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INTERVIEW DE MÔSSIEUR THIERRY PONCET

Publié par le 21 septembre 2017

 

Tu penses bien qu’ils te font bosser même en vacances !
En juillet dernier, je participissa à un très sympathique petit salon d’écrivains, sis au Creusot, organisé par l’association Les Polars Du Chat, présidée par une jeune personne fort avenante, dynamique, marrante et tout et tout du nom de Patricia Felix.
Outre par ma pomme, les excellentes éditions Taurnada y étaient représentées par l’excellente Estelle Thareau, l’excellent Florent Marotta, l’excellent Christian Laurella, sans oublier l’excellent Mehdi Brunet, tous auteurs de libre plume, à fougue et à moelle, que je vous engage à lire, séance tu sais quoi ? Oui, tenante.
Quand vous saura que les excellentissimes Joël et Paricia Maïssa, patrons des éditions Taurnada se tapirent toute la route depuis Nice pour venir nous soutiendre, vous comprendrez à quel point notre félicité estoit complète.
Alleluïa, poil au bras.
Á l’occasion de cet aimable raout fut distribué aux auteurs participants un questionnaire destiné à la presse locale et au blog de l’association. Interview à laquelle je me plia de bonne grâce, avec le sérieux et la conscience professionnelle que vous me connaissez.
Ainsi soit-il.
Poil aux cils.

 

D’où venez-vous ? Comment êtes-vous arrivé à l’écriture ?

Je suis né dans un triste village picard dont mes parents étaient les instituteurs. Il y avait beaucoup de livres chez nous, sans compter ceux de la bibliothèque de l’école – qui était donc aussi celle de la maison, je me comprends… J’avais six ou sept ans quand une page du Combat Des Chefs, une aventure d’Astérix, m’a rendu fou. Un légionnaire romain planqué dans un arbre creux dialoguait avec un hibou, n’échangeant que des « hou ». Qu’on pût ainsi tenir une planche entière, y distiller tant d’émotions et une telle atmosphère au moyen d’une seule onomatopée m’a empli d’admiration. S’est déclenchée dans ma tête une sorte de machine à articuler des histoires. Le sort était jeté. Le mien, de sort, était scellé.

Avez-vous une activité en dehors de l’écriture ?

Á part les jobs initiatiques de tout p’tit gars qui se respecte (bûcheron, coursier, berger, marin, loufiat, ouvrier, branleur…), je n’ai jamais exercé d’autre métier que celui d’écrivain et en ai toujours vécu.

Comment écrivez-vous ? Avez-vous des rituels ?

J’écris tout le temps. Je rédige le plus souvent le matin, tôt. Quand j’ai un autre boulot sur les endosses que le bouquin en cours (nouvelle pour mon blog, article, scénario…), je me fends d’une autre séance de clavier en fin d’après-midi. Le reste du temps, je construis dans ma caboche ce que je vais écrire le lendemain. La plupart des gens me prennent pour un fainéant car, marchant dans la forêt, déambulant sur un trottoir ou accoudé au bar, j’ai l’air de ne rien faire. En réalité, je bosse plus que la plupart, mais, bon, on n’est pas là pour se vanter, hein ?

Depuis quand écrivez-vous ?

Je m’y suis mis sérieusement à quatorze ans quand le fric économisé de plusieurs Noël et anniversaires m’a permis d’acheter une machine à écrire (une Nogamatic, sous-marque d’Olympia, jaune citron, avec repeat spacer). Me considérant dès lors comme en apprentissage, je me lançais des défis. Par exemple : western, chapitre cinq ; et allez : « Bronco Bill poussa la double porte du saloon et gagna le comptoir en faisant claquer les talons de ses bottes sur le parquet mal équarri. – Whisky, commanda-t-il… » ; ou alors : cape-et-épée, chapitre dix ; et hop : « Ayant quitté la comtesse et dévalé l’escalier dérobé, le chevalier s’immobilisa devant la porte, hésitant à la pousser. – Si les gardes du cardinal ont laissé un homme de guet dans la rue, je suis cuit ! songeait-il… ». Après, je relisais des pages de Desperado ou bien mon Trois Mousquetaires et je chialais d’exaspération en me disant que je n’y arriverai jamais.

