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PANAME, PANAME, PANAME… 11

Publié par le 15 février 2020



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

INT Jour, temps passé, appartement de Lucas

Il fait jour mais les rideaux tirés maintiennent l’obscurité dans la pièce. On distingue la silhouette couchée de Lucas (jeune) sur le lit en désordre. On entend deux voix féminines en un dialogue indistinct.

Lucas ouvre les yeux.

Devant la porte d’entrée, Fred, nue, dit au revoir à une jeune fille brune, une Maghrébine au visage dur éclairé par des grands yeux, en short ultra-court et boots à talons aiguilles, les deux mains dans les poches de son perfecto. Les deux filles échangent un gentil baiser d’adieu sur les lèvres. La Maghrébine sort.

Fred tire les rideaux, dévoilant un soleil éblouissant. Lucas se frotte les yeux, encore ensuqué de sommeil. Elle s’approche, resplendissante d’amour et de joie, et se laisse tomber sur le matelas.

Fred :
C’est la première fois que je paye une pute !

Lucas caresse son dos, embrasse sa bouche, mord son épaule.

Lucas :
C’était bien, ma belle ?

Fred (moue songeuse) :
Hmm… Mouais, c’était pas mal…

Lucas :
Seulement pas mal ?

Fred :
C’est pas ça… C’est que je n’ai pas aimé te partager.

Elle enfonce ses mains dans le polochon, le soulève, brandi au-dessus de sa tête, et l’abat à plusieurs reprises sur la poire de Lucas.

Fred (criant) :
J’ai bien vu ta tête quand tu la baisais ! Ça te plaisait de la sauter, hein, cette salope !

Elle tombe sur lui en riant et l’embrasse à pleine bouche. Quand leur baiser se termine, elle se pelotonne contre lui.

Fred (murmure) :
Plus jamais je ne te partagerai, toi…

 

CUT

 

EXT Jour, temps présent, place des Abbesses

Lucas (âgé) raccompagne Irina : ils sortent tous les deux de l’hôtel et échangent un gentil baiser, semblable à celui que se donnèrent naguère Fred et la jeune putain.

Irina s’éloigne. Elle salue Lucas une dernière fois de la main, sans se retourner.

Musique :
Le Coeur Volcan (Étienne Roda-Gil).
Comme un volcan devenu vieux / Mon cœur bat lentement la chamade / La lave tiède de tes yeux / Coule dans mes veines malades…

 

INT Jour, hôtel

La caméra suit Lucas dans l’ascenseur et le couloir jusqu’à la porte de sa chambre. Son visage est très sombre. On peut croire que c’est le départ d’Irina qui l’emplit ainsi de tristesse.

Musique :
Je pense si souvent à toi / Que ma raison en chavire / Comme feraient des barques bleues / Et même les plus grands navires…

 

INT Jour, chambre d’hôtel

Musique en sourdine :
J’ai la raison arraisonnée / Dans un port désert dérisoire / Toute ma vie s’est arrêtée / Comme s’arrêterait l’Histoire…

Lucas s’assoit devant sa machine à écrire, glisse un feuillet dans le rouleau, soupire fortement plusieurs fois, l’air bouleversé, se frotte longuement le visage à deux mains, puis commence à taper.

 

INT Jour, chambre d’hôtel

G.P. sur la feuille de papier. On peut lire :

« Elle avait tenu à faire une cérémonie du soir du 31 août.
Elle m’avait dit :
– Je t’ai rencontré le 1er. Le 31, ça fera juste un mois… Je veux que ce soit une fête de chaque seconde de chaque minute de chaque heure… »

Lucas soupire de nouveau. Il lève les yeux et se perd dans ses réflexions, le regard tourné vers la fenêtre. Plan sur le carreau.

 

Fondu sur :

 

INT Jour, crépuscule, appartement de Lucas

Plan sur la fenêtre sur le carreau de laquelle s’écrasent les gouttes légères d’une pluie d’été.

Musique :
Toute ma vie s’est arrêtée / Comme s’arrêterait l’Histoire / Comme une légende qui s’éteint / Comme un grand peuple en décadence…

Une sorte de buffet est dressé sur la table basse : saumon, jambon de Parme, tarama, guacamole, parts de pizza, chips… Plus de la vodka, de la tequila et une bouteille de Champagne au frais dans un seau.

Fred est assise au fond d’un vieux fauteuil de cuir, face aux fenêtres couvertes de gouttelettes de pluie. Elle porte un shetland noir trop grand pour elle (à Lucas, sans doute). Elle a les jambes repliées sous elle, la tête abandonnée au dossier, le regard perdu sur l’extérieur et la pluie.

Musique :
Toute ma vie s’est arrêtée / Comme s’arrêterait l’Histoire / Comme une chanson qui se meurt / Comme la fin de l’espérance…

Lucas (jeune) apparaît. Il prend la bouteille de Champagne et remplit deux coupes avant d’aller m’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil. Il donne une coupe à Fred, lève la sienne.

Lucas :
Fred, à notre amour !

Fred :
Tchin…

Lucas :
À ce merveilleux mois d’août !

Fred (sourire forcé) :
Au mois d’août.

Lucas (s’écriant, emporté) :
Et à tous les mois d’août qui nous attendent !

Fred grimace. Sa main se met à trembler. Le Champagne gicle.

Lucas (inquiet) :
Fred ?

Elle reste quelques instants immobile, tendue, les mâchoires serrées, le regard dur, puis ses lèvres se tordent. Lucas laisse tomber sa coupe et se jette à genoux devant elle. Il la prend aux épaules.

