré à notre quai.

Un navire ancien, d’avant les règles de l’aérodynamisme moderne, mais pourtant effilé, racé, gracieux comme une goélette de jadis.
Une sorte de paquebot de luxe, mais de taille réduite.
Coque immaculée. Proue pointue. Fine cheminée blanche à collerette d’azur…
Un jouet.
Un joujou pour millionnaire d’une vingtaine de mètres percé de hublots ronds et festonné de délicates lices, une préciosité des mers comme en produisait l’Italie dans les années cinquante, qui vint se ranger flanc à flanc avec la Lady Day – laquelle, en comparaison, se mit à ressembler plus que jamais à un rafiot de clochards.
En descendit…
Attends une seconde…
Je voudrais préciser une chose…
Au fil de mon baroudeux parcours, un paquet de pourris de première bourre se sont dressés sur mes chemins : baiseurs de mômes, assassins, bouffeurs de foies humains, j’en passe et des pires…
Parmi eux, nombre portaient sur leur face la dégueulasserie de leur âme. Eh bien pourtant, nul n’incarnait mieux le mal que l’homme, la rognure de sale mec, l’immondice qui, empruntant une fine passerelle de métal déployée par ses matelots, descendit de ce bijou flottant.

Représente-toi un pantin de film d’horreur.
Un clown malfaisant.
Une goule suceuse de sang. Pétrie de mort. Surgie d’un au-delà impensable où même Belzébuth en personne n’avait pas su le retenir.
Un avorton de guère plus d’un mètre cinquante, maigre comme un enfant chétif.
La peau d’une pâleur malade.
Blafarde. Crayeuse. Une blancheur d’albinos.
Une paire de pupilles dépigmentées qui paraissaient transparentes, grisâtres, vaguement bleutées, de la teinte glacée des chairs d’huîtres, avec, en leur centre, deux têtes d’épingles noires et bombées comme des yeux d’insectes.
Les cheveux rares, fins, coupés courts, du même blanc sans éclat, semblables aux soies de porc d’une brosse.
Seule tâche de couleur dans toute cette lividité, la bouche, rouge orangé, aux lèvres gonflées, avec on ne savait quoi d’obscène, à la fois avides et mauvaises, luisantes comme de grasses limaces.
Cet inquiétant poupon était vêtu avec recherche d’un costume de toile légère vert pastel, porté sur une chemise rose pâle boutonnée jusqu’au col. Longeant le débarcadère d’un bizarre pas dansant, il s’approcha de moi.
– Helloshsh…
Pour tout arranger, il était affligé d’un défaut de prononciation, un afflux salivaire trop important qui encombrait de sons mouillés, sifflants, chacune de ses syllabes.
– Pleazzze to meet yousss… Je shuis Imam Pakirisakandi. En shénéral, on m’appelle Kiri.
La courtoisie aurait voulu que j’acceptasse la minuscule pogne qu’il me tendait, mais je ne pus m’y résoudre. Pas plus que je ne parvins à déclarer « enchanté, monsieur Kiri » en retour.
Impossible.
Je gardai les deux pouces glissés dans ma ceinture, campé dans mes bottes. Du menton, je désignai les deux sbires qui l’accompagnaient : un gros cradingue en chemise multicolore et un vieux en uniforme de policier à la face bouffie d’alcoolique, tous deux porteurs d’un colt 45, le gros type sous l’aisselle, le flic à la hanche.
– Pas d’armes sur cette île, laissez-les sur votre bateau.
Kiri désigna de l’index le Redhawk à ma ceinture.
– Et vous ?
(And youssss ?)
J’espérai que ne se voyait pas trop sur ma tronche l’envie qui m’habitait de l’écraser là, tout de suite, sur le débarcadère, comme on broie sous son talon un dangereux reptile.
– Moi je suis la loi, expliquai-je.
Il gloussa de rire.
Flûté, le son. Enfantin. Aigu. Un caquètement de volaille.
– Non, déclara-t-il. La loi, ici, c’est moish, seulement moish.
Á vingt mètres derrière, sur le yacht, une douzaine de types en blanc, plus jeunes, étaient apparus au bastingage, porteurs de fusils.
Le gnome se lança dans un curieux pas de danse, tournant sur lui-même, glissant sur ses mocassins de fin cuir blanc avec une indéniable grâce avant de revenir se planter devant moi.
– Je suis le préfet du district d’Halmahera, poursuivit-il, délégué de son excellence notre président Suharto. Alors ce n’est pas moi qui t’obéis…
Un nouveau gloussement de poule et il conclut :
– C’est toi qui fait ce que je dis.
Il s’avança sans plus m’accorder d’attention. Les deux autres le suivirent, le vieux flic ayant la main posée sur la crosse de son flingue, l’obèse me gratifiant au passage d’un sourire de voyou insolent.
Certains des matelots vêtus d’uniformes blancs, cartouchières croisées sur la poitrine, fusils-mitrailleurs de type Skorpio à la bretelle, avaient pris pied sur le débarcadère. Au final, ils furent cinq à nous emboîter le pas le long de la grève, tandis que Kiri dégoisait de sa voix mouillée, le ton faussement admiratif :
– Je vois que vous avez beaucoup travaillé, ici !
(worked a lotshsh…)
– Que d’aménagements ! C’est vraiment magnifique ! Mes compliments…
Alors que nous arrivions au saloon, je me rendis compte qu’une demi douzaine de filles nous avaient suivis, dont Tara et Tida, les deux fausses jumelles. Bien qu’elles fussent aussi sexyment vêtues que d’ordinaire, chacune arborait une face sombre, bouche close, front soucieux et yeux inquiets.
Elles aussi savaient le genre de loustics à qui on avait affaire.
Car s’il est une engeance que, de la pointe occidentale de Sumatra aux confins de la Papouasie, les peuples d’Indonésie haïssent avec constance, ce sont bien ces gens-là : ceux qu’on appelle les « Ulamas ».

