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PANAME, PANAME, PANAME… 12

Publié par le 22 février 2020



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

Précédemment dans Paname, Paname, Paname…

Chambre d’hôtel. Lucas (âgé) tape à la machine à écrire.
Sur la feuille on peut lire : « J’ai rencontré le grand et terrible amour de ma vie un premier août, à l’aube, à Pigalle, Paris dix-huitième. »

Cabaret empli d’une foule ivre et bruyante. Lucas (jeune) joue du piano sur la scène. Il lève les yeux et découvre Fred en train de l’observer.

Appartement de Lucas (jeune). Fred et Lucas font l’amour.

Cour intérieure d’un bistrot. Lucas et Max prennent le soleil.
Max :
Je sens… comment dire… de la tristesse chez cette fille… je suis sûr qu’elle est très malheureuse.

Cabaret vide. Lucas à son piano discute avec son patron Gaby.
Gaby :
MADAME Gaby, malappris… Je veux dire que tu ne la mérites pas ! Je me demande comment une jeune fille si bien sous tous rapports a pu s’amouracher d’une andouille pareille !

Peep-show. Lucas et Fred baisent furieusement dans une cabine en matant l’exhibition d’une grosse et laide femme noire.

Restaurant, fin de repas de fête. Fernande, Lucas et Fred rient aux facéties de Max et de sa marionnette Maxime.
Maxime (à Fred) :
Y’a que mon pote Max il est amoureux d’ta pomme et qu’il ose pas t’le dire !
Fred :
Ah bon ?
Maxime :
Ouais, mais si tu veux mon conseil, oublie ce vieux schnock et marie-toi avec moi, on fera des petits guignols !

Appartement de Lucas. Lucas et Fred trinquent au Champagne.
Lucas :
À ce 31 août et à tous les prochains 31 août !
Fred éclate en sanglots.

Appartement de Lucas. Lucas se réveille dans son lit, seul. Il avise une feuille pliée en quatre.
Lucas :
Non.
Il ferme les yeux, les réouvre, se saisit du billet. On peut lire :
Lucas,
Tu m’a rendue heureuse.
Ne m’attends pas, je ne pourrai jamais plus revenir.

 

Générique

 

EXT Nuit, quartier Pigalle

Musique :
(Faut Vivre… Marcel Mouloudji)
Malgré les grands yeux du néant / C’est pour mieux te manger enfant / Et les silences et les boucans / Faut vivre…

Pigalle. Peu de monde sur les trottoirs. Il fait sombre et il pleut. La pluie brouille les néons des enseignes.

 

INT Nuit, appartement de Lucas

Plan sur le dessin de Fred au mur, représentant Lucas endormi. Le plan s’élargit, montrant Lucas une brosse à la main, prêt à effacer le dessin.

Musique :
Bien qu’avec sur fond de nuit / Entre les gouffres infinis / Des milliards d’étoiles qui rient / Faut vivre…

Il pose la brosse sur le mur, hésite à frotter puis renonce avec un soupir. Plan prolongé sur le dessin.

 

INT Nuit, cabaret

Musique :
Malgré qu’on ait pas de génie / N’est pas Rimbaud qui veut pardi / Et qu’on se cherche un alibi…

Max est sur scène, sa marionnette Maxime sur le bras, devant un public clairsemé. Lucas est au piano.

Max :
Dis donc, il n’y a pas grand monde, ce soir.

Maxime :
Tant mieux, ça fera moins de cons !

Musique :
Malgré tous nos morts en goguette / Qui errent dans les rues de nos têtes / Faut vivre…

 

INT Nuit, cabaret

Le cabaret est vide. Gaby, seul, boit un verre d’alcool au comptoir. Plan sur son visage pathétique, au maquillage coulé de fin de soirée. Il soupire, accablé.

Musique :
Malgré qu’on soit brave et salaud / Qu’on ait des complexes à gogo / Et qu’on les aime c’est ça le pire / Faut vivre…

 

INT Nuit, immeuble

Lucas grimpe les marches d’un escalier miteux à la suite d’une jeune pute fatiguée. Ils parviennent au palier. La fille glisse la clé dans la serrure. Lucas lui pose brusquement la main sur l’épaule, secoue négativement la tête, fait volte-face et s’engouffre dans l’escalier, dévalant les marches. La fille surprise hausse les épaules et ouvre sa porte.

