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PANAME, PANAME, PANAME… 04

Publié par le 28 décembre 2019



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

INT Jour (aurore), chambre d’hôtel

Lucas (âgé), contemple le jour se lever sur la place des Abbesses. Sur la table, on aperçoit les feuillets couverts d’écriture à côté de la machine et des mignonnettes d’alcool vides, témoignages d’une nuit de labeur. Lucas se passe les deux mains sur le visage. Il est sombre, en proie à des pensées tristes.

 

Fondu sur :

 

INT Jour, aurore, temps passé, studio de Lucas

Lucas (jeune), s’éveille dans le lit dévasté par la nuit d’amour sur lequel se déverse la lumière d’un beau matin d’été. Aux bruits d’eau qui parviennent de la petite salle de bains, on comprend que Fred est sous la douche.

Lucas allume une cigarette. Tout en soufflant la fumée avec délectation, il examine complaisamment son corps. On s’attarde sur les rougeurs, griffures et morsures, résultats de cette nuit passionnée.

 

INT Jour, studio de Lucas

Fred sort de la salle de bains, habillée, les cheveux mouillés. Lucas ouvre les bras pour l’accueillir, mais elle s’assoit au bord du lit, hors de sa portée. Elle s’empare du paquet de cigarettes et en allume une, sans regarder son amant.

Lucas (un peu interloqué) :
Fred ?

Elle souffle la fumée sans répondre.

Lucas :
Fred ? Ça va ?

Elle tourne son regard vers lui. Ses yeux sont froids, distants, son visage impassible. Ils se dévisagent en silence. L’expression de joie satisfaite de Lucas disparaît, laissant place à une inquiétude étonnée.

Lucas (hésitant) :
Fred ? Est-ce que… Enfin… Je veux dire : on va se revoir, pas vrai ?

Fred écrase d’un geste brusque la cigarette à peine fumée dans le cendrier.

Fred :
Bye, bye Lucas.

Elle se lève. Il lance le bras pour l’attraper mais elle esquive son geste. Elle bondit jusqu’à la porte, l’ouvre, sort et la rabat sans se retourner.

Plan sur le visage de Lucas, surpris et peiné, tandis qu’on entend le pas de Fred s’éloigner dans les escaliers.

 

CUT

 

EXT Jour, alentours de Pigalle

Lucas (âgé) déambule, le visage fermé, sans prêter attention à ce qui l’entoure, perdu dans ses souvenirs.

 

INT / EXT jour, nuit

Succession de plans montrant Lucas (jeune) marchant dans la rue, jouant du piano et chantant au cabaret, buvant des verres à des comptoirs. Pendant chacune de ses actions, il jette des regards autour de lui ; On comprend qu’il guette l’apparition de Fred.

 

INT Jour, palier

Lucas se tient devant la porte fermée de son appartement. Il tient un petit papier. On peut lire :
« Suis au Saint-Jean – Lucas »

Il glisse le papier dans l’encoignure de la porte, hésite, retire le papier qu’il fourre dans sa poche, descend quelques marches de l’escalier puis remonte, ressort le papier et le glisse de nouveau dans l’encoignure. Il hésite encore un instant, puis hausse les épaules et descend les escaliers, laissant le mot en place.

 

INT Jour, bar

Lucas est accoudé à un comptoir quand il voit passer devant le bar une fille dont la silhouette ressemble à celle de Fred. Il se précipite à l’extérieur. Le serveur le hèle.

Serveur :
Hep, toi, là-bas !…

 

EXT Jour, rue

Lucas rejoint la fille, l’attrape par l’épaule. Elle se retourne : ce n’est pas Fred.

La fille (effarouchée) :
Eh !? Qu’est-ce que t’as, toi ?

Lucas (confus) :
Excusez moi… J’ai confondu…

Il retourne vers le bar, à la porte duquel le serveur l’attend, furax.

 

INT Jour, palier

Lucas remonte les escaliers jusqu’à sa porte. Le message est toujours glissé dans l’encoignure, intact et intouché. Lucas le retire et le froisse, l’air déçu.

