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PANAME, PANAME, PANAME… 18

Publié par le 4 avril 2020



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

INT Jour, temps passé, appartement de Lucas

Planté devant la glace, Lucas (jeune) essaie un chapeau mou, secoue négativement la tête, coiffe un chapeau melon (accessoire de théâtre) qu’il rejette aussitôt en haussant les épaules, choisit enfin une casquette, approuve son reflet et se l’enfonce sur la tête jusqu’aux sourcils.
Sur ce, il enfile un vaste imperméable mastic à la Bogart qui, avec la casquette, lui donne l’apparence d’un détective de cinéma.

 

EXT Jour, place des Abbesses

Ainsi attifé, la tête rentrée dans les épaules, le visage disparaissant presque sous son col relevé, Lucas traverse la place et s’enfonce dans la rue La Vieuville.

 

EXT Jour, funiculaire

Lucas poireaute à la station basse du funiculaire de Montmartre (rue Seveste), en compagnie d’un groupe d’anglais excités, portant écharpes, chapeaux et accessoires aux couleurs d’un club de foot. Un trio, visiblement beurré, chante un hymne de supporters.

Excédé, Lucas renonce à attendre et emprunte le long et raide escalier de la rue Foyatier.

(Note : Il y aura ici anachronisme, les cabines du funiculaire de l’époque (1982) ayant été remplacées depuis. À moins d’être financé par Hollywood…)

Alors qu’il grimpe les marches, histoire de se décrasser les oreilles du chant footballistique, Lucas entonne entre ses dents La complainte de la Butte (paroles de Jean Renoir, musique de Georges Van Parys).

Lucas :
En haut de la rue St-Vincent… Un poète et une inconnue… S’aimèrent l’espace d’un instant… Mais il ne l’a jamais revue…

 

INT Jour, bar-tabac de la place du Tertre

Lucas est posté au bar-tabac de la place du Tertre, à la table qu’on connaît déjà, près du présentoir à cartes postales.

Fred apparaît dans le café de la même manière que la première fois, dans la queue des acheteurs de cigarettes.

Lucas se lève, ayant soin de remonter le col de son imper, et va se planter sur le trottoir d’en face.

 

EXT Jour, place

Fred sort. On remarque de nouveau sa pâleur et sa maigreur ainsi que son air absent, à la fois renfrogné et égaré.

Elle passe devant Lucas sans le remarquer. Il la suit.

 

EXT Jour, rues de Montmartre

Fred devant, Lucas derrière. Ils longent l’arrière du Sacré-Cœur, s’engagent dans la rue du Cheval, puis dans l’étroite rue de la Bonne, qui redescend vers Lamarck.

Fred entre dans un petit immeuble.

Après avoir attendu un instant, Lucas entre à son tour.

 

INT Jour, hall de l’immeuble de Fred

Un hall minuscule, sans concierge. Un escalier de bois à fine rampe de fer. Une porte à petits carreaux, au fond, qui donne sur un jardin attristé par l’hiver.

Une des cinq boites aux lettres se détache des autres, peinte en trompe l’œil imitant le marbre. Elle porte une plaque de bois sur laquelle est pyrogravé « Frédérique Vidal, peintre », et en dessous : « fond du jardin ».

Lucas (marmonnant) :
Peintre… Bien sûr… Peintre…

Il ressort.

 

CUT

 

EXT Jour, rue Seveste

Musique (off) : La Complainte De La Butte.
En haut de la rue St-Vincent / Un poète et une inconnue / S’aimèrent l’espace d’un instant / Mais il ne l’a jamais revue / Cette chanson il composa / Espérant que son inconnue / Un matin d’printemps l’entendra…

Lucas attend le funiculaire. Cette fois, il n’y a avec lui qu’une dame en compagnie de sa petite fille. Il a repris sa vêture habituelle : blouson de cuir, bonnet noir.

 

INT Jour, cabine

Lucas dans le funiculaire qui monte. La petite fille le dévisage avec curiosité. Lucas lui sourit. Elle lui rend timidement son sourire avant de se dissimuler le visage dans le manteau de sa mère.

 

EXT Jour, rue de la Bonne

Lucas entre dans l’immeuble de Fred.

 

INT Jour, immeuble de Fred

Lucas parvient à un palier, devant une unique porte de métal. Une plaque indique « Fred Vidal ». Pas de sonnette. Lucas inspire une bonne fois pour se donner du cran et frappe trois grands coups.

Musique :
Quelque part au coin d’une rue / La lune trop blême / Pose un diadème / Sur tes cheveux roux / La lune trop rousse / De gloire éclabousse / Ton jupon plein d’trous / La lune trop pâle / Caresse l’opale / De tes yeux blasés…

La porte s’ouvre sur un grand gaillard blond et souriant qui adresse à Lucas un haussement de sourcils interrogateur.

Plan sur la porte fermée. On comprend que le blond était sorti de l’imagination de Lucas.

La porte s’ouvre de nouveau sur un homme âgé et élégant, puis sur un costaud à moustaches.

 

INT Jour, palier

La porte s’ouvre sur Fred.

Elle donne l’impression d’être très pâle, menue, fragile dans une grande blouse blanche tâchée de toutes les couleurs de la palette. Le pinceau qu’elle tient à la main tremble.

Elle dévisage Lucas, interdite, prise par surprise. Ses lèvres remuent des mots qu’elle ne parvient pas à dire. On remarque que le souffle lui manque.

Contrechamp : Lucas essaie un sourire mal assuré.

Lucas :
Bonjour, Fred…

Fred inspire, cligne des yeux, se reprend, se redresse.

Fred (voix froide) :
Lucas.

Lucas :
Ben… Oui.

Fred (s’effaçant) :
C’est une surprise. Entre.

Musique :
La lune trop rousse / De gloire éclabousse / Ton jupon plein d’trous / La lune trop pâle / Caresse l’opale / De tes yeux blasés / Princesse de la rue / Soit la bienvenue / Dans mon cœur blessé…

 

INT Jour, atelier de Fred

C’est un loft immense, au plafond très haut barré d’antiques poutres de bois et aux murs percés d’immenses fenêtres voilées de stores blancs. De tous côtés, il y a des tables couvertes de pots de peinture et de vases contenant des bouquets de pinceaux. Et des tableaux, des dizaines de tableaux. Quatre gigantesques toiles suspendues à des chaînes tombant des poutres représentent d’étranges paysages de nuit hachurés où se distinguent des roches bleutées, des étendues de mer sombre et des entrées de cavernes.

Fred guide Lucas jusqu’au fond de cette grande salle, où s’élève une mezzanine moderne en teck, avec, en dessous, un coin salon : fauteuils en osier recouverts de coussins de soie à grosses fleurs, divan, table basse.

Fred invite du geste Lucas à s’asseoir.

Fred :
Tu veux boire quelque chose ?

Lucas :
Bof, du whisky. Ou bien du café. Ou du vin, si tu en as…

Fred :
Du vin.

 

INT Jour, atelier de Fred, coin salon

Fred revient du fond de l’atelier, porteuse de deux hauts verres emplis de vin rouge qu’elle pose sur la table basse. Elle s’assoit sur l’un des fauteuils, allume une cigarette et tousse après avoir aspiré la première bouffée.

Fred (polie, sans chaleur) :
Alors, Lucas, comment vas-tu ?

Lucas (mal à l’aise) :
Et bééééé, à l’aise, quoi, tranquille…

Fred :
Comment as-tu trouvé mon adresse ?

Lucas :
C’est Mickey. Tu te souviens de Mickey, au cabaret ?

Fred :
Bien sûr…

Lucas :
Il t’a vue plusieurs fois dans le coin, alors il a pensé qu’il devait m’en parler. Et puis, hier, je t’ai vue au tabac, alors…

Fred (indifférente, à croire qu’elle n’écoute pas) :
Hon, hon…

Ils sirotent leur pinard en silence. Le temps semble long. Lucas est gêné. Fred répugne évidemment à le voir et à lui parler.

Fred :
Je suis désolée pour Max.

Lucas :
Ah ouais, ça, le Max, il nous a fichu à tous un sacré coup, on peut le dire…

Fred :
C’était un type très attachant. J’ai lu ton article dans le journal. Il était très bien. Il m’a fait pleurer. J’ai pensé à toi ce soir-là…

Cet aveu d’émotion semble une ouverture à Lucas. Il se lance.

Lucas :
Fred, tu es avec un autre homme ?

Fred :
Un homme ? Tu es con ou quoi ? J’en ai plein, des hommes. Chaque fois que j’en ai envie…

Elle claque des doigts pour illustrer combien ça lui est facile.

Lucas :
Pourquoi t’es partie ?

Fred :
Pourquoi, à ton avis ? On s’en va quand on en a marre, quand on a pris le meilleur et que ça va devenir chiant !

Lucas en reste interdit un moment. K.O. Au tapis. Assommé.

Lucas :
Fred, pourquoi tu fais la méchante ?

Fred serre les mâchoires et durcit son regard jusqu’au mépris.

Fred :
Avec vous, les mecs, il faut l’être. Dés que vous avez tiré un coup, vous vous croyez propriétaire… Tu as fini ou tu as d’autres questions ?

Lucas se lève et part. Il gagne la porte sans se retourner et sort.

 

Fondu sur :

 

INT Jour, temps présent, appartement de Nicolas

Nicolas chante la Complainte De La Butte en s’accompagnant au piano. Lucas (âgé), accoudé contre l’instrument, chante avec lui.

Nicolas :
Je sens sur tes lèvres / Une odeur de fièvre / De gosse mal nourri / Mais sous ta caresse / Je sens une ivresse / Qui m’anéantit…

Lucas et Nicolas :
Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux / Les ailes des moulins protègent les amoureux / Mais voilà qu’il flotte / La lune se trotte / La princesse aussi…

Lucas (seul, Nicolas jouant au piano) :
Sous le ciel sans lune / Je pleure à la brune / Mon rêve évanoui…

Lucas et Nicolas :
Sous le ciel sans lune / Je pleure à la brune / Mon rêve évanoui…

En chœur, ils laissent filer la dernière note. Nicolas plante un dernier accord sur le clavier.

Nicolas :
Et c’est tout ? C’est comme ça que ça s’est fini ?

Lucas (soupir) :
Si ça avait été aussi simple…

 

(À suivre)

 

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23 Responses to PANAME, PANAME, PANAME… 18

  1. Oliv'

    Ah non c’est pas fini hein !

    En fait l’histoire de Lucas et Fred elle me touche parce que j’éprouve un truc tout pareil là… Un truc qui s’est réveillé sans prévenir, qui dormait profondément depuis…1977 ! et qui s’est pourtant réveillé comme ça, à l’improviste, à froid, et puis ça a tiédi, s’est réchauffé ensuite d’un seul coup jusqu’à devenir chaud-bouillant, et puis c’est resté très chaud plusieurs mois, et puis voilà que ça vient de devenir tout froid d’un seul coup… depuis hier, c’est du tout frais… ça fait tout drôle, là… faut que je vous raconte!