Aviez-vous un projet littéraire lorsque vous avez commencé à écrire ?

Le problème ne s’est pas posé en ces termes. J’avais dix-huit ans, fui ma famille pour Paris et il ne s’agissait pas de faire l’artiste mais d’acheter un paquet de nouilles et même, soyons ambitieux, un peu de sauce tomate à verser dessus. Aussi ai-je fait de la nouvelle à l’eau de rose pour la presse du cœur, qui payait peu, et du roman-photo pornographique, qu’on me réglait cash. Á côté de ça, je filai des nouvelles d’anticipation à un fanzine punk créé par des copains, qui me dédommageaient en compliments. Et en tournées de bières, soyons justes.

Qu’avez-vous ressenti lorsque votre premier livre a été publié ?

Là encore, ça ne s’est pas passé comme ça. Mes vingt-cinq, trente premiers bouquins étaient des ouvrages de commande. 1 : des numéros de la série Brigade Mondaine. 2 : des autobiographies de simili vedettes, des acteurs de second plan, un animateur de télé, un autre de radio… Ensuite, je suis devenu le secrétaire d’un écrivain à succès, Cizia Zykë, avec qui nous avons écrit dix-sept livres, aventures vécues puis fictions, au cours d’un multiple tour du monde qui a duré vingt ans et des brouettes. J’ai donc eu l’étrange privilège, pendant des années, de voir des volumes rédigés de mes petites mains à l’étalage, sur les rayons, achetés par des gens, chroniqués dans les médias, etc… Du coup, j’avais déjà trente ans et pas mal de pages derrière moi quand Régine Desforges, alors propriétaire des éditions Ramsay, a publié le premier roman signé de mon nom, Pigalle Blues. Et ça ne m’a fait ni chaud ni froid.

Donnez-vous votre avis sur le format de vos livres, l’illustration de couverture ou la quatrième ?

Bonne question. Avec Cizia Zykë, nous nous sommes un jour lassés de lire au cul de nos ouvrages les textes maladroits, pompeux ou carrément à côté de la plaque rédigés par des grouillots de maisons d’édition. A partir de la publication au Livre de Poche du roman Fièvres, c’est-à-dire vers 1987, 88, nous nous sommes mis à écrire nos propres textes de présentation. Aujourd’hui, j’en propose deux ou trois à mon éditeur, Joël Maïssa, qui choisit celui qui lui sied le mieux.

La publication de votre premier livre a-t-elle facilité la suite de votre carrière ?

Non. La soi-disant grande édition est un business, les gens qui y oeuvrent des commerçants. Leur relation aux écrivains est un rapport de pouvoir dans lequel ils se considèrent comme les patrons, l’auteur étant un employé. Autrement dit, si vous vous soumettez, on vous facilite un peu la vie. Si vous refusez la sujétion, on ne vous fait aucun cadeau. C’est d’ailleurs pourquoi je vois avec une immense joie le déploiement actuel, porté par le net, les blogs et les boutiques en ligne, de petits éditeurs indépendants et d’auteur en auto-édition. Il règne dans ce fourmillement une authentique passion de la chose écrite, une créativité bouillonnante, une liberté d’écriture qui sont les ingrédients d’un réel renouveau de la littérature populaire. Amen.

Avez-vous participé à des concours ?

Après mon retour définitif en France, en 2006, j’ai participé à des concours de nouvelles. Les gagnant toujours, j’ai compris que cette activité servait surtout à encourager des auteurs débutants ou amateurs et que, par conséquent, je boxais bien en dessous de ma catégorie. Considérant que c’était injuste pour les autres concurrents, j’ai totalement arrêté.

Où peut-on trouver vos livres ?

Les livres des éditions Taurnada sont disponibles partout où l’on fait commerce de bouquins : librairies, magasins culturels et sites de vente en ligne… Le genre « Aventure » est tombé en désuétude, largement en retrait par rapport au polar, la fantasy et l’épouvante. Vous le savez bien, aux Rencontres Du Creusot, vous qui ne mentionnez pas l’Aventure dans votre intitulé. Depuis deux ans, pour Joël Maïssa et moi, c’est un défi que de redonner une audience digne de ce nom au, taratataaaaan, Grand Roman d’Aventure – c’est d’ailleurs ce qui rend cette action si passionnante.

