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BLED, (Film) – 07

Publié par le 16 décembre 2017

 

Inspiré du roman « HAIG, Le sang Des Sirènes », Thierry Poncet, Editions Taurnada 2016.

https://www.taurnada.fr/

 

INT Nuit, voiture

Ferraj planque son colt dans sa ceinture, blouson rabattu par-dessus. Il sort une liasse du sac de jute, prélève des billets, repose la liasse.

Ferraj :
Allez. C’est Ferraj qui joue, là…

 

EXT Nuit, portail

La caméra détaille le gamin dans la lumière des phares : maigre, les cheveux tenus ras pour se garder des poux, habillé d’une longue tunique de toile sans couleur et rapiécée.

Une houe agricole tenue comme une arme à la main, il garde un visage buté, sans amabilité, alors qu’on entend la voiture s’approcher et le moteur s’arrêter.

Vue de l’arrière de la 504 : Haig et Ferraj en descendent, en ombres sur l’éclat jaune des phares. Ils s’avancent, se rejoignent devant le capot.

Plan sur les deux hommes côte à côte. Ferraj attrape le blouson de Haig à l’épaule, la face menaçante.

Ferraj :
Toi maintenant tu fermes ta gueule, tu fais tout ce que je te dis, t’as compris ?

Gros plan sur son visage : de méchante, son expression devient celle d’un imbécile joyeux, yeux écarquillés, innocents, et sourire naïf.

Ferraj (s’approchant du gamin) :
Salam aleikum. Ouh là là, qu’est-ce qui nous est arrivé, mon frère !…

Ferraj explique au gosse que Haig et lui ont heurté un animal par accident au cours d’une pantomime dont l’effet doit être comique. Ferraj beugle en arabe ponctué de cris inarticulés, lève les bras au ciel, tourne sur lui-même, mime l’animal, le choc, se laisse tomber à terre, relève son pantalon pour montrer une ecchymose imaginaire, etc… Pendant plusieurs minutes, un clown talentueux remplace le Ferraj dangereux que le spectateur connaît.

Il entraîne le gamin près de la voiture, lui montre l’aile cabossée, la vitre arrière brisée. L’enfant sort de sous sa tunique une lampe de poche au verre brisé et à la lumière faiblarde qu’il braque aux endroits que lui indique son visiteur.

Par contraste avec l’agitation de Ferraj, son expression de l’adolescent reste impavide, étrangement indifférente.

 

EXT Nuit, succession de plans courts

Arrivé au bout de son show, Ferraj s’immobilise, brandissant les billets de banque devant le visage du gamin.

Dans un enclos voisin, un âne braie.

Un nuage passe devant la lune.

Le vent pousse des nuages de poussière dans la plaine éclairée par la lune, tandis que retentissent toujours les braiements sinistres de l’âne.

Quelque part dans la campagne, une chouette perchée sur une branche de buisson prend son envol.

Le volet d’une lucarne obscure claque plusieurs fois contre son chambranle.

 

EXT Nuit, portail.

Le gosse se penche sur la roue avant droite, tâte les pièces, se relève et s’adresse à Haig en arabe.

Haig :
Je comprends pas.

L’enfant mime des coups de marteau.

Haig :
Oui. Il faut taper au marteau. Je comprends. Oui…

Le gosse tourne les talons, va au portail et en ouvre les vantaux sur une voûte obscure.

Ferraj (impatient) :
Entre ! Vas-y, dépêche, entre avec la voiture !

Haig se remet au volant et avance. Au passage, Ferraj donne une claque sur le toit de la 504, qu’il suit, disparaissant avec elle dans la nuit de l’intérieur de la bâtisse.

Toujours aussi indifférent, le gamin referme les vantaux.

Plan fixe, long, sur le portail fermé.

 

CUT

 

Fondu au noir : INT Nuit, voiture

Dans la lumière des phares, on ne distingue qu’un désordre indistinct de matériel agricole.

Surgit un chien maigre, sans race, qui aboie furieusement après la voiture. Ferraj apparaît dans le champ de lumière et lui balance un méchant coup de pointe de bottes. Le clébard pousse un cri de douleur et s’enfuit.

GP sur les yeux du gamin, à la fois inexpressifs et chargés de rancune.

Le plan s’élargit : Le gamin, faisant mine de ne pas avoir remarqué la scène, désigne du manche de son outil la porte d’une grange.

Les phares éclairent une vache et son veau qui se replient vers un côté pour échapper à la brusque lumière.

 

INT Nuit, grange

La voiture s’immobilise. Le moteur s’éteint.

 

INT Nuit, voiture

Haig immobile dans l’obscurité. Il respire fort, puis de plus en plus vite. On comprend qu’il est envahi par la peur.

Il se cogne plusieurs fois le front contre le volant.

