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PANAME, PANAME, PANAME… 08

Publié par le 25 janvier 2020



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

EXT Jour, rue Constance, temps présent

Devant le porche de l’immeuble qui abrita l’hôtel où il a passé son enfance, Lucas (âgé) se tient dos à l’entrée, les yeux fermés, perdu dans ses souvenirs.

Le buzzer de la porte se fait entendre. Lucas se retourne en sursaut. Une femme sort de l’immeuble. Elle a une quarantaine d’année, les cheveux blond cendrés, vêtue d’une façon un peu plus juvénile que son âge, trahi par quelques rides autour des yeux : jeans slim, baskets converse rouges, chemise de coton légère sur une poitrine libre.

La femme (surprise) :
Vous cherche quelque chose ?

Lucas :
Euh… Non… C’est un peu bête… Vous voyez, j’habitais ici quand j’étais petit garçon, alors… Disons que je suis à la recherche de souvenirs de cette époque.

Pendant qu’il parlait, la femme l’a observé avec intensité.

La femme :
Vous êtes Lucas Portal, le musicien, n’est-ce pas ?

Lucas (surpris d’être reconnu) :
Oui.

La femme :
J’ai vu votre portrait de photo sur internet. Je cherchais des renseignements sur vous après que j’ai visionné « One Blue Night In Paris ». Très belle musique, je dois mentionner…

On se rend compte qu’elle parle le français avec un accent.

Lucas (troublé et flatté) :
Merci.

La femme lui tend une main manucurée aux ongles peints et soignés.

La femme :
Irina. Je suis documentariste pour la télévision suédoise. Des films sur Paris, principalement. Et la gastronomie. Nous sommes très gourmands de la « bouffe » française en Suède.

Ils rient tous les deux. Pas besoin d’être grand clerc pour remarquer que le courant, y compris érotique, passe tout bien bien.

Lucas :
Vous êtes suédoise ?

Irina :
Absolument… Donc, vous êtes habité ici, dans cette maison ?

Lucas :
Oui. C’était un hôtel à l’époque, que tenait ma mère adoptive.

Irina :
Un hôtel ? Ah, je comprends. Venez voir.

Elle compose le code d’entrée, pousse la porte. Lucas la suit.

 

INT Jour, hall

Dans l’espace rénové, doté d’un ascenseur moderne visible au fond, subsiste encore l’alcôve qui abritait le petit comptoir de réception, que nous avons aperçu dans les souvenirs de Lucas. Derrière celui-ci, désormais sans objet et un peu incongru, sur le mur du fond, on distingue encore les bords d’un grand rectangle.

Lucas :
Oui. C’était la réception. Vous remarquez : on voit encore la trace du tableau des clés.

Irina :
Oui. Je me demandais ce que c’est… Vous devez avoir beaucoup des histoires passionnantes pour raconter, non ?

Lucas :
Peut-être, oui. Passionnantes, je ne sais pas, mais des histoires, oui, c’est sûr. Vous vivez ci ?

Irina :
C’est le appartement que un ami prête à moi.

Le visage de Lucas s’est un peu renfrogné à la mention d’un « ami ». Irina lui balance un sourire dévastateur.

Irina :
C’est mon beau-frère. Enfin, mon ex-beau-frère. C’est un grand majesté de immobilier, à Paris, aussi Londres, Berlin…

Les deux se regardent un instant, souriants.

Lucas :
Vous avez le temps de boire un café ?

Irina (acquiescant) :
Ça va.

 

EXT Jour, boulevard, alentours de la place Blanche

Lucas et Irina se tiennent devant un Strabuck’s. Irina s’apprête à entrer. Lucas la retient par le bras.

Lucas :
Attends, ça te dirais un endroit un peu plus, euh… typique ?

Irina hésite.

Lucas :
Ce n’est pas loin. À peine deux cents mètres. Un petit café à l’ancienne…

Irina (acquiescant) :
Je te suis.

On remarque donc qu’ils sont passés au tutoiement. Quand je disais que ça roule bien bien entre les deux…

 

EXT Jour, rue Planquette

Lucas et Irina arrivent devant le bistrot À la Bonne Planque, que nous connaissons déjà. Lucas ouvre la porte et s’efface pour laisser passer Irina. On entend le carillon.

 

INT Jour, bistrot

Le couple se tient dans au milieu de la petite salle. Derrière le comptoir, la trappe qui permet d’accéder à la cave est béante. On entend le patron fourrager dans ses cageots de bouteille au fond. Irina regarde autour d’elle avec curiosité, étonnée par ce décor désuet.

Irina :
Effectivement, c’est, euh… traditionnel.

Lucas :
Tu sais, la plupart des troquets de Paris étaient comme ça, avant.

Irina :
Tr… ?

Lucas :
Troquet. C’est un des mots pour désigner un café. Comme « bistrot » ou « rade », ou « gastos », ou « estanco »…

Irina (rieuse) :
Vous les Français, vous avez beaucoup de mots pour le picole !

Le patron émerge du trou de la cave. Il reconnaît Lucas et son visage s’éclaire.

Patron :
B’jour m’siou ! Bonjour madame. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

Lucas interroge Irina du regard.

Irina :
Une bière.

Lucas :
Okay. Deux bières, s’il vous plaît.