    Alors donc en 77 on emménage en famille dans l’ouest parisien – en fait on passe juste de l’autre côté de la Seine, mais déménagement complet quand même dans le nouveau petit pavillon avec jardinet tout frais construit, et puis nouvelle école, nouvelle classe de CM1, nouvelle instit, nouveaux potes et nouvelles copines mais bon c’est pas la préoccupation première, à l’époque les petits gars jouent encore aux billes, les filles jouent à l’élastique dans la cour et tout le monde ne jure que pour les verts de Dominique Rocheteau.
    ( Un certain Michel Hidalgo commence à redonner du lustre au onze de France en le qualifiant pour le Mundial 78 en Argentine, un certain Platini commence à faire parler de lui, bref c’est pas hier ! )

    Bref un jour dans cette école primaire le truc m’arrive : le premier amour, celui platonique, le plus beau, le plus pur, le plus enivrant, celui de tes onze ans qui te fait décoller de terre et broyer du rose, qui te fait sentir invincible et t’empêche de dormir de bonheur…

    Pourtant… pourtant le sentiment même si très intense de mon côté n’est pas tellement réciproque, disons une courtoise indifférence de la part de Marie-Ange, on se regarde bien dans les yeux à certaines occasions de fêtes scolaires, j’ai même le bonheur de la faire danser à l’occasion de la représentation de fin d’année sur la scène de l’école déguisés en cowboyz, mais trop timide pour me déclarer ouvertement, mon sentiment reste secret, ou pour le moins ignoré…

    Je passe donc mes deux ans dans cette école primaire amoureux transi, le seul fait de la cotoyer chaque jour en classe suffit à mon bonheur. Pour moi : je l’aime, c’est un fait acquis, c’est gravé dans mon coeur comme dans du marbre et personne ne peut revenir là-dessus vu que c’est mon secret.

    Ensuite après ces deux ans on se suit au collège, plus dans la même classe mais on part en voyage scolaire en car en Italie jusqu’à Napoli – où je me perdrai dans les ruelles d’ailleurs – mais rien, observation à distance et puis logiquement la chose petit à petit s’estompe ; je me fais une raison et puis il faut bien passer à autre chose, à l’âge du collège ce ne sont pas les sollicitations qui manquent…

    On fait aussi le même lycée-usine pendant 3 ans mais on se perd de vue dans cette cohue, plus dans la même classe, plus le même cursus, ni les mêmes profs, on s’aperçoit de temps en temps dans le car, en mob, dans la cour, les souvenirs d’enfance semblent loins désormais…

    Loins, tellement loins mais devenus si faciles à retrouver avec les moteurs de recherche d’aujourd’hui ! Et c’est ainsi que, le 15 octobre dernier, à 17h34 soit exactement 42 ans après cette fameuse année 77, en surfant négligemment sur un site de profils professionels…

  2. Marie-A

    Ce 15 octobre c’est l’heure de fin d’après-midi ou il devient fréquent de regarder sa montre avant la sortie du bureau et donc oui, c’est parfois distrayant de rentrer le nom d’un vieux pote dans un moteur de recherche pour voir s’il existe encore, et ainsi l’esprit lèger pianotès-je celui de Marie-Ange qui… oui surprise existe sur ce site de mise en relation de profils professionnels, détaillant par le menu toute son expérience pro et ses employeurs successifs depuis la fin des études.

    Je m’y intéresse donc grandement et suis d’entrée impressionné par son parcours ; directrice commerciale d’une grosse boite de conseil informatique depuis plusieurs années, tout y est détaillé, en débutant par une grande école de commerce parisienne renommée, ensuite séjour longue durée aux US, exams à la fac de LA, mission export à Chicago… toutes les sociétés précédentes où elle a sévit à des des postes avec toujours plus de responsabilités, de “périmètre” comme on dit dans ce milieu, et les échelons gravis… on peut parler d’une “carrière” d’un très bon niveau et je l’immagine dans un univers tellement lointain du mien que j’en reste là, impressionné, bluffé, mais sans lui demander le contact ou le petit message classique de retrouvaille ; bêtement la différence de niveau professionnel entre nous me rend modeste et je pense qu’une dircom d’une grosse boite de conseil informatique et “Information Technology” se foutrait pas mal d’un vieux copain de classe des primaires, et donc je ne vais pas plus loin pour éviter tout risque d’amère désillusion.

    Et puis dans la minute qui suit, à 17h34 donc, m’arrive son message, immédiatement donc après mon incursion sur son profil :

    – “ Comment se prendre quatre décennies d’un coup dans la figure :-) J’espère que tu vas bien! bises MA “

    En effet ma simple visite sur son profil lui est visible et c’est donc elle qui prend contact et débute cette correspondance.

    Anodine la première journée, dès le lendemain nous découvrons par nos échanges l’histoire de l’autre, la famille, les enfants que nous avons chacun, les parents – elle me parle de son papa décédé il y a bien longtemps déjà – , ses deux maris qui ont occasionné deux divorces, le mien en France il y a plus de vingt ans, quelques anciens potes revus – plus facile pour elle toujours en Ile de France que pour moi expatrié depuis 17 ans en Italie.

    On se parle de nos différents jobs effectués, elle a pas mal bougé et moi aussi, de région, de Pays, d’environnement professionnel.
    Elle me raconte surtout son expérience incroyable au sein d’une école privée qui s’est avérée devenir une secte, avec tout son lot de manipulation des individus – en fait les élèves – a qui on faisait miroiter des résultats positifs au bac et qui tombaient dans le piège de la réussite facile à coup de financement de la structure de cette école.
    J’ignorais tout de ce fait qui a défrayé la chronique dans les années 90 en impliquant plusieurs centaines d’élèves et dizaines de profs, alors que l’école se trouvait pourtant tout près de chez moi à cette époque. Je fais des recherches pendant des heures sur le net sur l’argument et trouve une quantité impressionante de matériel, articles, témoignages, même des petits films amateurs… tout correspond à ce que me dit Marie-Ange qui l’a donc vécu de l’intérieur ; j’ai du mal à croire à cette manipulation de masse mais pourtant les faits sont là, incontestables !

    Elle me dit aussi avoir des origines napolitaines avec son arrière grand-père, qu’elle était à Rome il y a encore trois semaines, qu’elle “kiffe” l’Italie et m’envie de parler couramment l’italien – le “kif absolu” me dit-elle ! J’en rosis de plaisir et n’e reviens pas : elle s’intéresse à mon parcours et me demande de lui raconter toute mon histoire depuis le bahut en IDF quand on s’est perdu de vue… chaque jour plus de temps consacré à échanger, ça devient vite un rituel dès que j’arrive au boulot et allume l’ordi ; elle m’avoue rapidement qu’elle est en fait en recherche d’emploi, il y a un an son dernier employeur lui a “coupé la tête” comme elle dit, et donc elle a du temps à disposition chez elle elle, même si en recherche active d’un nouveau job, et moi j’insère quotidiennement nos échanges dans ma journée de boulot au bureau.

    On se découvre rapidement des atômes crochus littéraires, elle me conseille de lire Stefan Zweig, je n’en reviens pas ! C’est mon écrivain préféré, je lui envoie la photo de tous ses livres que j’ai à la maison, on échange des conseils, je lui parle du blog de Thierry et lui copie le lien pour qu’elle aille y faire un tour… elle jette un oeil mais pas plus ( pas trop lisible pour moi m’écrit-elle ! ) bon je n’insiste pas on va pas se fâcher non plus pour msieu Poncet ( ha ha ! )

    Après quelques jours elle m’écrit “lâche ton portable !” et donc on s’appelle… une première fois.

    Les jours suivants on passe en mode whatzapp, et les messages commencent dès l’aube, à peine levé je lui souhaite le bonjour, je suis ses entretiens d’embauche et la soutien moralement car malgré ses compétences de haut niveau elle m’avoue bien galèrer, pourcentage de retour très bas à ses candidatures, et est convaincue qu’elle est grandement pénalisée par son année de naissance, identique à la mienne d’ailleurs.

    Moi qui ai connu un passage à vide au niveau boulot il y a peu, je sais ce qu’est l’angoisse de la recherche et donc ça nous rapproche encore un peu plus. Elle me fait part de son malaise par rapport à ma situation familiale dont je ne lui ai rien caché, ni mes deux enfants ado et pré-ado ni ma femme italienne rencontrée en France il y a déjà 20 ans. C’est moi qui la rassure en lui disant que la seule chose qu’on n’a pas le droit de faire c’est de faire du mal aux gens qu’on aime. Et donc je continue à échanger avec Marie-Ange parfois jusqu’à tard, souvent dès l’aube, ensuite du bureau, certaines fois en me cachant dans les recoins de l’appartement, pas de quoi être fier je sais, fourbe je suis sur ce coup-là…

    Un jour j’achète un recueil de nouvelles de Stefan Zweig “ Découverte inopinée d’un vrai métier “ et lui parle de mon intention de le lire, elle se le procure le jour même et nous le lisons en même temps, à 1.093 Km de distance, et on se le commente chaque jour ; elle trouve la jolie expression : “Stefan Zweig est notre trait d’union”, et me conseille de voir en film sa biopic “Adieu l’europe” que je télécharge avidement… l’amour des livres et des écrivains nous rapproche encore.

    Un samedi pour l’épater je lui propose de l’emmener faire un tour en moto – virtuellement – à visiter les chateaux de Roméo et Juliette qui sont à quelques Km de chez moi. J’apprends qu’elle adore la moto et en a eu une dans le temps, je redémarre ma bécane qui dormait au garage depuis un bail et lui fait un reportage photo whatzapp de ce lieu – plus romantique tu meurs… Je commence à être accro à Marie-Ange, m’endors chaque soir en broyant du rose comme quand j’avais onze ans…

    Et puis un jour le message : “ mais quand est-ce que tu viens me voir ? “…

  3. ALEKOS

    chaude affaire…

  4. Arthur

    Mon job de commercial export me permet de me déplacer à peu près où je veux en Europe – du moment qu’il y a des clients à visiter – et je me mets aussitôt à la recherche de potentiels clients crédibles dans la région qui m’intéresse, à soumettre ensuite à l’approbation de ma direction, qui a quand même son mot à dire : je ne peux pas partir en vadrouille sans rendre des comptes ; je propose des visites à de vagues prospects, clients improbables aperçus sur des salons, avec qui j’avais échangé quelques mots il y des mois, dont j’ai encore une carte de visite, afin d’enrichir au maximum la semaine en rendez-vous pour être validée, et je dessine un parcours qui louvoie sur la carte de France d’Annemasse à Joigny, de Saint Pierre des Corps à Viry Chatillon… et rejoint enfin Pontoise, objectif principal.