En 1965, le parti communiste indonésien, le PKI, était l’organisation marxiste la plus nombreuse de tout le continent asiatique, d’autant plus puissante qu’elle jouissait de la bienveillance du dirigeant suprême de l’archipel, héros de l’indépendance, le général Soekarno.
Inutile de te préciser, je pense, que les Etats-Unis, qui commençaient alors à s’engager au Vietnam, voyaient le pouvoir potentiel du PKI d’un très, très, très mauvais œil.
Fidèles à leur habitude, ils fourrèrent leur gros nez yankee dans la politique indonésienne, répandirent leur bordel, favorisèrent certaines factions aux dépends des autres et, à coups de millions de dollars, soutinrent la prise du pouvoir par un autre général, Suharto, qui avait à leurs yeux l’avantage d’être farouchement anticommuniste.
Le bougre le prouva en déclenchant, d’octobre à décembre 65 et jusqu’au milieu de l’année 1966, un de ces jolis massacres qui ensanglantent les pages de la belle histoire de l’humanité.
Pour préserver la réputation de l’armée, son principal instrument de pouvoir, il fit appel à divers groupes nationalistes et surtout à une organisation mi fasciste, mi musulmane, ennemie jurée du PKI : la Nadhatul Ulama, ou « Renaissance de l’Islam ».
Celle-ci recruta pour la sale besogne des milliers de petits braqueurs, dealers, trafiquants et racketteurs qui pullulaient dans les faubourgs des grandes villes de Java, Djakarta, Surabaya et Bandung, en leur disant : « Tuez-les tous, on vous donnera tant par tête de communiste ».
S’ensuivirent trois mois d’un massacre de masse où cinq cent mille personnes furent assassinées au fil de scènes classiques de ce genre de fiestas : liquidation de villages entiers à la machette et au bâton pour économiser les balles, viols collectifs suivis de tueries, découpage de mômes en morceaux sous les yeux de leurs mères, groupes ligotés sur des grappes de grenades…
Mais ce qui épouvante encore plus, dans les témoignages de ceux qui ont assistés aux horreurs, c’est l’ingéniosité et le raffinement sadique dont les voyous ont fait preuve dans l’exercice de la sale besogne.
Surprise parties organisées devant les cellules où étaient entassées les condamnés, les bourreaux dansant, verres en main, devant les grilles en se moquant des expressions de terreur de leurs futures victimes. Exécutions au moyen d’un fil de fer garni d’une poignée, affreux fil à couper le beurre noué autour de la gorge du condamné, que les tortionnaires s’amusaient à tendre puis relâcher, pour faire durer le plaisir. Incompréhensible pratique de la table, où quatre personnes étaient couchées, ligotées, de façon à ce qu’on puisse poser sur leurs gorges les quatre pieds d’une table sur laquelle les tueurs s’asseyaient et prenaient l’apéro en observant le lent écrasement des carotides…
Alors, quand il n’est plus resté dans l’immense archipel pour tout communistes que cadavres, femmes emmuettées par les viols, pénitents enferrés à vie dans les bagnes…
Alors, quand le temps des massacres fut passé, soufflé par les vents de l’histoire vers d’autres terres…
Alors, quand le sanguinaire Suharto se trouva le cul bien calé sur le trône, les panards baignant dans un flot de dollars…
Alors, les nervis de l’armée ténébreuse, les exterminateurs, les petits voyous devenus assassins de masse, reçurent le salaire de leur ignominie en devenant les milices cachées du régime.
Á eux les coups fourrés, les violences officieuses, les basses besognes…
Rien de plus ni de moins qu’une redoutée mafia, une organisation secrète et pourtant connue de tous, un tissu de petits chefs disposant d’un territoire sur lequel, en plus d’assurer par une salutaire terreur le bon ordre politique des choses, l’amour de la patrie éternelle et la reconnaissance envers le grand Suharto, ils règnent sur les trafics juteux, la prostitution, les jeux et le racket des commerçants.
Et c’était le yacht d’un de ces égorgeurs qui, misère de nous, venait de s’ancrer à notre débarcadère.