Haig (chuchotant) :
Merde… Merde… Merde…

Des coups qui retentissent à sa vitre le font se redresser en sursaut. C’est Ferraj qui cogne le verre du poing.

Ferraj :
Viens.

Haig hoche la tête, obéissant, prend le temps d’inspirer et d’expirer trois fois.

Ferraj, impatient, ouvre la portière.

Ferraj :
Tu sors de là, oui ?

 

INT Nuit, grange

Ferraj prend sur la banquette arrière la bouteille de gin espagnol, la brandit sous le nez de Haig.

Ferraj :
J’ai donné du fric au gosse. Il prévient sa famille. Tout va bien ici. Toi et moi on va manger, on va boire et tout va être bien comme il faut.

Il enlace Haig, une main sur sa nuque, lui amène le front contre le sien.

Ferraj :
Tout comme il faut. C’est Dieu qu’il est avec Ferraj, tu comprends. C’est Dieu le copain de Ferraj qui nous a guidé ici. On Mange, on boit, on est tranquilles !

Panoramique : la bâtisse est en carré, les pièces s’alignant autour du patio, pour l’heure obscur.

Le gamin guide les deux hommes, les invite à entrer dans l’une d’elles, une sorte de salon au sol carrelé recouvert d’un tapis, meublé d’une sorte de divan avec coussins courant le long des murs, sauf l’un d’eux où s’ouvre une cheminée. Une lampe à pétrole est posée sur le manteau de celle-ci. Sur une table basse à plateau de cuivre, un chandelier où brûlent des bougies.

On découvre la mère accroupie devant le foyer qu’elle a rempli de branchettes puisées dans un tas de fagots et auxquelles elle vient de mettre le feu : une femme d’une quarantaine d’années dont on voit à peine le visage mais qu’on devine belle.

Ferraj se laisse tomber sur le divan, pattes écartées, hilare, la bouteille de gin au poing. Il frappe le coussin à côté de lui.

Ferraj :
Assied-toi.

Haig se tourne vers la cheminée où le feu commence à crépiter, constate que la femme a disparu.

Haig :
Ben… où ?…

Ferraj dévisse le bouchon de la bouteille.

Ferraj :
Putain mon frère relaxe-toi. Assied-toi. Tu m’énerves à rester planté là. On n’est pas bien ici ?

La caméra suit le regard de Haig sur la cheminée, la porte par laquelle ils sont entrés, une autre ouverture masquée par un épais rideau de laine.

Ferraj (haussant le ton) :
As-si-ed-toi-là !

Haig obéit. Ils boivent une rasade chacun leur tour.

 

INT Nuit, salon

Plan sur des jolis pieds nus festonnés de dessins au henné qui glissent sur le carrelage puis sur le tapis.

Plan sur les deux hommes qui se figent. Ferraj, qui s’apprêtait à boire, s’immobilise, goulot de bouteille devant la bouche.

Plan sur l’arrivante : une très belle jeune fille d’une quinzaine d’années, porteuse d’une théière et de deux verres à thé. Elle s’avance d’une démarche humble, yeux baissés, pose thé et verre sur la table basse.

GP sur ses yeux : grands, sombres, beaux.

GP sur les yeux de Haig, qui cille à répétition.

GP sur les yeux de Ferraj, qui plisse les paupières avec un regard de prédateur.

La jeune fille sort à reculons.

Ferraj achève son geste de boire au goulot puis envoie un coup de poing sur le bras de Haig, en lui clignant de l’œil.

Ferraj (hilare) :
La jolie petite gazelle ! C’est Dieu qui l’a mise là ! Tu vois, Dieu, c’est le meilleur copain de Ferraj !

Plan sur le visage de Haig, sombre et soucieux.

(Á suivre)

 

BLED, (Film) – 06
BLED, (Film) – 08

2 Responses to BLED, (Film) – 07

  1. La famille Gaillard

    Bonjour Monsieur Poncet. Bien que fidèles lecteurs de vos nouvelles dont nous apprécions souvent l’aspect scolaire et éducatif, en tant que modérateurs nous pensons qu’une dérive du récit de caractère « triviale » voire « organique » pourrait porter atteinte à la sensibilité d’une partie de votre lectorat. Nous fiant à votre sens de la mesure, nous espérons donc que la suite de votre récit – bien que situé en dehors de nos frontières – se poursuivra dans le bon goùt qui vous caractérise habituellement. Comptant sur votre aimable compréhension, bien cordialement. Jean-René Gaillard

  2. Alfredo

    Arrête ton char Jean-René… en fait c’est quand les individus sont convaincus d’être assistés par Dieu ( quel qu’il soit ) qu’ils deviennent dangereux… Bien le sens du gros plan rendu célèbre par les maitres du genre, Alfred Hitchcock en tête.