    Une fois approuvé par le boss je donne la bonne nouvelle à Marie-Ange en lui demandant si elle peut me conseiller un hotel sympa dans le Val d’Oise, mais non pas la peine me dit-elle, sa maison est grande, il y aura de la place pour moi, pas de problèmes pour m’héberger…
    Je complète les courses du samedi avec une bouteille de Lambrusco qu’elle m’a dit bien aimer – même si c’est pas du grand pinard on est d’accord ! – une autre bouteille de Limoncello ( de Napoli ! ) et une petite cafetière typiquement italienne.

    Le dimanche je prépare fébrilement mes affaires pour la semaine et je pars à l’aube du lundi matin avec une joie, avec un bonheur de la revoir dans quelques jours qui me font oublier les Km à me taper jusqu’à l’Ile de France.
    Première soirée dans un hotel d’Annemasse, on regarde à distance le même programme en tchatant ( ça existe comme mot tchater ? ) toute la soirée…
    Deuxième nuit à Blois idem dialogue à distance en regardant le même film ; dernier rendez-vous le lendemain à coté de Tours à 14.00 avant de mettre le cap sur Pontoise, suis plutôt excité de ce dernier trajet à faire avant de renouer avec mon passé d’écolier !

    L’après-midi du mercredi 13 novembre je m’englue donc à l’heure de pointe dans la banlieue parisienne par le sud et affronte des Km et des Km de ralentissements auxquels je ne suis plus habitué, mais difficile de ternir ma bonne humeur qui ne me quitte pas depuis plusieurs jours, jamais été aussi heureux d’être en virée !

    Vers 20h30 enfin je me gare dans le parking à étage en face de chez elle et l’appelle, elle sort pour me rejoindre, elle a un sourire jusqu’aux oreilles, moi aussi ! on se sert chaleureusement dans les bras sur le trottoir, un bonheur de se revoir après tant d’années…
    – J’ai passé tellement de temps sur son profil Facebook – dans lequel elle a mis des centaines de photos depuis des années, que son visage m’est déjà familier avant même ces retrouvailles.

    On monte chez elle en riant et en évoquant toutes ces connexions qu’on s’est découvert depuis un mois qu’on s’est retrouvés, elle a un rire sonore, communicatif, elle est pleine de vie, pendant l’apéro au limoncello me raconte ses cours de danse, ses soirées salsa avec ses copines, de son frère qui vient de publier un premier roman ( un concurrent ! ), elle m’explique qu’elle est très attentive à ce qu’elle consomme, une grande hygiène de vie, mais pourtant me dit qu’elle va cuisiner des tournedos, délicate attention de la part de quelqu’un qui ne mange presque jamais de viande..

    Depuis un an qu’elle a perdu son job elle prend des cours à Paris et adhère et participe activement à un laboratoire d’idées et d’initiatives pour l’amélioration d’un “futur souhaitable”, elle me parle des conférences, des échanges eu avec des experts d’horizons aussi différents que la biodiversité, la finance mondiale, la démographie, le développement durable… je suis épaté par la quantité d’univers qu’elle cotoie et qui lui paraissent familiers.

    Après le repas arrosé au Lambrusco elle me fait visiter sa maison de ville – en plein centre ville en fait – qui s’avère beaucoup plus grande qu’elle ne semble de la rue, enserrée entre deux maisons. Elle a même une grande pièce au rez de chaussée avec salle d’eau qui pourrait servir de studio autonome.
    Je lui demande – mais alors c’est là que je vais dormir donc ? – elle répond en se marrant “ – sais pas , la maison est grande, y a plusieurs solutions, pas encore décidé… “ ou là j’ai les battements qui accèlèrent dangereusement du coup !

    On remonte au salon en continuant de se raconter nos vies, et on en arrive à parler de musique, goùts musicaux, souvenirs des tubes d’antan, des Bee Gees à Earth Wind & Fire en passant par Voulzy, Souchon, Michel Berger, France Gall…
    On parle de ses préférés du moment, dont je n’ai plus entendu parler depuis des lustres, Arthur H surtout, le grand garçon d’Higelin à la voix très rauque et paroles très intimes… “assassine de la nuit “… bellissima !
    Et puis on en arrive au jazz et à Chet Baker avec sa trompette qu’elle met en musique de fond… Et c’est là que ça devient difficile de résister, voire impossible de lutter ! avec Chet Baker comme allié en fond sonore l’atmosphère se réchauffe encore d’un cran !
    Et donc je me lance et finis par l’inviter à danser vu qu’elle est passionnée de danse, pas vrai ? on se met à danser le slow, comme à la première boum de nos douze ans… l’instant est, tu sais quoi ? magique ! Une émotion incroyable, je sers dans mes bras mon premier amour d’il y a plus de quarante piges… elle apprécie, se laisse serrer, embrasser, ça devient torride… son canapé est maintenant tout langoureux… C’est le bonheur intense d’une nuit magique…

    Le lendemain en fin de matinée j’ai un rendez-vous complètement improbable à Bezons, et pour plaisanter je lui proposer de m’accompagner ;
    – Bah oui ! qu’elle me fait, pourquoi pas ? On part donc ensemble à Bezons qui est quand même un coin bien pourri de la banlieue, au bord de la Seine, et ça nous fait marrer comme sortie romantique d’aller à bezons…

    Ensuite comme ça fait un bail que je ne suis pas allé dans Paris je propose un restau chez Chartier, adresse mega connue tout près des grands boulevards, où j’allais souvent quand je trainais mes guêtres dans Paname il y a quelques décennies.
    On se trouve encore plein de points communs dans Paris : elle a loué pendant 2 ans un appart rue St Didier près du Trocadéro, la même rue où j’ai également crêché quelque temps ; elle a bossé pour une boite en étage dans un angle de la place de la Madeleine, j’allais régulièrement dans ce même angle pour visiter mon plus gros client d’alors. Les époques ne sont pas les mêmes et on ne s’est donc jamais croisés.

    Elle m’épate encore quand à peine sortis du parking rue du Faubourg Montmartre on entend crier des étages – “ Marie-Ange ! Marie-Aaaange !! “ elle se retourne et fait coucou à un ex-collègue à la fenêtre qui descend pour la saluer… “ ouais j’ai aussi bossé là dans le temps “ me dit-elle ; comment il a fait celui-là pour être à la fenêtre à ce moment précis et la reconnaitre d’en haut ça reste un mystère !

    Après le restau on se ballade dans les passages du vieux Paris, passage Jouffroy, musée Grévin, passage des Panoramas… ça fait un bail que j’ai quitté cette ville mais rien à faire elle me fait le coup à chaque fois que j’y retourne, tout m’interpelle me fascine, semble inscrit et résonne en moi, c’est comme si j’étais parti la veille…

    Marie-Ange me donne la main, on regarde les vitrines… jamais été aussi heureux en virée je te dis !

  5. Lazare de Schwendi

    Le lendemain dernier rendez-vous très tôt ce vendredi froid et pluvieux. Le client m’attend “avant 8h00 paskeu après chuis trop occupé” m’a t’il dit au tel ce fumier pour me décourager et donc m’oblige à dépailler à l’aube, mais bon j’y suis, dans ce tout petit matin sans lumière, si triste dans la zone industrielle d’Argenteuil.
    J’ai dù laisser Marie-Ange hier après-midi à grands regrets et le moral est descendu d’un coup, sais pas du tout quand je pourrai la revoir, si jamais je pourrai la revoir d’ailleurs, aucune certitude ; on s’est quitté tendrement, il m’a semblé déceler un peu d’émotion chez elle aussi quand même ; il faut que je sache ! Je lui envoie un msg à 7h30 juste avant mon rdv.
    – “ Tu vas bien ? super journée hier.. je t’embrasse, pense à toi “
    Réponse immédiate – “ je rêve ! T’as oublié ton bracelet, merci pour tout MA.“
    Je rêve aussi du coup ! Le bracelet j’ai fait exprès de le laisser sur une commode, inconsciemment je me suis dis que ça me fera un motif pour revenir un jour !

    Ritorno casa… Looong ruban d’autoroute avec tunnel et changement de langue à la radio. On continue d’échanger tout le long du parcours, à chaque arrêt ; je l’appelle de temps en temps, elle me dit qu’elle a souffert de trahison dans le temps et me fait comprendre qu’elle ne pourra pas jouer très longtemps le rôle de la concubine, ce rôle ne lui va pas du tout… Je peux comprendre, elle a été plaquée par son ex pour une histoire avec une jeunette, ensuite il a voulu revenir mais c’est elle qu’il l’a foutu dehors ; elle a déjà eu sa dose de vaudeville, disons.

    Après cette journée nos échanges continuent à être quotidiens, je l’incite à se mettre à l’italien qui lui plait tant, elle me dit qu’elle a son parcours pro à conclure mais que après, l’Italie, oui pourquoi pas, on parle du prix de l’immobilier dans ma région, me parle de la possibilité de faire dans le futur l’aller-retour en avion régulièrement…

    Pour sa recherche de job Je lui suggère des boites à contacter après avoir trouvé des annonces en ligne, qui pourraient correspondre à son profil, et me mets à suivre l’actu des Sté avec lesquelles elle obtient des entretiens ; je me fais une “culture” de l’IT ( information Technology ) , monde dont j’ignorais à peu près tout même si j’utilise chaque jour les différents systèmes informatiques de l’entreprise.

    En parallèle je continue à prospecter la France pour définir de possible futures visites, même si ce n’est pas le marché le plus réactif, c’est clair. Beaucoup plus de production dans l’Europe de l’est vers où me pousse à voyager mon dircom, mais non – je sais pas pourquoi – j’oriente mes recherches vers le nord-ouest parisien…

    Tiens ça répond d’ailleurs ! Une grosse boite de Strasbourg, en silence radio depuis 18 mois, répond positivement à ma demande de rendez-vous avec le buyer… Bon Strasbourg c’est pas l’IDF et j’explique la chose à MA qui me dit – « ok, pas de problème en TGV direct je mets moins de 2 h !  »
    Aaah le pied comme j’aime cette réponse, je recommence à voir la vie en rose, comme dirait Edith !

    Aussitôt je brode autour de ce premier rdv d’autres visites sur le parcours, en Suisse d’abord, et même une autre Sté française de Saverne qui accepte de me recevoir. Je trouve une première chambre d’hotel pile en face de la cathédrale de Strasbourg, le truc romantique à souhait, autant faire bien les choses…

    Tout ça c’est sans compter avec Macron et sa réforme des retraites. Grève générale en France en Décembre, plus de transports, peu ou pas de TGV, embouteilages monstres, incertitude totale pour se déplacer, ça s’annonce plutôt mal…
    MA me dit – “ pas de problème, je viens en voiture à Strasbourg, j’adore conduire ! “ elle m’épate elle m’épate elle m’épate !