Les cinq matelots restèrent sur la terrasse, déployés, leurs bobs blancs rabattus jusqu’aux sourcils, avec à la gueule cette expression à la fois revêche et hautaine de gonzes prêts à décaniller tout ce qui bouge à la première occasion.
Kiri, le gros suiffeux et le vieux flic entrèrent dans la grande salle, accueillis par Chulo et Pearl Mama qui en firent des tonnes dans l’enjoué, les gestes larges, les sourires plus encore, les yeux brillants de joie.
– Selamat datang, bienvenue ! Asseyez-vous donc ! Le Paradise est si heureux de vous accueillir ! débitait Chulo, exhibant ses dents.
– Whisky ? Rhum ? Vodka ? pépiait Pearl Mama, après avoir retenu de justesse une grimace quand Kiri s’était courbé pour lui baiser la main.
Small et Wayan étaient affairés à réparer je ne savais quoi derrière le comptoir. Tous deux avaient blêmi en découvrant nos hôtes. L’Australien avait blanchi sous son hâle. Wayan arborait un joli teint vert bilieux.
– Ulamas, souffla-t-il, les yeux agrandis de terreur.
– Ce mec, c’est Kiri, le chef d’Halmahera, cracha Small à mi-voix. Gaffe, Haig, c’est le roi des enc…
– Je sais, coupai-je, tout en faisant mine de fourrager dans les bouteilles.
Je me servis un scotch dont je n’avais guère envie et fis glisser sous ma paume un trousseau de clés à Small tout en ordonnant à voix basse :
– Allez chercher les armes dans la cahute tous les deux.
– Okay.
– Chargez-les et foutez-les dans la cuisine.
– ’kay…

Pendant ce temps, les trois affreux s’étaient attablés. Les filles les entouraient et les câlinaient, jouant leurs numéros habituels d’allumeuses. Le gros avait saisi le bout d’un sein de Tida, l’une des jumelles stripteaseuses, et le pinçait en tournant. La mignonne riait pour cacher sa grimace de douleur. Kiri fourrageait sans ménagements sous la micro jupe de sa simili sœur, Tara, et l’interpellait en javanais. Je ne comprenais pas, mais me doutais, au ton méprisant, qu’il lui reprochait de travailler pour des étrangers. Tara hochait la tête en silence, un sourire professionnel figé aux lèvres. D’où j’étais, je pouvais voir les larmes briller au bord de ses yeux.
Alors que Chulo s’était pointée au comptoir et préparait les consommations, je lui glissai :
– On se les fait.
– Muy bien, répondit-elle du coin des lèvres.
– Small va chercher les flingues.
– Perfecto.
– Tu es armée ?
– T’inquiète.
Je gagnai la cambuse où Roman préparait les plateaux apéritifs de coquillages et de fruits pour les nouveaux arrivants.
– C’est la merde, lui annonçai-je. Les types veulent nous braquer.
– Pécaïre, les enculés !
À ce moment, Small entra suivi de Wayan, tous deux les bras chargés des Armalite qu’ils alignèrent sans bruit contre la cloison.
– On les allume, prévins-je Roman.
– D’accord.
– Tu en es ?
– Té bien sûr. Qui je plante ?
– Dans le tas, vieux, on n’a pas le temps de peaufiner.
– Pas de problème.
Je me tournai vers Small :
– Il faut faire le tour de la maison et se payer les matafs sur la terrasse. Tu peux le faire ?
– Yeah.
Je plantai mes yeux dans les siens.
– T’es sûr ?
Il eut un frémissement de paupières.
– Dis-moi, insistai-je.
Je le savais courageux, mais il n’avait pas beaucoup plus de vingt ans et son expérience de la violence se limitait encore à des bagarres de bar.
– T’en fais pas, m’assura-t-il.
– Moi aller avec, intervint Wayan. Eux c’est Ulamas, moi c’est tuer Ulamas bien content.
– D’accord. Allez-y tout de suite. Restez planqués. Tirez quand je crie, ou quand nous on tire dessus, démerdez-vous.