Musique :
Malgré le cœur qui perd le nord / Au vent d’amour qui souffle encore / Et qui parfois encore nous grise / Faut vivre…

 

EXT Nuit, quartier Pigalle

Musique :
Malgré qu’on soit pas toujours beau / Et que l’on ait plus ses seize ans / Et sur l’espoir un chèque en blanc / Faut vivre…

Max titube d’un pas ivre sous la pluie, seul dans une ruelle, la grosse mallette contenant Maxime au bras.

Musique :
Malgré l’idéal du jeune temps / Qui c’est usé au mur du temps / Et par d’autre repris en chantant / Faut vivre…

 

INT Jour, cabaret

On est un peu avant l’ouverture. Lucas pianote sur son clavier. En arrière-plan, il y a Gaby et Franz qui, assis à l’une des tables, épluchent des factures en échangeant des commentaires. Max est assis au bar, soignant une visible gueule de bois au whisky, tandis que Mickey s’affaire derrière le comptoir.

Lucas (chantonnant) :
Il y a peu être 150 millions de galaxies / Contenant chacune 120, 150 millions d’étoiles…
À des centaines de milliers d’années lumières / Il y a des centaines d’autres galaxies / Contenant encore des milliards d’étoiles / Poussière dans un Sahara d’étoiles…
Malgré les grands yeux du néant / C’est pour mieux te manger enfant / Et les silences et les boucans / Faut vivre…

 

CUT, Noir écran

 

INT Nuit, cabaret

Toujours dans le noir, on entend un brouhaha de public, on distingue des conversations en allemand et des bruits de bouteilles et de verres. Par-dessus, on entend la voix de Gaby.

Gaby :
Allez, les enfants, il faut se le faire, ce samedi, sinon on ne s’en sort pas… Allez, allez, on y va !…

L’image s’éclaircit. La caméra survole le public, en majorité constitué des membres d’un voyage organisé allemand. Les serveuses sexy circulent parmi les tables, surveillées et houspillées par Gaby. On s’attarde sur un couple français, constitué d’un gros type sanguin à moustaches, genre « le beauf » de Cabu, et de sa dulcinée, une femme épaisse, endimanchée, qui minaude.

Max, frêle dans son vieux costard de scène râpé, le nœud papillon de travers, la figure dégoulinante de blanc, comme du plâtre frais, descend de la scène avec Maxime et commence à se promener le long des tables du premier rang. La marionnette, son éternel sourire à la bouche, tourne la tête de tous côtés avec l’air d’un sale gosse qui cherche quelqu’un à qui faire une sale blague. En arrière-plan, Lucas revient s’asseoir à son piano, porteur d’un verre de scotch qu’il pose en haut de l’instrument.

Max :
Viens, on va aller dire bonjour aux gens.

Maxime (voix haut perchée) :
Bonjour mon cul !

Max :
Allons, allons, sois gentil, ces gens sont nos invités.

Maxime :
Invités mon cul !

Max s’arrête devant une tablée d’Allemands, dominée par un gros rouquin au teint enflammé.

Maxime :
Qu’est-ce que je vois là ? Mais c’est un foutu boche, ma parole !

Max :
Mais non, voyons, c’est un Allemand. On ne dit pas « boche », on dit « Al-le-mand ».

Maxime :
Enfoirés d’Allemands !

Max :
Maxime, voyons…

Maxime (en direction du rouquin) :
Hep, gros tas de choucroute, t’as bien la gueule d’un SS ! T’es un nazi, toi, hein ? T’es un copain à Adolf, toi, hein ? Tu fous les juifs au crématoire, hein ?

L’Allemand apostrophé ne comprend rien et rigole, la bouche grande ouverte, le bide tressautant, heureux et complètement bourré.

Max (se pliant en deux) :
Excusez mon petit camarade, mein Herr, il est jeune, il ne sait ce qu’il dit… Bienvenue à Paris, mein Herr. D’où venez-vous ?

Allemand :
Ah, ah, ah, nicht comprendre…

Max :
Bonn ? Stuttgart ? München ?

Allemand :
Ach, Franckfurt ! Ja, Franckfurt, ah, ah !

Maxime (hurlant) :
VILLE DE NAZIS !

Max :
Tais-toi donc. Monsieur nous fait l’honneur de sa visite, montre-lui un peu de respect. (De nouveau, il se plie en deux). Et qu’êtes-vous venu faire à Paris, mein Herr ?