    La semaine dite, après avoir traversé la Suisse et de gros embouteillages en remontant l’Alsace pour ma part, on se retrouve presqu’à la même heure dans le centre historique de Strasbourg, déjà tout préparé et décoré pour les fameux marchés de Noël.
    Ni l’un ni l’autre n’étions jamais venus et on découvre donc ensemble cette féerie ; les grèves ont du bon en ce sens qu’il y a plutôt peu de touristes et traverser le centre piéton pour rejoindre cette cathédrale est un réel plaisir. Les lumières sont fabuleuses en ce début de soirée ; l’illumination rend la façade du colosse gothique hypnotisante de beauté, qui fut pendant une longue période l’édifice le plus haut du monde… on en reste, tu sais quoi ? baba ! d’autant que l’hotel est pile poil en face sur le parvis plutôt étroit – contrairement à Notre-Dame, et qui rend donc la façade encore plus impressionnante.

    Hotel plein de charme bien sùr, on rejoint la chambre après un dédale incroyable d’escaliers, de couloirs, de passage de terrasse donnant sur une étonnante cour intérieure et on se retrouve sous les combles avec poutres apparentes, on dirait l’hotel de Heidi, c’est juste merveilleux d’intimité.
    – C’est probablement encore “grâce” aux grèves que j’ai pu trouver cette chambre libre en cette période avant Noël, le ciel semble nous accompagner.

    Marie-Ange me dit qu’elle m’a pris un cadeau, et m’offre ce bracelet que j’ai encore aujourd’hui au poignet… Pour l’heure elle porte le mien que j’avais laissé chez elle, et l’a même fait réparer car il n’est pas tout neuf… et ça me touche de voir qu’elle lui donne de l’importance, de la valeur, ça me touche beaucoup…
    Nouvelle nuit magique, elle a amené un petit gadget audio qui se branche sur le tel mobile et nous fait une ambiance musicale bien propice aux calins…

    Lendemain grasse mat’, mon rdv est à 15.00 pas loin du centre et on en profite pour visiter cette Cathédrale, malgré des horaires restrictives because visite d’un ponte du gouvernement à Strasbourg et donc risques d’attentats, CRS en armes à droite à gauche sur le parvis – décidément on vit une époque formidable…

    Après Strasbourg j’ai mon rdv à Saverne, et on se suit en voiture jusque là, pour une soirée restau en centre-ville – ou je me fais une ventrée d’une spécialité alsacienne aux trois viandes, un truc énOOOrme dont j’ai oublié le nom mais juste une bombe calorique qui baigne dans sa sauce aux légumes, un truc impensable en Italie, je me régale en tête à tête avec Marie-Ange!
    Nuit dans ce petit hôtel familial qu’elle avait trouvé elle, on est les seuls clients, la gentille dame de l’accueil nous donne la chambre romantique pleine de petits coeu-coeurs, on s’en donne à coeur joie… nouvelle nuit agitée.

    Le lendemain après ma visite dans la zone indus, je reviens à l’hotel et propose à MA de poursuivre le séjour en Alsace si j’arrive à dégoter un ultime rdv avant de rentrer, qui nous permettrait de visiter quelques petits villages alsaciens ma foi bien charmants en cette période.
    J’appelle donc une petite boite qui accepte ma visite pour le surlendemain et nous permet de quitter Saverne direction sud vers Ribeauvillé, petite merveille de village coloré.
    Dans l’enthousiasme j’en oublie de charger ma valise dans ma bagnole après avoir mis celle de MA dans la sienne, et suis donc contraint à refaire un aller-retour Saverne… j’ai plus ma tête, c’est clair !

    Après Ribeauvillé – superbe – c’est Riquewihr, juste à côté, qui semble avoir été faite pour les ballades en amoureux, tout y est magnifique, chaque angle à photographier, maisons médiévales, multi-couleurs des façades, enseignes en fer forgé, placettes pavée, vieilles pierres… tout ce qu’on aime ! Marie-Ange fait des photos à chaque pas, elle est radieuse, je suis super heureux de lui faire découvrir ce coin de France dans lequel j’étais venu il y a peut-être 25 ans ou plus.

    En fin d’après-midi on descend à Colmar, toute proche, où nous attend l’hotel réservé le matin même. A l’accueil ils nous expliquent qu’on a la chance d’être “surclassés” vu les défections dues aux grèves, et on bénéficie de la suite au prix de la chambre… un vrai luxe ! La plus belle chambre jamais eue : deux niveaux, escalier en colimaçon, un vrai petit appartement ; je me dis qu’un jour ou l’autre un tel bol qui se succède aura son retour de médaille, c’est pas possible autrement !

    L’hotel confine avec le centre historique de Colmar, la petite Venise. On sort se ballader au milieu des petites barraques de Noël, jeux de lumière sur l’eau, reflets scintillants sur les façades, ruelles pavées, édifices somptueux, chargés d’histoire. Je ne connaissais pas Colmar que je classe aussitôt tout en haut des plus belles villes de France ! Elle semble avoir été conçue pour y tourner des films de cap et d’épée, et pourtant tout y est vrai, pas de carton-pâte, rien de surfait ni clinquant, une véritable féerie en cette période pré-noël !

    Au centre d’une belle place une statue-fontaine nous intrigue : un sujet masculin ressemblant à un conquistador casqué en armure, épée au côté, brandit fièrement un branchage mais curieusement n’a aucun nom sur le socle, aucune indication.
    On avait eu le même coup à Strasbourg avec une imposante statue d’un homme assis devant une sorte de presse – sans nom lui non plus – mais qui se trouvait au centre de la place Gutenberg, alors forcément ça aide ! …curieusement ici à Colmar on se trouve “place de l’ancienne douane “ donc ça aide moins à identifier le suspect dirons-nous…
    Je demande à un gros alsacien rougeaud et jovial dans sa petite barraque en bois où il sert des vins chauds, et il sort aussitôt visiblement interessé par ma question et nous explique tout le pédigree de ce Lazare de Schwendi, général de Charles Quint qui du haut de sa statue rappelle au quidam que c’est lui qui – lors d’un lointain fait d’armes en Hongrie, avait pris d’assaut la forteresse de Tokaj et rapporté de son voyage le savoir-faire viticole de cette région du nord-est de la Hongrie. Il serait donc à l’origine du tokay d’Alsace – rien de moins ! c’est donc un cep de vigne qu’il brandit, tout s’explique… Le monsieur qui nous raconte tout ça est en fait le proprio du superbe restaurant devant la fontaine, et c’est naturellement là qu’on décide de faire étape.

    Choucroute obligatoire avec bière d’Alsace, repas de nouveau pantagruélique car je dois aider Marie-Ange à finir la sienne, pas besoin de me prier très longtemps…

    Retour hotel avec détours dans les ruelles, petits ponts et autres façades décorées, on a hâte de retrouver notre loft…

    Parmi les cosmétiques à disposition dans la chambre il y a l’huile de massage, que je propose d’utiliser pour un essai massage-relax, en fait on se chope un fou rire de peur d’en mettre partout dans le plumard et de faire des gros dégâts… moments magiques de complicité.

    C’est moi qui fais le massage mais c’est elle qui me rentre dans la peau…

  6. Gomez

    De nouveau à distance, on se partage des souvenirs de toutes sortes, beaucoup liés au travail, mais aussi parfois intimes, je lui demande des détails sur ses relations passées, ses ruptures, elle se livre à moi, me raconte les passages douloureux, les traumatismes traversés, endurés, les épreuves de sa vie, certaines erreurs qu’elle a pu faire, je me sens devenir un confident.

    Nombreux sont les sujets abordés qui me poussent à chercher toujours plus d’infos sur le net qui puisse la concerner de près ou de loin, je visite les sites et fouille dans les archives que je trouve de ses anciens employeurs, à la recherche de films d’entreprise, de quelque chose la concernant. Également dans les photos d’écoles, de collèges ou lycée parfois rendues disponibles par d’anciens élèves, mais je trouve là assez peu de chose en réalité, bien dommage..

    On échange énormément sur la musique et les chansons en fonction de l’humeur du moment et nous partageons très souvent des liens musicaux, qui vont de Jean-Sébastien Bach à Frank Zappa, en passant par Stevie Wonder, William Sheller, Françoise Hardy… l’éventail est très large !
    Il y a aussi les chansons souvenirs du collège, Santa Esmeralda entre autres… un must qui nous communique une émotion mutuelle incroyable en souvenir de notre premier voyage en car en Italie, sorti en 77 notre année fétiche.

    Les fêtes de fin d’année 2019 approchent et de légers problèmes de santé survenus à mes parents en IDF nous décident au dernier moment à passer la semaine avec eux, ce qui n’était pas prévu.

    Long voyage en voiture et famille en prévision, j’informe Marie-Ange du projet en lui disant que je ferai mon possible pour venir la voir – on sera à seulement 12 Km l’un de l’autre pendant plus d’une semaine – la tentation sera grande, mais de nouveau aucune certitude…
    Je sens qu’elle se fatigue de cette relation qu’elle me dit “subir” car impossible pour elle d’être “pro-active” de m’appeler ou même d’écrire quand elle le souhaite. La famille en H24 m’empêche en effet d’être disponible à tout moment, elle le ressent me dit le vivre mal.

    Long trajet d’une traite sans histoire malgré les grèves qui perdurent et un trafic routier en hausse, arrivée chez mes parents banlieusards, qui accueillent leur famille italienne avec bienveillance.

    Sorties à Paris en famille, ballades touristiques classiques, Arc de triomphe, Champs-Elysées…
    Elle ne quitte pas mes pensées, dès qu’il m’est possible je lui message où je suis, ce que je fais, même chose de son côté car elle accueille également chez elle toute sa famille pour la fin d’année. Nous restons en lien quotidien malgré tout, et je réussis finalement à me libérer un après-midi de la toute fin décembre à l’aide d’un mensonge éhonté – visite inventée d’une grande librairie pour trouver un bouquin introuvable… Je fonce chez elle, car elle s’est également libérée de ses proches pour l’occasion, et me dit dit avoir craint jusqu’à la fin que je ne puisse la rejoindre.

