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PANAME, PANAME, PANAME… 05

Publié par le 4 janvier 2020



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

INT Nuit, cabaret

En amorce : une rangée de petits carillons, tubes de métal que viennent frapper doucement deux maillets de xylophone, produisant une mélodie aux accents asiatiques.

On perçoit peu à peu des halètements et gémissements provenant à l’évidence d’un couple en plein rapport sexuel.

Le plan s’agrandit : c’est Lucas (jeune) qui joue du carillon, debout, l’instrument étant posé en haut de son vieux piano.

On entend maintenant les râles et les soupirs du public excité, brouhaha duquel émergent quelques interjections germanophones (« Ja ! », « Schön ! »…), allemands et néerlandais, et un rire de femme outrageusement excitée.

 

INT Nuit, cabaret

Plan général de la petite salle de cabaret telle que nous la connaissons maintenant : sombre, enfumée, comble de silhouettes de spectateurs assis aux tables. Des serveuses sexy circulent, porteuses de seaux à Champagne. Derrière le comptoir du fond se tient le monumental Mickey, occupé à essuyer des verres. Devant lui, Max, le ventriloque, sirote du whisky, l’air somnolent. On aperçoit le patron, Gaby, comme toujours exagérément fardé, vêtu d’un costume rose, assis parmi les clients.

Tous les regards sont braqués sur la scène où un couple nu fornique en levrette, laborieusement. L’homme est un grand gaillard efflanqué, livide, marqué de tatouages bleus, coiffé en rockabilly, rouflaquettes et banane. La femme est une petite asiatique. Elle joue le plaisir de façon outrancière, avec des cris et des mimiques que démentent ses yeux noirs, absolument froids et indifférents.

À une table devant la scène, une grosse quinquagénaire allemande ivre et hystérique lance des cacahuètes apéritifs sur le couple, sous les encouragements de ses compagnons de tables, eux aussi bien saouls.

 

INT Nuit, cabaret

Alternance de plans montrant les deux acteurs accélérer le mouvement et Lucas accompagner leur pitoyable montée vers un orgasme de pacotille d’une mélodie aux carillons de plus en plus trépidante.

 

INT Nuit, cabaret

Debout sur le devant de la scène, toujours nus, Le rocker et l’Asiatique saluent ridiculement avant de regagner les coulisses.

Lucas, l’air écoeuré, lâche ses maillets et saute de scène pour se diriger vers le comptoir.

 

INT Nuit, cabaret, bar

Max (plus la poupée Maxime sur ses genoux), Lucas et Mickey.

Mickey : un grand ex-catcheur ou boxeur au nez et aux oreilles déformés ; il met un point d’honneur à arborer une présentation impeccable : costards resplendissants, chemises immaculées au col impitoyablement fermés sur son énorme cou, nœud pap.

Lucas (s’accoudant, de mauvais poil, à Max) :
À toi, vieux !

Max semble s’éveiller avec difficulté. Il enlève un mégot détrempé du coin de ses lèvres et le laisse tomber distraitement à terre.

Max :
On y va… On y va…

Lucas :
Fais pas attendre ces connards !

Max (s’éloignant) :
On y va…

Mickey fait glisser un verre devant Lucas et le remplit généreusement de scotch.

Mickey :
Eh, La Banane, il a l’air d’un con à troncher sa Chinoise, mais toi, alors, avec tes clochettes, tu bats tous les records !

Lucas :
Je sais. Merci quand même.

Mickey se penche vers lui et lui adresse une mimique bizarre, haussant plusieurs fois les sourcils, un sourire de bon con fendu jusqu’aux feuilles de chou qui lui servent d’oreilles.

Lucas (pas d’humeur) :
Qu’est-ce que t’as ? Tu deviens louf ?

Mickey (continuant son manège) :
Eh ! Eh ! Eh !…

Lucas :
Ben quoi ?

Mickey (hilare) :
Binkoi, binkoi, binkoi ?… T’as pas vu qu’elle est revenue, ta p’tite mousmé de l’aut’soir ?…

Lucas se retourne d’un bloc.

Contrechamp : Fred, assise à une table en compagnie de Gaby, a le visage tourné vers lui.

Gros plan sur les yeux de Fred. Gros plan sur les yeux de Lucas.

C’est le moment d’un petit padam, padam, padam… vous croyez pas ?

 

INT Nuit, cabaret

Lucas s’approche de la table, sur laquelle trône un seau à Champagne.

Gaby, dans son invraisemblable costume rose layette trois pièces l’accueille en tendant les deux bras vers lui.

Gaby (roucoulant) :
Il ne veut pas s’asseoir avec nous, ce beau garçon-là ? Ooooooh, comme il est timide !

Comme Lucas arrive à la table, Franz, un personnage blond, âgé, s’écarte pour lui laisser de la place avec un sourire qui creuse les rides de son visage.

Franz : le compagnon de Gaby ; d’origine autrichienne ; en son temps, c’était un acteur travesti qui imitait Marlène Dietrich ; bien qu’il n’ait plus l’âge de se produire, il n’a jamais pu se défaire de sa voix de scène.

Franz :
Brravo pour ta musique orrrrientale…Tu as trrop de talent pour ces cochonneries, chérrrri, ton jeu de cymbales, c’était l’art qui rencontrait la perverrrssion !