Maxime :
T’es venu te vider les couilles, hein, grosse salope !

La marionnette éclate d’un rire strident, éraillé et désagréable. Le rire dure longtemps. Max reprend son souffle et le rire reprend, encore et encore.

Tandis que l’étrange rire continue, plan sur Lucas qui a soudain l’air inquiet, puis la caméra montre divers clients décontenancés, s’interrogeant du regard, grimaçant et échangeant des commentaires étonnés.

Indifférent, Max se remet à circuler entre les tables en discutant avec sa poupée.

Maxime :
C’est tous des porcs. Ils sont là pour se soulager le bas-ventre, comment veux-tu qu’ils comprennent ce que tu leur dis !

Max :
Des fois, Maxime, je me demande si tu n’as pas raison…

Maxime :
Et comment, que j’ai raison ! Regarde ces têtes d’abrutis !

Max :
Je vois, je vois…

Maxime :
Tous des vicieux, tous des cons !

Max (se redressant de toute sa petite taille, défiant la salle) :
Mon copain a raison, vous êtes tous des cons, autant que vous êtes ! Vous avez tous de la merde à la place de la cervelle, de la meeeeeeerde !

Tout s’immobilise. Le silence est total. Plans sur des visages de clients bouche bée. Plan sur Gaby qui s’approche de la scène, l’air tendu, tripotant nerveusement son collier de perles en adressant des coups d’œil interrogatifs à Lucas qui lui répond en secouant négativement la tête : « Je ne sais pas ».

Max (reprenant sa déambulation) :
Oui, des cons ! Vous ne connaissez plus rien. Y’a plus rien qui vous intéresse. La seule manière de se faire entendre, avec vous, c’est de vous dire cul, chatte, trou du cul, pipi, caca…

Il s’arrête devant le couple de quinquagénaires bien nourris qu’on a déjà aperçus, attablés devant des cocktails.

Max :
Tiens, regarde-moi ces deux-là !

Il se met à rire, planté devant eux. Il rigole. S’arrête. Les dévisage. S’esclaffe de plus belle.

Contrechamp sur le couple. La dame se dandine sur sa chaise, un sourire pincé aux lèvres, jetant à la dérobée des coups d’œil inquiets sur la salle et son mari. Monsieur, lui, n’apprécie pas du tout. Il fixe Max en train de se foutre de lui sans ciller, tapant nerveusement son cigare au-dessus du cendrier.

Max pose Maxime debout sur leur table, entre les deux verres, tourné vers la femme.

Maxime :
Alors la bourgeoise, t’es montée à Paris, ma grosse ?

La dame laisse échapper une sorte de gloussement.

Maxime :
Ooooooh, écoutez comme elle est heureuse ! Elle est contente, hein ? Elle est venue se faire enfiler, pas vrai ? Tu vas bien te trouver quatre ou cinq queues avant le matin…

Le mari sursaute et grogne. Max et Maxime sont tournent d’un bloc sur lui.

Max (beuglant, de sa vraie voix) :
Ben oui, madame vient se faire bourrer la reine à Pigalle parce que son gros porc à une toute petite queue !

Le mari se lève d’un bond, renversant la table.

(À suivre)

 

 

PANAME, PANAME, PANAME… 11
PANAME, PANAME, PANAME… 13

4 Responses to PANAME, PANAME, PANAME… 12

  1. Marcel

    Ça sent le roussi là. C’est Lucas qui trinque mais Max qui pète les plombs… Lui aussi atteint d’un virus qui rend fou ?

  2. ALEKOS

    Et quand brusquement les lames sortent
    tout l’monde dégage
    Se jette sur la porte… en verre

  3. Patient 0

    Oula ça c’est la tuile alors… moi qui suis pile poil dans la zone rouge je rends visite à Thierry dans sa forêt franc-comtoise durant la période d’incubation! Naaaan pas de panique ici tout le monde est sain comme un … teheeeuu ! teheeeeu ! … pardon, sain comme un poisson dans la Loue disais-je.
    C’est des coups à mettre en discussion not’ prochain limoncello ça … ah nan alors !!!

  4. Thierry Poncet

    T’en fais pas. Les virus, par ici, on les noie dans le vin d’Arbois. Et on prie les dieux barbares de la forêt pour que cette saleté épargne le foyer des amis de Vénétie…

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