    On passe deux heures ensemble, lovés, enlacés, en parfaite syntonie… mais je dois bien sùr me retirer rapidement et donc de nouveau des adieux, à bientôt, à quand ? on ne sait pas…

    Arrive la soirée du réveillon du nouvel an, tante et cousin nous rejoignent, plus vus depuis des lustres, lui à peine plus vieux que moi vient à peine d’être largué par sa femme car il aurait eu une liaison via messagerie, qu’il dit n’avoir jamais “conclue”, mais dont il résulte malgré tout une demande de divorce qui date de quelques mois, c’est du tout frais… ou là c’est pas bien ça ! La chose me trotte dans la tête pendant quelques minutes, et puis j’efface tout, de toutes façons je serais parfaitement incapable de mettre fin à ma relation avec Marie-Ange maintenant !

    La soirée du nouvel an tire en longueur mais se finit assez tôt malgré tout, il n’est pas encore 1h00 que nos invités s’en retournent… je regarde ma montre et le coup de folie me prend : et si…? J’envoie aussitôt le msg “ si t’es libre je peux être chez toi dans une heure maxi “
    Elle réveillonne aussi en famille et devrait écourter sa soirée, mais me répond que oui, c’est avec plaisir qu’elle me rejoindra chez elle. Je lui avais promis que j’aurais essayé de me libérer pendant cette nuit du réveillon mais sans garantie de résultat, et elle y croyait bien peu en réalité… Moi je m’en tire avec un nouveau mensonge de soirée nouvel an inventée “où y aura p’têt des anciens potes c’est pas très loin j’vais faire un saut”… la honte…
    “Quel cadeau ! “ m’écrit-elle, “ te rejoins d’ici une heure “ Je suis aux anges, cette année commence bien !

    C’est ainsi que je file chez elle en prenant des routes secondaires car je suis déjà bien imbibé et il ne faudrait surtout pas que la flicaille vienne tout gâcher ! Je me gare en plein centre de Pontoise vers 2h00, quelques fenêtres clignotent de lampions et on entend ça et là de la musique festive, je fais un tour de la place pavée sous le ciel étoilé… quel doux moment que celui de l’attente !

    Elle arrive peu après, je peux l’admirer quand elle traverse pour me rejoindre, je la trouve bien classe et sexy dans son petit blouson en fourrure blanche, pantalon serré et talons, je la kiffe grave… elle l’a bien compris et me redis encore : “ Quel cadeau tu me fais ! “

    On entre chez elle, elle me dit qu’elle a encore du Limoncello à finir… on parle ensemble jusqu’à point d’heure dans son canapé langoureux, on se fait des voeux langoureux, l’année commence langoureusement bien !

  7. Stevie

    Pas sùr que l’année commence si bien… deux jours plus tard, à la nuit tombée en retour sur l’autoroute à hauteur d’Oyonnax, lançés à haute vitesse, d’un seul coup un bruit sourd dans le moteur, tous les voyants qui s’allument au tableau de bord, perte immédiate de puissance et arrêt d’urgence sur le bas-côté, odeur d’échappement dans l’habitacle… ça ressemble bien à un moteur cramé ou je ne m’y connais pas !

    C’est sympa on vient de faire plus de 500 km et on est encore à 600 de la maison, la voiture est pleine comme un oeuf…
    Alors assurance, dépanneuse, dépannage, taxi jusqu’à l’hotel à Bourg en Bresse. Soirée à se demander comment poursuivre le voyage, ou plutôt comment rentrer benoitement jusqu’à chez nous…

    La matinée du lendemain est consacrée à traiter avec l’assurance pour se faire couvrir le maximum de frais liés à l’incident, notamment le remboursement de la voiture de location pour retourner en Italie, mais c’est pas gagné… plutôt crispant.
    D’autant que le garagiste diagnostique la rupture d’un injecteur, qui d’après lui pourrait être réparable ; il faut juste ouvrir le moteur pour vérifier mais pour cela Il a besoin de la semaine ; il n’est donc pas impossible que j’aie à revenir bientôt en France… Bientôt, ah si seulement !

    Le retour se passe sans d’autres problèmes dans notre nouvelle voiture nettement plus petite, et donc un volume important de bagages restent de ce côté-ci des Alpes, dans le studio que mes parents ont au Pays du Mont-Blanc et dont j’ai heureusement les clefs.
    Décidément oui il faudra revenir bientôt.

    Marie-Ange est bien sùr informée de la mésaventure dès notre arrivée, et je Jui explique qu’il se peut que je repasse le tunnel d’ici peu, tout dépend du moteur et de l’habileté du garagiste… suis suspendu à son diagnostique et éventuel devis !

    Elle me répond qu’il y a un TGV direct Paris / Bourg-en-Bresse et que si on a de la chance avec le moteur et que tout se passe bien, elle pourrait venir me rejoindre à cette occasion. Je n’en reviens pas ! On s’est quitté il y a quelques jours à peine, et déjà se représente la possibilité de se retrouver…

    L’appel arrive en milieu de semaine : Oui m’sieur ! ça va vous coûter un bras mais la voiture est réparable, on vous confirme d’ici deux jours quand tout fonctionne…
    Là je commence à y croire, je croise les doigts à m’en bleuir les phalanges, je ne voudrais surtout pas nous créer un espoir déçu au tout dernier moment à cause d’un injecteur qui ne veut plus injecter… mais non, en fin de semaine le garagiste est formel, essai à haute vitesse réalisé, sur longue distance, tout roule, je peux confirmer mon voyage éclair pour faire l’échange de voiture, et je réussis même à anticiper le départ juste après le boulot du vendredi, j’arriverai tard mais normalement synchrone pour cueillir Marie-Ange à la descente du train…

    Comme d’habitude on s’écrit le long du trajet, elle confortable dans son tgv descendant de Paris et moi sur cette autoroute sinueuse qui remonte la vallée d’Aoste, mais on se limite quand même, elle sait que ça pourrait être dangereux pour moi, nos messages sont synthétiques, mais essentiels…

    Tunnel, redescente dans la vallée de Chamonix, son train l’amène tout près je n’ai pas besoin de pousser jusqu’à Bourg, et on arrive dans la même demie-heure à cette petite gare d’où débarquent les skieurs pour partir à l’assaut des stations environnantes.
    Je suis déjà sur le quai quand elle descend et se dirige vers moi, radieuse, la top parisienne qui va au ski : on a prévu deux nuits mais elle a quand même sacs et valoche en bandoulière, sais pas tout ce qu’elle a pu fourrer là-dedans !

    On fait ensemble les derniers km en montant vers la station et le studio, je lui explique qu’il faudra prendre des précautions car depuis des decennies où je viens en vacances en famille dans ce studio, tous les voisins ou presque me connaissent, et donc difficile d’arriver ensemble. Elle tique un peu, évidemment c’est pas l’idéal je peux comprendre, mais bon pas un gros problème quand même, et on arrive donc en décalé dans l’appart.

    J’ai amené un petit menu simple à réchauffer car demain programme chargé, longue distance jusqu’au garage pour échanger la voiture, puis retour avant de monter au pied des pistes dans l’après-midi, on voudrait quand même profiter du week-end pour skier, c’est une occasion unique !
    On passe donc une petite première soirée bien intime confinés dans le studio, ça me fait une étrange sensation de la voir là, dans ce lieu tellement familier pour moi…

    A l’aube du lendemain on repart donc ensemble, j’ai bien proposé de faire l’aller-retour seul et d’être revenu en fin de matinée pour lui permettre une grasse matinée mais non, Madame préfère m’accompagner et on déroule donc ensemble ce nouveau ruban d’autoroute pour rejoindre Oyonnax, la cité du plastique, où m’attend ma bagnole meurtrie, mais réparée.

    On devise tranquillement et je réalise que Marie-Ange a plaisir à se confier, elle aborde des moments difficiles de sa vie, quand elle a dù se trouver un travail en étant enceinte du premier enfant, quand elle s’est retrouvée seule à 40 ans avec ses deux enfants à élever, larguée du jour au lendemain, puis les différentes expériences pro, les hauts et les bas de son parcours. C’est tout juste si je me sens dans un fauteuil pendant qu’elle serait dans le divan : je sens que ça lui fait du bien de vider un peu son sac, elle m’avoue en avoir marre d’un poids très lourd à porter depuis maintenant des années, même si ses enfants sont grands désormais et quasiment autonomes.

    A destination tout est prêt come prévu, pendant le changement de véhicule je dépose Marie dans un café, elle en profite pour m’écrire un petit texte très touchant sur ce qui l’attire chez moi, elle me l’enverra et dira plus tard ; en attendant, retour à la station.
    Pour se détendre on écoute une sélection des meilleures chansons de Monsieur Eddy, j’ai le sentiment que ça lui a fait du bien de se raconter, on se sent bien ensemble…

    On monte aussitôt louer du matériel pour skier, la journée est superbe, il y a une belle couche de neige, pas beaucoup de monde, les conditions sont idéales.
    Après-midi de descentes et remontées dans tout le domaine, elle skie bien Marie-Ange, son activité physique régulière liée à la danse en font une sportive accomplie ; c’est le pied intégral tout au long de l’après-midi, jusqu’à une bonne gamelle pour moi lors de la dernière piste alors que je m’essaie à une hasardeuse descente à reculons en la cherchant des yeux derrière moi… je me vautre lamentablement dans un talus terreux et me retrouve pourri de boue, pantalon déchiré, mais bon pas de bobo, juste l’air très con de me planter dans le seul virage sans neige mais avec gadoue…

    Retour studio, elle s’écroule de fatigue dans le canapé, et pendant sa sieste je prépare l’apéro – toujours limoncello – suivi d’une spécialité de pâtes au thon que je ramène de Vénétie, je m’occupe de tout, c’est juste le bonheur pour moi de m’occuper d’elle.
    Le canapé de montagne également devient langoureux quand elle se réveille, moments de bonheur.

    Après le repas, légèrement arrosé de vin de Savoie, on se fait une sélection des plus belles musiques à danser, elle me lançe un défi que je relève en me déchainant sur “do I do”de Stevie Wonder, morceau fabuleux, je m’éclate comme une bête dans le mini-appartement elle me regarde épatée, ce sont mes années dicothèques qui me reviennent spontanées avec elle !

    Essoufflé quand même on en vient naturellement aux slows et on alterne notre “meilleure selection de tous les temps” dans les bras l’un de l’autre, ça va de “J’ai encore rêvé d’elle – il était une fois ” à “Coeur Grenadine – Voulzy”, “I’m not in love – 10cc” toutes celles que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre…

    Et puis il y aussi “Perfect day – Lou reed” oui, je crois qu’on y est là… just a perfect day !