Quelle définition donneriez-vous de vos livres ?

Mes bouquins sont des romans d’Aventure où sont contées les pérégrinations d’un héros nommé Haig à travers les bas-fonds du monde. Jungles, déserts, océans, steppes et banquises. Contrebandes, trésors cachés, violences, amours, bandits féroces et belles aventurières… Trois volumes sont à ce jour parus, Le Secret Des Monts Rouges, Les Guerriers Perdus, Le Sang Des Sirènes. Je termine d’écrire le quatrième, L’Île Coupée Du Monde, tout en posant les bases du cinquième, Mort-Sur-Loue. Par ailleurs, je publie en octobre prochain, toujours avec mon bon Joël Maïssa des éditions Taurnada, un roman autobiographique, Zykë-L’Aventure dont le titre, je pense, dit assez ce dont il s’agit.

Pourquoi ?

Devrais-je absolument faire témoignage de mes petits traits d’encre, je dirais que l’Aventure fait courir à travers le crâne de ses lecteurs un souffle d’authentique liberté ô combien positif dans un monde occidental de plus en plus normé sous ses déguisements fun, régulé, inhibiteur et décourageant. L’aventure est la roulotte de gitans garée au cœur d’un village trop ordonné, le braillement d’un blasphème au-dessus des chuchotis gourmés d’une église, le sifflement joyeux d’un beau gars au passage d’une demoiselle exagérément timide. C’est dire !

Qu’attendez-vous de votre participation aux Rencontres Littéraires du Creusot ?

Comme je l’ai dit plus haut, je crois qu’une nouvelle littérature populaire est en train de naître, qui échappe totalement aux grands groupes d’édition, et n’est certainement pas reçue dans les salons institutionnels. Disons « les littératures indépendantes », comme on dit « les musiques indés ». C’est le genre de rencontres que propose Les Polars Du Chat comme quelques autres petits festivals ici ou là qui me semblent destinés à en être les relais. Et puis, de vous à moi, quel plaisir de pouvoir se livrer à notre passion commune, les bouquins qui dépotent, entre amis, en toute convivialité, dans la proverbiale joie et la non moins proverbiale bonne humeur. Allez, patron, remettez-nous ça !

 

Les Rencontres Littéraires du Creusot sont organisés par l’association de fondus de bons bouquins Les Polars Du Chat.

Lien :https://www.facebook.com/lespolarsduchat/

 

 

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7 Responses to INTERVIEW DE MÔSSIEUR THIERRY PONCET

  1. Pinuche

    Et ben moi je dis que Môssieur Thierry a l’air en grande forme et que Môssieur Thierry continue de me faire penser à un autre grand Môssieur Frédéric Dard qui manque à la littérature… Donc je dis moi Môssieur que le sieur Haig, aventurier de son état, mâtiné de la morgue décontractée d’un certain commissaire San-A, flanqué d’un alter ego du genre discretos de Béru, pourrait bien nous faire passer de fichtres bons moments, expressions désuettes à la clef… Bons baisers d’Oyonnax dans l’Ain et salut à tous les petits graisseux et les vieux gars du blog.. Oliv’

  2. ribeireix

    ben voila des commentaires qui ont du le ravir le sieur Poncet ! bravo thierry.et merci on aime te lire nous.

  3. Thierry Poncet

    Boooon. Je vois que tous les copains sont là.
    Booooooon. Retroussons manches, remplissons stylo.
    Quand les potes sont au rendez-vous, qu’est-ce que tu veux faire d’autre, hein ?

  4. Alekos

    Et yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum !

  5. Oliv'

    …et si on se faisait un micro script-quizz, come ça, pour la route, en cette triste soirée ou quelqu’un vient de manquer à l’appel ?

    Extérieur, jour, à flanc d’une paroi verticale, deux hommes encordés l’un au dessus de l’autre…

    – Monsieuuur, mon coeur lâââche…
    – Serrez les fesses !

    Jean Rochefort, Jean-Paul Belmondo, les tribulations d’un chinois en Chine, Philippe de Brocca, 1965.
    Adieu à un grand Môôssieur du cinéma…

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