 

INT Nuit, cabaret

Salle comble, chaleur, fumée, vacarme. Lucas est au piano, en train d’interpréter « À Paris » d’Yves Montand. Tandis qu’il joue, son regard fouille la salle. On comprend qu’il cherche le visage de Fred, mais ses yeux ne rencontrent que des trognes avinées et hilares.

Il s’interrompt en plein milieu d’un couplet, bondit sur ses pieds, saute de la scène et s’enfuit à travers la foule vers la sortie.

Plan sur Gaby, d’abord surpris, puis courroucé. Il lève les deux bras au ciel dans un geste théâtral à sa manière et croise le regard de Mickey, le barman, lequel hausse ses larges épaules : « qu’est-ce que j’en sais, moi ? ».

Max, qui était assis au comptoir, bondit sur ses pieds, ajustant sa marionnette (Maxime), et fonce vers la scène.

Maxime : c’est un gamin à l’air espiègle, rouquin, habillé d’un frac ; à l’origine, il était le sosie miniature de Max, mais le scotch et les vicissitudes de l’existence ont tant marqué l’homme que lui et sa marionnette ne se ressemblent plus guère…

Max (à Gaby, au passage) :
J’m’en occupe. J’enchaîne…

 

EXT Nuit, rues de Pigalle

Lucas marche sans but, ses yeux scrutant la foule, le visage empreint de douleur.

 

Fondu sur :

 

INT Jour, temps présent, chambre d’hôtel

GP du visage de Lucas (âgé), arborant la même expression douloureuse. Lentement, ses traits se détendent, jusqu’à ce que ses lèvres s’étirent en un sourire attendri, un peu moqueur vis-à-vis de lui-même.

Il tape sur le clavier. On peut lire :
« Au bout de cinq nuits d’hébétude et cinq jours d’insomnie, je compris que j’étais tombé malade. »

La caméra remonte vers son visage. Il murmure en même temps qu’il frappe.

Lucas :
Elle avait envahi toute ma vie… S’était installée dans chacune de mes pensées… À tout instant je la voyais, elle, Fred, là, devant moi, avec ses cheveux courts et ses putains de grands yeux bleu sombre, obsédante, me rendant fou…. Je passais sans cesse du bonheur fulgurant des souvenirs de mon unique nuit avec elle au désespoir profond que me causait sa disparition…. Chaud, froid… Brûlant, glacé.

La caméra redescend sur la feuille de papier. On peut lire :
« J’avais la malaria de l’âme. »

 

CUT

 

INT Nuit, café La Bonne Planque

Retour au temps passé. Un bon petit bistrot à l’ancienne, tenu par un gros bougnat moustachu. Lucas est accoudé au comptoir en compagnie de Max, le ventriloque du cabaret. Ils boivent des scotches.

Max : petit et fluet, le crâne déplumé à part une bizarre houppette de cheveux roux carotte au-dessus du front, le nez boursouflé et les pommettes marquées par la couperose. On peut penser à un Fred Astaire très, très, très abîmé…

Max (l’élocution déjà hasardeuse) :
Fais pas cette tête de mort, tu vas finir par me faire de la peine ! (Il ôte une cigarette jaune et mouillée de salive du coin de sa bouche et en secoue la cendre d’un petit coup d’auriculaire) D’ac… d’ac… d’accord, elle était bien m… mignonne et propre et tout et tout, mais arrête d’y penser ou tu vas te rendre marteau…

Lucas (lui aussi bien attaqué) :
T’es marrant, toi ! Ah oui, t’es marrant ! Tu me fais marrer !…

Max (martelant la poitrine de Lucas de l’index) :
Elle est venue prendre de la queue ! De la queue ! De la queue, oui ! Et elle est repartie chez papa et maman, qu’est-ce que bon dieu tu veux y faire ?