  8. ALEKOS

    Oyonnax…connaissais pas ce bled… Un nom tout droit sorti de la mythologie grecque…

    Dis donc t’as l’air d’être sacrément morgane mon vieux…intéressante résonance avec l’histoire de Lucas et Fred…Les lieux changent… Le limoncello remplace le whisky… La bande son évolue elle aussi…on attend la suite…Attention, George Gerfaut était commercial lui aussi…de mémoire, la dernière fois que j’ai eu des nouvelles, il tournait sur le périphérique la nuit à bord de sa Mercedes, en écoutant du Gerry Mulligan, sous l’effet d’un mélange de barbiturique et de whisky four roses, le tout provoquant une euphorie tendue qui menaçait de se changer en colère ou bien en une espèce de de mélancolie vaguement tchekovienne et principalement amère…

  9. Anton

    Ouais t’as pas tort, le grand jaune succède au petit bleu, les montagnes à la côte ouest, et les amours coupables aux hommes à abattre – au moins trois !

    Non par contre je suis plus inquiet pour Gerfaut dans sa mercos sur le periph, il devrait pas avoir beaucoup de traffic jam en ce moment mais c’est quand même pas conseillé de mélanger le bourbon avec les médocs – pas besoin d’beaujolais quand on a du bourbon ! – disait l’autre.

    C’est d’ailleurs de ça qu’il est mort, Mulligan…

    Il l’avait raide, plutôt amère, c’est lui – grand dieu – qui n’y voyait plus rien !

  10. Sid

    Je dois faire en sorte de prolonger au maximum ce moment de grâce ! Le train retour est en début d’après-midi ? Qu’à cela ne tienne on a encore du temps pour sortir ensemble et j’ai l’idée lumineuse de nous emmener ballader dans le plus beau petit village savoyard de la région, de réputation internationale, réputé pour sa concentration de visons au mètre carré…

    On y passe donc la matinée entre les ruelles du vieux village et les vitrines des boutiques de luxe ; j’invente un itinéraire alternatif qui nous éloigne du parcours classique et on découvre cette merveille qui est en réailté le tout premier village à s’être ouvert aux sports d’hiver vers le début du milieu du siècle dernier ( en fait je ne sais pas trop précisément.. ) , ça se ressent par les façades des vieilles maisons savoyardes conservées même dans le centre village.

    On se trouve une bicoque en planches avec un micro jardin et on déclare que ça nous suffirait pour nos vieux jours…l’insouciance règne et c’est tant mieux !

    Marie-Ange continue de mitrailler et je l’amène jusqu’à une petite placette où se trouve l’unique – à ma connaissance – l’unique monument dédié à une chanson… oui à une chanson, et pas à l’artiste.
    Il y a d’ailleurs deux touristes chinois entre deux âges– que je prends tout d’abord pour des japonais – qui sont déjà sur le lieu et regardent ce petit monument, intrigués.
    Marie-Ange prend la pause et je la cadre au pied de cette sculture étrange un peu new-age, devant le couple qui nous regarde et semble ne pas comprendre ; je m’approche en leur désignant la petite plaque discrète apposée sur le socle en leur disant :
    – “ My way ! The song ! You know the song ? “
    Ils me dévisagent puis se regardent mutuellement, je réalise qu’ils ont un anglais grand débutant, et encore… J’insiste :
    – “ You know the famous singer Elvis Presley, american ! The song My Way , this is for the song My way ! “ Le monument lui-même ne laisse aucun doute à l’aspect musical, il s’agit d’un clavier avec deux mains qui pianotent et les notes qui montent vers le ciel, clair qu’il sagit de musique, quoi merde ! Ils me regardent avec un sourire béat mais je reste convaincu que les deux n’avaient jamais entendu parler de la chanson… j’en suis sidéré, on se marre tous les deux en repartant avec cette réalité nouvelle : il y a des gens sur terre qui n’ont jamais entendu parler de My Way !

    La raison du monument est la proximité de l’habitation de l’auteur de la chanson, Jacques Revaux, qui a ses habitudes ( comme d’habitude.. ) et son loft au centre du village depuis des décennies, et s’est donc mérité cet hommage.
    On peut même gager que c’est cette chanson qui lui a payé son appart, la place de parking, et la Rolls qu’il y a sans doute dessus ! Je raconte tout ça à Marie-Ange comme si j’étais du Pays…

    On redescend dans la vallée vers la gare, il y a toujours les grèves et pas de certitude sur la ponctualité des départs… d’ailleurs oui c’est le bordel son train est anticipé au lieu du retard que l’on craignait, heureusement on est descendu en avance à la gare et on s’envoie un sandwich sur un banc au soleil avant les nouveaux adieux, pas le temps de faire mieux. Un week-end de rêve s’achève…

    Une fois en Italie je continue mes investigations dans le monde digital où évolue Marie, je commence à ressentir sa lassitude voire son découragement certains jours.

    Je lui envoie aussi des trucs délirants, par exemple je reprends et “customise” des paroles de chansons à son attention, Arthur H avec Assassine, mais aussi Delpech avec Marianne, que je transforme en “ mais que Marie-Ange était jolie, quand elle marchait dans les rues de Paris…” je lui recopie des poèmes entiers d’auteurs fabuleux comme Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire, sur du papier genre parchemin le tout avec pleins et déliés à la plume et encre de chine… je lui en envoie une pleine enveloppe par la poste… morgane je suis devenu oui, c’est le mot.
    Je me réveille avant l’aube et cherche dans me tête les premiers mots que je vais lui écrire, pas simple, facile de tomber dans la banalité, difficile de faire mouche chaque jour ; la musique et les chansons m’aident beaucoup, j’ai compris désormais ce qui peux la toucher, elle me dit être “accro” de mon message de 6h qu’elle lit plus tard à son réveil.

    Quand elle obtient un entretien sérieux je la suis sur google maps, lui indique un café à proximité, lui donne parfois des pistes avec des éléments que je trouve sur son interlocuteur et qu’elle ignore peut-être, afin “d’optimiser” l’entretien…

    Mais rien de positif n’arrive, rien de concret. Elle me dit qu’elle “traine sa peau” chez elle, qu’elle vit au jour le jour en ayant de plus en plus de mal à se projeter vers l’avenir, même de quelques jours… sa situation lui pèse réellement ; tant qu’on se dirigeait vers la fin d’année le break était en vue et l’insouciance était de mise “ si c’est pas celui-là ça sera un autre” me disait-elle, “ je suis pas inquiète “. Je la sens maintenant avec un moral changeant, mais souvent dans les chaussettes ; moi je suis toujours hyper positif, lui dis qu’elle a pris les contacts juste, qu’elle sème aux bons endroits, que ça ne va pas tarder à tomber, que bientôt elle regrettera cette trève… mais difficile parfois de lui remonter le moral.

    Au boulot je continue mes prises de contact dans la région Ile de France, et bingo ça finit par mordre… à Rouen !
    Qu’à cela ne tienne, j’agglomère autour de ce rendez-vous des visites sur le parcours, de la Suisse, un peu d’Allemagne, du grand Est vers Mulhouse… tiens et si j’en profitais pour faire une halte cette fois-ci chez Thierry ? Les occasions de passer dans sa région sont plutôt rares, et l’autoroute passe à Besançon, il aura bien une mousse pour son vieux pote Oliv’ fidèle blogger depuis des années !

    J’envoie un mot à Thierry sur le blog en faisant l’allusion d’une possible visite dans les jours qui viennent, histoire d’avoir des nouvelles… mais pas de réponse.

    Merde il ferait pas la gueule des fois ?…

  11. Grameci

    C’est ainsi que je retraverse la Suisse direction nord-ouest, petite halte-visite éclair au nord de Berne, et puis frontière allemande et pour m’arrêter dans un bled au bord du Rhin. J’y ai réservé dans un hotel avec un nom bien teuton mais en fait c’est une famille chinoise qui gère le truc, l’immense divan baroque rouge avec têtes de dragon dorées dans l’entrée ne laisse aucun doute à ce sujet.

    Tout le personnel est chinois, restaurant à l’intérieur inclus, mais pourtant on m’annonce qu’il est fermé aujourd’hui ; il y a d’ailleurs très peu de clients, que je mets sur le compte du corona virus qui fait rage en Chine, pas encore en Europe mais une certaine défiance est désormais de mise pour le come from China.

    En plus dehors c’est une bourrasque puis une tempête à décorner un boeuf, la pluie tombe horizontale… dans ma chambre d’hotel je préfère resté confiné, déjà !

    Le lendemain la journée commence donc en Allemagne le matin, et se poursuit l’après-midi à Mulhouse où, une fois terminé le second rendez-vous, je me dirige vers Besançon. Je cale dans mon navigateur l’adresse assez improbable que j’ai de Thierry – surprise il la trouve immédiatement – on n’arrête pas le progrès…

    Je louvoie donc en ce milieu d’après-midi en suivant cette route qui contourne Besac et s’enfonce dans la forêt franc-comtoise, qui serpente ensuite en s’élevant, offrant de superbes vues sur le paysage bucolique et collinaire, et qui finit par redescendre vers Chenecey.

    A l’unique carrefour du village je trouve le moyen de me planter et passe le pont par dessus la Loue, aux flots gonflés verts émeraude en ce mois de février. Jolie rivière ma foi, au pied de la colline boisée et escarpée, mais demi-tour, vers les Forges.
    La petite route se transforme en toute petite route, quelques maisons encore, un haut mur d’enceinte entourant une sorte de corps de ferme… dans le doute je continue jusqu’au bout en longeant cette rivière décidément très belle mais voilà que la toute petite route devient sentier, dans l’herbe je suis, c’est probablement juste avant, le dernier corps de ferme.

    Passé le mur d’enceinte, la vue s’élargit sur le plan d’eau que forme la Loue à cet endroit, et découvre ainsi la construction qui enjambe une partie de la rivière ; plus aucun doute, les forges – ou anciennes forges – sont là, reste plus qu’à trouver le bonhomme.
    Ça tombe bien un quidam sort de chez lui, je crains qu’il ne m’apostrophe en me demandant ce que je peux bien foutre là avec ma plaque italienne, alors je vais au devant de lui et demande d’un certain msieu Poncet siouplait ?

    Il m’indique la petite maison en extrémité de la longère, vers laquelle je me dirige, en me disant que mince j’aurais quand même pu prévenir d’un petit mot au moins sur le blog, un second petit mot juste pour dire prépare l’apéro j’arrive, mais bon, tant pis je frappe…

    Et c’est madame qui m’ouvre et m’explique désolée que c’est l’heure de a sieste, ce à quoi je réponds que c’est ma faute j’aurais dû m’en douter mais pas de problème, je repasse d’ici une petite demie-heure me conseille t-elle, et je m’éloigne en m’excusant et en laissant la bouteille de limoncello histoire de favoriser un réveil de bonne humeur des fois que…

    Retour après une demie-heure devant l’unique restau du bled “le Gremeci” – chant de la grenouille en patois franc-comtois m’expliquera Thierry, et cette fois ci c’est lui qui m’accueille, souriant, et m’invite à pénétrer dans l’huis.