Simple, le plan. Rudimentaire. Á la brute.
Je suis malandrin, pas militaire.
Avec moi, pas d’attaque de diversion sur le flanc gauche, le flanc droit, le flanflan, pas de déploiements des forces de réserves par une manœuvre hardie, pas d’attaque à l’heure H, au Point P, force F, Qualité mon Q !
La stratégie, dans ce genre de cas, c’est serrer les fesses pour pas souiller les slips et zigouiller large alentour.
Je suis malfaiteur, pas chevalier.
Les duels à la loyale devant le saloon, les « messieurs tirez les premiers » et autres élégances, je m’assois dessus.
Quand tu veux te débarrasser d’un ennemi, la meilleure méthode c’est par surprise, dans le dos, avec une barre de fer. Plus le coup de grâce quand la carne est à terre.
En la matière, je suis comme ces officiers rebelles d’Amérique Latine qui traçaient des cercles de craie au sol autour d’eux et liquidaient quiconque hasardait le pied à l’intérieur.
Depuis l’instant où, sur le wharf, Kiri avait dit « le seul patron c’est moishshsh… », je savais qu’il me fallait frapper.
Dure, qu’elle devait être, la cogne. Fulgurante. Impitoyable.
Sans merci ni merde.
Son attitude comme celle des deux autres affreux, plus les gueules avides d’action des tueurs nippés en marins, montraient assez qu’ils étaient là pour nous la mettre. Et à moi, on ne me la mettait pas, c’était aussi simple que ça.
Alors : Sus aux enfoirés.
Amen, ainsi soit-il, Inch’Allah, Baru Haschem et Bouddha tralala.
Sus.
Sus, sus et colegram !
Tandis que je regardais les autres empoigner les fusils avec aux gueules cette expression dure, os des mâchoires en boule et regards en dedans de soi, des types partis pour la castagne, je sentais monter en moi une onde de jubilation qui venait recouvrir mes réflexes de trouille comme la vague engloutit les objets épars sur la grève.
Action !
Au profond de mon être, j’y aspirais.
Depuis des semaines que je jouais les constructeurs de bungalows, les mariniers à la manque et les amants de chanteuse…ça allait enfin chauffer.
Il y allait avoir de la poudre crachée et de la bousillance, enfin !
Remarque : si j’avais su à quel point piteuse allait être ma prestation, j’aurais moins exulté…

Small et Wayan se coulèrent dehors.
Roman avait armé un Armalite, schlik-schlak, le plus doucement possible. Il tenait en travers de sa poitrine, noir, luisant de graisse, en caressait de la main la crosse de bois polie par l’usage. Au coin des lèvres il avait une clope sur laquelle il tirait les goulées profondes et rapprochées du type qui se dit que ça pourrait bien être les dernières.
Je dégainai mon colt, relevai le chien.
De la salle nous parvinrent la musique et la voix de Pearl Mama qui chantait Bobby Mc Gee en s’accompagnant à la guitare.
– Okay ?
– Gi.
Il cracha sa cigarette, l’écrasa sous son talon nu, m’adressa un clin d’œil et un court coup de menton.
– C’est parti, peuchère !

(À suivre)

 

ROTTEN ISLAND 10
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4 Responses to ROTTEN ISLAND 11

  1. ALEKOS

    Bon, je pense que toutes les conditions sont réunies pour que cela parte en couille grave… On retient notre souffle…laisses en deux ou trois en vie quand même Thierry…

  2. Oliv'

    Voilà une semaine qui s’annonce mouvementée, on sent bien que ça va défourailler sous peu dans tous les sens, il va y avoir du sang, de la chique et du mollard.
    On se disait aussi que ça ne pouvait pas durer bien longtemps ce paradis exotique… l’ordre, le luxe et la volupté vont se muter en chaos !

  3. ALEKOS

    Oliv’ vieille branche ! t’es encore dans le coin !

  4. Oliv’

    Salut Alek ! Suis là en chair et en boyaux, pas lâché msieu Poncet d’une petite semelle tu penses… surtout par ces temps de cataclysme, soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien, mais restons vigilants !
    Salut à toi et tous tes potes hellènes !

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