Lucas semble prêt à éclater en sanglots. Il fait signe au bougnat de remplir les verres. Celui-ci s’exécute. Lucas vide son verre d’un trait et le fait claquer sur le comptoir. Aussitôt, il en recommande un autre d’un geste impératif. Le bougnat s’exécute.

Lucas :
Ouais ! C’est ça, putain, ouais…

Max (sirotant) :
C’est la seule explication pl… pl… plausible. Regarde : il y a sa venue… Et puis sa disparition. Paf. Abr… abracada… abrac… La seule explication, mon p’tit pote, même si c’est la plus triste. Ah ça je te l’accorde, c’est la plus triste ! (Au patron) : remets-nous ça, Bébert !

Le patron (excédé) :
Alfred ! Je m’appelle Alfred ! Combien de fois il faudra que je te le dise ?

Max :
Oui, et ben remets-nous ça, BÉBERT !

Le patron hausse les épaules et les ressert. Lucas contemple sombrement le contenu de son verre.

Lucas :
T’as raison… Une jeune femme des beaux quartiers. Mariée, peut-être, si ça se trouve…

Max :
Si ça se trouve !

Lucas :
Elle a profité, tiens, de l’absence de son type au mois d’août…

Max :
Tiens !

Lucas :
…pour vivre une petite aventure.

Max :
Tu vois bien !

Lucas :
Ou bien c’est une gonzesse de province. Une qui se serait évadée…

Max (s’animant, complètement parti, maintenant) :
Évadée comme une chatte ! Une chatte ! Une ch… une chatte sur un toit brûlant !… Ça n’a rien à voir, la chatte sur le toit brûlant… C’est comme, eh… c’est comme, eh… comme le boeuf sur le toit, hein ? Qu’est-ce qu’il y a comme bestioles sur les toits, hein ?

Lucas :
Mieux que ça, tiens : elle vit chez ses parents et elle a eu envie de s’offrir un caprice.

Max :
Un caprice !

Lucas :
Un caprice et un pianiste !

Max :
Un pianiste sur le toit ! (Il éclate de rire). Qu’est-ce qu’on rigole quand même ! Remet-nous ça, Bébert.

Le patron :
Alfred.

Lucas :
Ou bien une gonzesse à succès. Une golden girl, là. Une fille libérée…

Max :
Une salope !

Lucas :
Ouais, une salope libérée qui s’est dit ce soir-là : « Tiens, je vais me taper un mec de Pigalle »… Mais oui… Des filles comme ça, j’en ai vu défiler combien ?….

Max :
Des centaines !

Lucas :
Des milliers !

Max :
Des millions ! C’est Pigalle, ici, quoi ! Te prends pas la tête, mon Lucas, c’est l’été, c’est la fête, c’est Pigalle et y’en a plein les rues des princesses…

Lucas (gravement) :
T’as raison, l’ancien !

Max :Une chatte sur un toit brûlant, Le boeuf sur le toit, Des princesses sur des toits brûlants !

 

EXT Nuit, rue

Max et Lucas remontent une rue en titubant, bras dessus bras dessous. On entend leurs voix en chœur, très balbutiantes.

Max / Lucas :
Salopes… Des salopes… Salopes…

(À suivre)

 

PANAME, PANAME, PANAME… 03
PANAME, PANAME, PANAME… 05

2 Responses to PANAME, PANAME, PANAME… 04

  1. Quartier-Maître Quentin, corps expéditionnaire d’extrême-orient.

    Nuit câline, nuit de Chine, nuit d’amouuuur, nuit d’ivreeeeesse, de tendreeeeeesse…

    Désolé j’ai des références cinoche qui datent un peu… mais qui sont gravées dans le marbre !

  2. Oliv’

    Chaud, froid… Brûlant, glacé
    « J’avais la malaria de l’âme.”

    Belle image, qui nous éloigne de Paris et nous rappelle que l’auteur a – un peu – roulé sa bosse !

    Bonne année les vieux gars ! Prenez bien soin de l’aventure… elle est de moins en moins au coin de la rue !

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