    Première fois qu‘on se voit après ces années d’échanges et de commentaires, de quizz littéraires , de liens entre bouquins, musiques, films, histoire, aventures… on en a abordé des sujets depuis le temps, un parcours virtuel et digital qui se transforme finalement en une poignée de main chaleureuse ; con à dire mais un peu ému je suis.

    La petite maison est typiquement campagnarde et franc-comtoise, d’ailleurs l’horloge en bois sombre massif bat le rythme de son balancier, alors qu’en musique de fond résonne une contrebasse à faible volume, ambiance propice au recueillement et à la méditation, que nous écouterons en boucle pendant les heures suivantes.
    La fenêtre du fond donne sur la rivière bien sùr, et sur les forges qui ne fonctionnent plus depuis lurette m’explique Thierry, même s’il suffirait que le proprio y mette quelque denier afin de remettre le tout en état.

    Madame nous propose du pinard que nous acceptons seulement à condition de l’éclaircir à l’eau, et on attaque donc l’apéro en causant bouquins, littérature popu et non popu, projets de films et autres aventures vécues.
    Thierry me met d’entrée de jeu un petit livre tout neuf que vient soi-disant de lui offrir un pote écrivain confrère, content qu’il est de sa toute première publication. Le livre est neuf en effet, mais je ne connais pas l’auteur, couverture assez sombre, image austère d’une camisole…
    Je le repose mais Thierry insiste pour m’en parler, me dit que c’est une bonne histoire, que le livre devrait marcher… Je le regarde de nouveau et finis par comprendre, le patronyme de ce nouvel auteur ne laisse aucun doute, Thierry a mis du sien dans ce bouquin, pour ne pas dire plus ! Il me dédicace l’exemplaire…

    Il m’explique certaines réalités du monde de l’édition, les grands succès qu’il a connu avec son pote d’aventures Zykë, leurs dernières collaborations littéraires.

    J’évoque Alma que j’ai lu et apprécié, et que j’ai prêté récemment à une certaine amie parisienne… qui ne l’a pas fini et doit encore me dire ce qu’elle en pense. Je lui explique que j’ai pas mal de gouts littéraires en commun avec cette amie, avec qui j’échange beaucoup à ce sujet.
    Je fais allusion deux ou trois fois à Marie-Ange, je ne réussis pas à capter si Thierry comprend à mes allusions que c’est “un peu plus” qu’une amie, qu’elle me mange le cerveau depuis 4 mois maintenant, que je pense à elle nuit et jour, que je n’en ai parlé avec personne bien sùr, mais non, il ne relève pas et on ne s’arrête pas sur le sujet… keep your secret secret !

    Je lui dis que je suis actuellement immergé dans un roman de Ken Follett conseillé et offert par elle, “Les piliers de la Terre” , pavé de 1050 pages passionnantes qui a eu – qui a toujours un succès mondial depuis sa sortie ; Thierry connait déjà en effet et approuve mon choix !

    On évoque la littérature historique, d’un possible sujet de roman sur l’extradition des juifs d’Espagne sous Charles Quint, aidée par la flotte de galères turques qui se sont contrastées avec celles vénitiennes en Méditerranée… un fameux sujet d’aventure historique en réalité et j’espère que mon enthousiasme pourra décider Thierry à mettre ce projet à exécution.
    Ca serait aussi une très belle satisfaction que d’être à l’origine de la naissance d’un roman historique ! Qui sait…

    On aborde aussi longuement les projets de cinoche, passés et futurs, celui en gestation auquel il croit et continue de travailler, m’explique des acteurs potentiels, pré-sentis, de la production toujours lente à se décider, de la distribution, du succès possible, également de la genèse de certains succès avec Cizia, de leurs rapports – pour le moins conflictuels ! – avec le monde de l’édition.

    Mais l’heure avance et je dois reprendre ma route pour me rapprocher de la région parisienne où je dois être le lendemain, après une halte à Auxerre, et c’est donc avec regret que je quitte mon ami Thierry, riche de cet échange.
    Je promets de mieux m’organiser lors de mon prochain passage dans la région afin de passer la soirée ensemble, ça sera certainement possible un de ces jours, salut vieux gars !

    Je roule dans mes pensées jusqu’à Beaune, où je trouve “ à vue “ un Campanile en bordure d’autoroute ; demain je retrouve Marie-Ange, cette seule pensée me comble et je passe la soirée à messager avec elle, sans pouvoir imaginer que ce sera notre dernier week-end…

  12. Camille

    Le Mercredi en fin de matinée j‘expédie ma première visite dans une grosse succursale productive dans la périphérie nord d’Auxerre, j’ai du pot le type se dit surchargé mais accepte quand même une entrevue “cognitive” me précise-t’il au téléphone, en gros il faudra pas s’attendre à en retirer grand chose…
    Ensuite je musarde un peu sur les petites routes icaunaises ( dans l’Yonne ) puisqu’ayant vécu dix ans dans la région je m’y sens un peu chez moi. Tentation de faire un détour pour repasser devant ma maison vendue peu après le départ en Italie il y dix-sept ans, mais non… je m’abstiens, ma vie est ailleurs.

    Je devrai arriver sur Paris quand Marie-Ange sort d’un entretien dans le 17ème et je lui propose donc de la prendre à la sortie en fin d’après-midi. En fait elle m’annonce sur le trajet que son type ne peut la voir aujourd’hui et qu’il lui propose une visio dans les prochains jours ; elle a reçu la nouvelle sur le quai de la gare après avoir oblitéré le billet… nouvelle déception!
    C’est donc directement chez elle que je la rejoins, elle est encore habillée pour se rendre au rendez-vous, toute executive woman, séduisante en diable…
    On s’embrasse longuement dans son entrée, et moi qui arrive de mon périple j’ai envie de bouger un peu et lui propose donc de prendre un verre en ville que je connais peu, afin qu’elle me fasse découvrir ce centre historique si prisé des réalisateurs de cinéma, depuis très longtemps m’avait-elle dit.

    Et c’est vrai que le coeur de Pontoise est joli, son église cathédrale sur cette place penchée à forme de trapèze, ruelles adjacentes qui débouchent sur une placette en forme d’amphithéâtre, dénivelés reliés par des escaliers et passages qui échappent à la vue, oui décidément plein de charme cette petite cité à l’atmosphère médiévale.

    En se balladant elle m’explique que la ville était également très prisée par les impressionnistes car elle offre une grande diversité de paysages à proximité de Paris. La gare est en effet sur la toute première ligne mise en service en Ile de France.
    Camille Pissaro y avait sa résidence secondaire, puis principale devenue aujourd’hui musée, et il y accueillit Cézanne, Gauguin, Piette… Marie-Ange adore sa ville, ça se ressent, bonne idée que j’ai eu de faire ce tour histoire d’oublier un peu la déception de fin d’après-midi.

    On s’assoit en terrasse sous une grande bâche chauffée car il ne fait quand même pas chaud, et on se commande deux bières. On parle un peu boulot et là je commets une maladresse en lui suggérant de recontacter le gérant d’une start-up avec qui elle a eu un entretien assez poussé et qui n’a plus donné signe de vie. Je ne sais pas pourquoi mais elle réagit plutôt mal, sans doute parce que j’insiste un peu en lui disant que selon moi, tant que le type ne lui a pas clairement dit non il est légitime de le relancer ; mais visiblement elle n’est pas du tout de cet avis… Evidemment elle est en meilleure position que moi pour évaluer la situation mais j’ai du mal à m’habituer à sa façon assertive de trancher sans demie mesure, en rejetant mes conseils.

    Bref on s’en retourne après ce début de discussion et je me rends bien compte qu’elle est éprouvée par cette recherche dont elle ne voit encore aucune issue ; c’est un argument délicat, pas à prendre avec des pincettes !

    Heureusement la soirée se passe bien, l’incident est oublié et je me garde d’aborder à nouveau le sujet. On parle de tous les gens passionnants qu’elle a eu l’occasion de cotoyer pendant son parcours effectué durant cette année “ sabatique”, elle se sent riche de tout ça et considère que sa recherche d’un job ne doit pas s’apparenter à un avilissement… équation difficile à résoudre, chercher un boulot bien payé dans une entreprise vertueuse ; elle a de beaux principes Marie-Ange, de grandes valeurs, on parle de ça durant le repas, des compromis à ne pas faire, du futur souhaitable qu’on entrevoit, pour lequel il faudrait combattre, ne pas accepter les règles du système…

    On tombe d’accord sur l’essentiel et finissons la discussion dans le canapé, en retrouvant une parfaite harmonie des coeurs et des corps… c’est le bonheur intense de l’étreindre à nouveau.

    Le lendemain matin le chantier qui démarre sous ses fenêtres nous réveille à l’aube, construction d’un vaste parking qui a déjà ravagé tout le parc habituellement visible de son petit jardin en balcon ; ça non plus n’aide pas à la sérenité !
    Juste après survient une pluie diluvienne, tempête de vent glacé arrivant du nord de l’Europe et qui a déjà occasionné de gros dégâts sur son passage ; elle ne se dément pas et la pluie est d’une violence rare, avec fuite du plafond en quelques minutes, qui nous oblige à avoir recours aux gamelles ça et là ; ça n’arrive que très rarement m’explique-t’elle, mais la maison est vieille et nécessite quelques bricolages sur le toit, bon oui j’avais déjà compris…

    Je file à mon rendez-vous quand l’averse s’est légèrement calmée, et suis de retour pour le déjeuner. En fin d’après-midi on devra retourner sur Paris car elle doit suivre un cours et nous décidons d’y aller ensemble, j’en profiterai pour me rafraîchir d’une bière ambrée au comptoir d’un estaminet en l’attendant…

    Nous avons donc tout l’après-midi à nous occuper – je vois bien ce à quoi d’aucuns pourraient penser – mais au risque de les décevoir on décide de se regarder un film amené sur ma petite clef digitale qui lui était destinée, mais l’occasion de le voir ensemble est très tentante ; sujet hyper tranquille, sagissant de l’amitié entre Emile Zola et Paul Cézanne ; ce dernier ayant fait quelques séjours à Pontoise, invité chez son ami Pissaro : nous sommes curieux de voir si cela apparait dans le film.

    En fait c’est plus le Cézanne de la montagne Sainte Victoire aux environs d’Aix en Provence dont il est question, paysage provençal paradisiaque… poète inspiré je me sens et déclare à Marie, tout lovés que nous sommes dans son canapé, que je rêverais de l’y emmener pour nous égarer dans les sentiers de la garrigue… elle me répond qu’elle connait très bien, qu’un ancien amoureux était de là-bas…
    Aïe aïe aïe on continue dans la désillusion !

  13. nwar Dez

    eN ROuTE pOUr lA JoIE qUI ETEs vOUS meSsIeuRs DaMEs pOUr mE pARleR cOmMe çA

  14. Bertrand

    Après cette bien agréable scéance film-canapé on se dirige en voiture vers Paris, où l’attend son cours en fin d’après-midi.