Patron (s’activant) :
Et deux demis bien frais, c’est parti !

 

INT Jour, bistrot

Lucas et Irina assis à l’une des tables. Le patron pose deux demis devant eux. Ils trinquent.

Irina boit une vigoureuse lampée et s’essuie la lèvre supérieure avec l’inférieure, d’un air gourmand.

Irina :
Alors, je vous écoute. Racontez à moi ce hôtel.

Lucas :
Bien.. Ma mère adoptive, tout le monde l’appelait Fernande, mais son vrai prénom, c’était Marie…

Irina :
Fernande ? Pourquoi ?

Lucas :
Je t’expliquerai. Je ne la voyais pas souvent, mais on faisait toujours la fête le 15 août, à la sainte-Marie. La dernière fois qu’on l’a fait, j’avais amené mon amie avec moi…

Irina :
Ton amie ?

Lucas :
Plus que ça. Disons : le grand amour de ma vie.

Irina :
Elle s’appelait ?

Lucas :
Fred. Alors, ce jour-là, j’étais dans mes petits souliers. Fernande n’était pas méchante, elle avait un cœur d’or, même, mais c’était quand même une dure qui ne se gênait jamais pour jeter à la face des gens ce qu’elle pensait d’eux. Ça lui était arrivé de balancer quelques commentaires bien sentis sur des filles qu’elle avait vues en ma compagnie dans la rue. Mes fiancées devaient se lever tôt, tirer sur leur jupe et se moucher poliment avant de trouver grâce à ses yeux…

 

Fondu sur :

 

INT Jour, hôtel de Fernande, temps passé

Lucas (jeune), tenant Fred par la main, devant le comptoir de réception de l’hôtel, derrière lequel se trouve Fernande sur son trente-et-un.

Fernande observe Fred de ses yeux agrandis par les loupes qui lui servent de lunettes. Elle détaille la jeune fille sans vergogne des pieds à la tête, des seins au visage, puis elle tend ses deux mains tordues en souriant.

Fernande :
T’es bien jolie, mon p’tit. Pis t’es honnête, aussi…

Elle fait le tour du comptoir pour embrasser Fred sur les deux joues.

Fernande :
Viens mon cœur, on va se faire un petit caoua en attendant les mecs…

 

CUT

 

INT Jour, café À la Bonne Planque, temps présent

Irina, qui était en train de boire une gorgée, s’étrangle de rire. Lucas rit à son tour.

Lucas :
C’était gagné. Quand la mère vous emmenait dans sa cuisine pour un de ses petits cafés corsés arrosés de vrai calva, c’était qu’elle vous avait à la bonne.

Irina :
À la bonne ?

Lucas :
Qu’elle vous aimait bien. Qu’elle vous appréciait. Alors elle a emmené Fred avec elle, en m’ordonnant d’aller m’occuper de Max. Max, c’était un copain. Un vieux ventriloque.

 

CUT

 

INT Jour, hôtel de Fernande, temps passé.

Fernande s’éloigne vers une porte, tout en tenant Fred par la main. Elle se retourne à demi vers Lucas et lui parle par-dessus l’épaule.

Fernande :
Toi, monte secouer Max. Il est encore rentré bourré comme une vache, ce con-là. Et vous redescendez tout de suite, hein !

 

INT Jour, hôtel de Fernande

Lucas (jeune) monte les escaliers.

Voix off, Lucas (âgé) :
Au moment dont je te parle, les taxes hôtelières, les nouveaux règlements de sécurité et son âge avaient contraint Fernande à fermer son hôtel. Elle ne louait plus qu’occasionnellement des chambres à des Arabes fraîchement débarqués, le temps pour eux de trouver un meilleur logement. Son seul locataire permanent, chambre n°47, tout en haut sous les toits, c’était Max.

Lucas, un peu essoufflé par l’ascension, arrive devant la porte de la chambre 47, qu’il pousse sans frapper.

Max est assis à une minuscule table encombrée de vaisselle sale, habillé dans un de ses costumes de scène usés et démodés, livide et les yeux rouges, à l’évidence sous le coup d’une magistrale gueule de bois. Il a devant lui un bol de café et un grand verre de whisky. Maxime est allongé sur le lit. À l’entrée de Lucas, Max s’empare du verre et, tourné vers le lavabo derrière lui, il allonge le scotch d’un peu d’eau du robinet.

Lucas :
T’es prêt, vieux ?

Max :
On y va, on y va… Y’a pas l’feu, merde !

 

EXT Jour, rues de Pigalle, temps passé

Lucas, Fred, Fernande, rayonnante de bonheur, et Max (portant sous son bras la poupée Maxime) marchent dans les rues ensoleillées.

 

(À suivre)

 

PANAME, PANAME, PANAME… 07
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One Response to PANAME, PANAME, PANAME… 08

  1. Pique-Bouffigue

    Oula y a danger avec Irina là… Et puis ce délicieux accent suédois, deux histoires d’amour qui se superposent dans les même lieux à quelques décennies d’intervalle, plus romantique tu meurs !
    Sais pas pourquoi j’ai eu un flash, cette histoire ferait un malheur avec les japonais, tous ils connaissent Pigalle, Montmartre, la bohème … À creuser !

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