Lucas s’assoit à côté de Fred. Leurs deux mains s’enlacent. Fred se penche et pose un baiser au coin des lèvres de Lucas.

Fred (chuchotant) :
Bonsoir, Lucas.

Lucas semble trop tourneboulé pour répondre quoi que ce soit.

Gaby (hurlant, visiblement très ivre) :
Hourra !… Vous savez quel jour on est ? Le neuf août ! La Saint-Amour, mes enfants. (Il lève sa coupe de Champ’). À la Saint-Amour, mes tourterelles ! Qui ne fête pas l’amour comme il se doit un beau jour s’en mordra les doigts ! Aux amoureux !

Fred se saisit de la bouteille de Champagne avec détermination. On sent que ce geste ne lui est pas habituel. Elle remplit une coupe, la lève.

Fred :
À tous les amoureux !

Gaby :
Hourra !

 

CUT

 

EXT Nuit, quartier Pigalle

Lucas et Fred marchent enlacés parmi la foule.

Sur le boulevard, il y a de l’affluence aux abords du café Les Noctambules, dont s’échappent les notes d’un tango endiablé. Lucas adresse un regard interrogatif à Fred qui acquiesce en souriant.

Ils entrent tous les deux aux Noctambules.

 

INT Nuit, café Les Noctambules

Une très vaste salle de bar sans charme particulier, au mobilier un peu désuet des années 60. Il y a foule, dont beaucoup de filles en compagnie de clients. Un orchestre de jazz manouche joue dans un coin. Des gens dansent.

Lucas, s’étant frayé un chemin jusqu’au comptoir, rapporte deux bières. Il trinque avec Fred, les yeux dans les yeux.

L’orchestre attaque un nouveau tango. De nouveau, Lucas lance un regard d’invite à Fred qui accepte d’un hochement de tête. Ils vident leurs verres et se mettent à danser.

Ils dansent lentement, d’abord, puis de plus en plus vite. Lucas a le visage d’un homme follement heureux. Il entraîne Fred dans des pas de plus en plus rapides et audacieux. Elle le suit, mais tout à coup trébuche.

Elle tousse, pliée en deux. Un peu désemparé, Lucas lui passe la main dans le dos. Elle se redresse, le visage très rouge et le souffle court, la main sur la poitrine.

Lucas la saisit par le coude et la guide jusqu’au fond de la salle. Ils trouvent un coin de banquette où s’écrouler.

 

INT Nuit, Les Noctambules, banquette

Fred, seule, reprend lentement son souffle. Lucas surgit de la foule avec une bière et un verre d’eau. Il s’assoit à côté de Fred, lui passe le verre d’eau. Elle accepte avec reconnaissance, boit.

Lucas :
Ça va ?

Fred :
Oui, oui…

Lucas :
Ça va, tu es sûre ?

Fred (un peu agacée) :
Oui, ça va.

Ils restent un moment immobiles et silencieux. L’orchestre joue toujours. On devine la foule qui danse. Peu à peu, Fred, le souffle calmé, se détend. Sa main se pose sur le bras de Lucas, sa tête se penche sur son épaule.

Gros plan sur Lucas.

Lucas :
Je peux te demander un truc ?

Fred :
Hmm.

Lucas :
Pourquoi tu n’es pas venue, tous ces jours ?

Gros plan sur Fred. On comprend que la question la dérange. Elle redresse vivement sa tête abandonnée sur l’épaule de Lucas.

Fred (tranchante) :
Comment ça, pourquoi ?

Lucas (s’agaçant à son tour) :
Je demande juste pourquoi, merde !

Fred le repousse et le dévisage, mécontente. Elle s’écarte. Sa jambe se retire. Pareil pour sa main posée sur l’avant-bras de Lucas.

Fred :
Je suis libre, Lucas, je ne te dois rien !

Lucas lève les deux mains, vexé.

Lucas :
Okay… D’accord… J’ai compris… Pas de problèmes… A vos ordres, mam’zelle…

Fred :
Eh, mec, si t’es pas content, je peux m’en aller…

Lucas (criant) :
NON !

Fred est surprise par le cri, par son jaillissement et sa sincérité.

Lucas :
Non, s’il te plaît… Non, reste avec moi…

Il entoure ses épaules de son bras, l’attire contre lui et couvre son visage de baisers, puis son cou et ses lèvres. Réticente au départ, vaincue, elle s’abandonne.

 

INT Nuit, appartement de Lucas

Fred et Lucas font l’amour.

Ils hurlent tous deux de plaisir.

 

CUT

 

INT Jour, appartement

Le soleil se déverse sur l’appartement. Lucas est couché dans le lit défait, les yeux fermés.

Fred se glisse hors de la salle de bains, les cheveux mouillés.

Gros plan sur Lucas qui entrouvre les yeux et les referme aussitôt.

Fred observe un moment Lucas, puis se dirige vers la porte. Elle sort.

Nouveau gros plan sur Lucas qui, ayant entendu le déclic du loquet se refermant, réouvre les yeux.

Il allume une cigarette et fume, pensif.

 

(À suivre)

 

PANAME, PANAME, PANAME… 04
PANAME, PANAME, PANAME… 06

One Response to PANAME, PANAME, PANAME… 05

  1. Poulbot

    Pas facile les gonzesses… les gonzesses ? Pas facile !

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