Lucas :
Fred, tu pleures ?

Elle fait non de la tête, puis oui, résiste encore une seconde, les poings serrés, puis laisse échapper un hoquet et fond en larmes.

Lucas :
Fred, mon amour, je t’en prie, dis-moi ce qu’il y a…

Elle se jette contre sa poitrine, la tête blottie au creux de son cou, tout son corps secoué par d’énormes sanglots.

Lucas (désemparé, chuchotant) :
Calme-toi, ma belle… Il ne peut rien se passer, je suis là… Ne pleure pas, je t’en supplie… Tout va bien…

Musique :
J’ai la raison arraisonnée / Dans un port désert dérisoire / Mon cœur volcan devenu vieux / Bat lentement la chamade / La lave tiède de tes yeux / Coule dans mes veines malades…

 

INT Nuit, appartement de Lucas

Fred revient de la salle de bains, le visage rafraîchi, les cheveux mouillés, avec aux lèvres un léger sourire, mi je-vais-mieux, mi je-m’excuse, le sourire timide.

Elle se blottit dans les bras de Lucas.

Fred :
La première fois que je t’ai vu, tu étais derrière ton piano, là-bas, tout seul, et waou, comment tu m’as fait craquer !

Lucas :
A vot’service, mam’zelle !

Fred :
Tu étais… Comment dire ?… À la fois au centre de la fête et ailleurs. Proche et distant à la fois. C’est ça qui m’a plu : tu étais là et très loin en même temps. Tu étais vraiment le pianiste, comme dans un film et putain… Tu étais séduisant !

Elle se hisse au-dessus de lui, couvre ses joues, son nez et son front de baisers.

Fred :
Et moi, je t’ai plu ?

Lucas :
Dès la première seconde !

Fred :
Non, dis-moi la vérité.

Lucas :
Dès la première seconde. Dès que je t’ai vue adossée au pilier et que j’ai remarqué ton regard, j’ai été foutu : tout a basculé.

Fred :
Hmmm….

Elle défait les boutons de sa chemise. Le bouton de son jean. Ceux de sa braguette.

 

INT Nuit, appartement

Il est nu. Elle se déshabille à son tour, très vite, et lui tend la main.

Fred :
Viens !

Ils gagnent le lit.

Fred :
Viens, viens, viens…

Elle se laisse tomber sur le dos. L’entraîne par les épaules. Il caresse ses seins, s’étend sur elle. Les bras de Fred se nouent autour de sa taille, ses cuisses glissèrent le long des siennes.

Fred :
Viens en moi, viens très doucement…

Lucas se cambre. Il pousse son sexe, millimètre par millimètre, les dents serrées sur des gémissements. Quand il est au bout, Fred lui plante ses ongles dans les reins.

Fred (impérative) :
Ne bouge pas !.Reste comme ça. Je veux te sentir comme ça, en moi… C’est bon… Tu es en moi… Dur… Chaud…

Ils restent dans cette position quelques secondes, parfaitement immobiles.
 
Fred :
Lucas, je t’aime.

Nouvelle immobilité. Du silence.

Fred :
Ça aurait dû être toujours comme ça, chuchota-t-elle ; c’est comme ça qu’on aurait toujours dû être, toi et moi, c’est comme ça qu’on devrait mourir, mon Lucas, mon amour, toi dans moi…

Plan sur le visage de Fred. Des larmes coulent de ses yeux.

Lucas :
Fred !

Il a un mouvement pour se retirer mais elle lance ses bras autour de sa nuque et ses cuisses autour de ses fesses .

Fred :
Baise moi !

Il obéit. Il va et vient. De plus en plus fort.

Fred :
Prends moi ! Prends moi ! Prends moi encore !

 

CUT

 

INT Jour, petit matin, appartement

Musique en sourdine :
Les premières notes de Mon Cœur Volcan.

Le soleil envahit la pièce, éclairant le festin intouché et les bouteilles délaissées. La caméra arrive au lit où repose Lucas.

Seul.

Lucas s’éveille

Musique :
Comme un volcan devenu vieux / Mon cœur bat lentement la chamade / La lave tiède de tes yeux / Coule dans mes veines malades…

Il regarde autour de lui, surpris de sa solitude. À côté de lui, sur le traversin, une feuille pliée en quatre.

Lucas :
Non.

Il ferme les yeux, les réouvre. Le billet est toujours là.

Musique :
Toute ma vie s’est arrêtée / Comme s’arrêterait l’Histoire / Comme une légende qui s’éteint / Comme un grand peuple en décadence…

Il se saisit du billet. L’ouvre.

Plan sur le billet. On peut lire :

Lucas,
Tu m’a rendue heureuse.
Ne m’attends pas, je ne pourrai jamais plus revenir.

Musique :
Toute ma vie s’est arrêtée / Comme s’arrêterait l’Histoire / Comme une chanson qui se meurt / Comme la fin de l’espérance… Comme une armée de vaincus / L’ensemble sombre de mes gestes / Fait un vaisseau du temps perdu… Dans la mer morte qui me reste / Mon cœur volcan devenu vieux / Bat lentement la chamade…

 

FIN DU PREMIER ÉPISODE

 

PANAME, PANAME, PANAME… 10
PANAME, PANAME, PANAME… 12

One Response to PANAME, PANAME, PANAME… 11

  1. Roda

    Trouver un mot comme ça au réveil… je te dis pas la douleur, l’effroi, la panique totale…

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