    Elle me raconte ses débuts dans son monde des affaires, et me confie avoir eu une relation avec un ex-collègue au début de sa carrière, qui l’avait prié de la rejoindre dans sa société dont il est successivement devenu le patron.
    La relation est devenue par la suite très toxique, le type à l’égo surdimentionné était devenu insupportable à la tête de son empire , et elle m’avoue avoir été contrainte de démissionner, après un séminaire à l’Ile Maurice… rien que ça.
    Riche en péripéties et rebondissements le parcours de Marie-Ange…

    Tout en papotant on s’englue de plus en plus difficilement dans la petite couronne Parisienne, et finalement l’artère que j’ai choisie à partir de la Porte de Clignancourt – tiens c’est là qu’ils ont descendu Mesrine, tu savais Marie ? – est complètement bouchée. J’essaie bien un peu ma conduite à l’italienne – couloir du bus, troisième file – mais non, ça ne va pas bien loin ; je finis par être complètement à l’arrêt, j’ai rarement vu ça moi qui me vante de savoir me faufiler et garer partout dans Paname.
    Marie me dit qu’elle craint d’être en retard à son cours et préfère le rejoindre en métro ; en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire la voilà qui disparait à l’angle après avoir aperçu les volutes vert pâle style art nouveau d’une bouche de métro, derrière la gare du Nord.
    Et c’est l’histoire bien triste du gars qui rame dans les embout’s pour rejoindre Arts et Métiers sous une pluis battante, tout seul comme un C. dans sa bagnole. Heureusement on s’est promis une soirée chez Chartier dès qu’elle se libère, ça m’aide à accepter mon triste sort.

    En l’attendant je patiente en m’envoyant une paire de mousses derrière la cravate, en solo dans un troquet devant mon PC, en envoyant la liste des derniers contacts à mon boss et des âpres négociations en cours ( oui il y en a quand même ! )

    On file au resto dès la fin du cours quand elle me rejoint, souriante, et on doit faire la queue malgré l’heure tardive ; nous sommes ensuite plaçés juste à côté d’une tablée de jeunes et jeunettes très agités et bien mal élevés qui parlent fort et principalement de cul avec des expressions très vulgaires du genre “ ah ben oui elle elle a sucé tout le quartier “ , même les demoiselles approuvent et s’esclaffent bruyamment, nous qui souhaitions retrouver l’intimité et la délicatesse de la belle époque évoquée dans le film de l’après-midi… bah c’est raté quoi ! On ne s’attarde pas.

    Retour Pontoise assez tard, Paris redevenu fluide et très beau avec ce macadam détrempé et luisant sous les réverbères… comme j’aime ces moments de tranquillité en voiture ! Le fait de regarder devant dans la même direction aide aux confidences, et puis j’aime rouler la nuit, j’aime cette ville la nuit, j’aime la soirée qu’on va passer ensemble et j’aime aussi déjà la journée de demain, 14 février, Saint Valentin.
    A l’arrivée je lui dévoile mon petit cadeau apporté pour l’occasion : une paire de bottes à talon haut typiquement italienne, super agressives ! Je crains pour la taille bien sùr mais non : ça lui va impeccable… elle fait quand même la moue et me dit que ce n’est pas tellement son style, pas assez sobre, ceci, cela… critiques bien féminines et infondées d’après moi : ces bottes lui vont super bien je suis malgré tout content de moi, elle aura juste besoin de s’y habituer un peu !

    Le lendemain St Valentin est pour certains un jour qui commence parfaitement comme tous les autres, et nos amis du chantier sous les fenêtres commencent à nouveau leur foin dès l’aube.

    Je les remercie intérieurement d’écourter notre sommeil… Marie-Ange dort extrêmement peu vêtue et c’est un bonheur de me rapprocher d’elle, en ce jour béni par tous les amoureux. Le plus délicatement du monde j’effleure sa peau satinée de mes baisers, j’épouse lentement les formes de son corps, la caresse et lui témoigne de mon désir ardent, palpable, fusionnel… oui c’est ça j’éprouve de nouveau ce désir irrésistible de fusionner avec elle !
    Pourtant pour la première fois depuis que nous passons des nuits ensemble, sa réaction est très lente, très paresseuse. Dehors il y a un barouf pas possible maintenant, il fait encore nuit et ils ont branché un phare de 10.000 watts ( au moins ! ) vers notre façade… pas possible qu’elle puisse encore dormir !
    Les moments de magie qu’on a vécu jusqu’a maintenant ensemble seraient-ils en phase décroissante ? Aussitôt les questions m’assaillent.. elle tourne déjà la page ? Moment de flottement dans ma tête, de doute… C’était trop beau pour durer !
    Comme disait Rita : – “ les histoires d’amour finissent mal… en général ! “
    Mais finalement Marie daigne se réveiller, langoureuse comme d’habitude, vient se caliner contre moi et la journée commence finalement plutôt bien…

    Au programme du jour nous avons Rouen que je connais assez peu pour y être allé une seule fois où j’ai le souvenir très précis d’avoir acheté un exemplaire de Oro (!) d’occasion – que j’ai encore – dans une petite librairie très sympathique et désordonnée près de la Cathédrale. Mais le rapide tour que j’avais fait alors de la ville ne m’avait pas laissé un grand souvenir, et j’en fait part à Marie-Ange qui ne connait pas en revanche : “ Ne t’attends pas à quelque chose de grandiose ! “
    Pas grave ! me répond-elle en souriant, et me montre qu’elle a aux pieds les jolies bottes toutes neuves, elle est bien canon Marie-Ange, je la kiffe toujours aussi grave…

    En route pour la joie !

  15. Carlos

    Nous partons vers Rouen par l’autoroute, et à son approche se distinguent des gros établissements industriels en bord de Seine, pharmaceutique, informatique, automobile…
    Marie connait bien le coin car elle y avait de gros clients m’explique t-elle, en attendant je la dépose tout près du centre pour une visite piétonne et je retourne à la recherche de mon prospect dans la banlieue rouenaise, à quelques kilomètres.

    Contraste saisissant avec ma vie passée quand j’étais commercial en bijouterie or – c’est par ce biais que je me suis retrouvé à Vicenza – et qu’il m’arrivait alors de visiter des clients dans l’ambiance feutrée de la Place Vendôme ; je me retrouve aujourd’hui dans un entrepôt rempli de matériel maritime en réfection, au milieu de carcasses de moteurs rouillés, alternateurs suintants, générateurs déformés, déglingués, morceaux de coffrages en ferraille épars, il y règne une odeur d’huile moteur âcre, des chariots élévateurs vont et viennent en fumant épais… sympa l’ambiance de boulot !
    Je marche vers les bureaux sur un sol assez indescriptible ou toutes sortes de liquides ont dù s’écouler des machines au fil des ans ; je songe que ça pourrait faire un chouette un décor de film, quand le méchant veut coincer le héros à coup de flingue en se cachant derrière les monstres d’acier… Telles sont mes pensées en abordant ce rendez-vous, je me rends compte d’emblée que ça ne correspond pas à la cible mais tant pis, conversation sympathique avec ce jeune responsable de cette très vieille société, et puis d’ailleurs c’est grâce à lui si j’ai pu commencer à organiser la tournée de la semaine, je lui suis donc très reconnaissant !

    De retour après une heure dans le centre de Rouen, je me gare difficilement et appelle Marie ; j’ai peur qu’elle me dise “ bon on se tire il n’y a rien à faire ici !” peur qu’elle soit décue, qu’elle s’ennuie sur un banc en m’attendant.
    En fait pas du tout : elle est ravie, Rouen est magnifique me dit-elle ! églises superbes, centre médiéval avec colombages de partout, places pleines de charme… Mince tout ça m’avait échappé lors de ma première visite alors ! Elle m’attend devant St Maclou me dit-elle, le même Saint qu’à Pontoise et Conflans Ste Honorine, la petite église dans laquelle je me suis marié une première fois il y a… exactement 30 ans ! ( oh flûte alors, déjà… )

    Quand je la retrouve sur le parvis devant le portail gothique de cette magnifique église, surprise elle n’a plus ses jolies bottes toutes neuves. Les rues pavées ont eu raison de sa patience et les hauts talons la faisaient trop claudiquer et souffrir, elle s’est donc acheté des pompes neuves ; pas très grave on s’en va bras dessus – dessous à la recherche du petit resto typique du coin en empruntant ces ruelles très belles effectivement. Je réalise que lors de ma première visite j’étais resté dans la partie commercante de la ville, et n’avais point exploré plus avant le coeur historique de la vieille ville, merci Marie !

    En fait de typique normand on trouve un resto berbère avec spécialité couscous, j’en rêve depuis des mois – voir des années ! – l’Italie étant un Pays où l’on mange bien mais rarement exotique, surtout en province.
    De notre petite table en angle sur la mezzanine on fait des recherches sur ce Saint Maclou qui semble nous suivre dans notre périple, et on se lit son pedigree.

    La gentille tenancière du lieu nous amène un succulent couscous et on on met à parler de la Tunisie, où Marie me dit être restée un an, quand elle était encore liée à cette “école-secte”, il y a donc 25 ans plus ou moins.
    Elle me raconte que le gérant-gourou, tunisien d’origine, avait dù fuir l’Europe suite à un mandat d’arrêt international après de graves malversations financières. Il avait alors proposé à toute son équipe pédagogique et de gestion – dont Marie faisait partie – de le suivre en Tunisie pour recréer une structure là-bas… et ainsi fùt fait, plus de quarante profs et encadrants de cette école désormais en faillite en France, puis en Belgique, avaient fait le choix de suivre ce beau parleur, vendeur d’utopies, marchand de désillusions…
    L’histoire me semble tellement abradacabrantesque, comme dirait Arthur, que je questionne Marie pour essayer de comprendre comment tous ces adultes sensés et responsables ont pu adhérer à un tel programme, sans s’apercevoir ni même soupçonner l’arnaque intellectuelle, les vues bassement matérielles de ce gourou-arnaqueur qui avait carrément demandé à plusieurs membres de son équipe de se porter garants financièrement sur les emprunts sur l’immeuble-chateau où siégeait l’école… Malgré sa condamnation pour ça ils continuent à le suivre jusqu’en Tunisie, y compris Marie-Ange en face de moi.
    En plus de l’arnaque financière j’avais aussi trouvé pas mal d’infos sur le net concernant un comportement d’abus de sexuels et évidemment je n’arrive pas à piger comment elle qui a vécu ça de près n’a rien vu venir…
    Elle m’explique qu’elle était tellement prise par le projet qu’elle a compris les choses tardivement , que quantité de parents d’élèves étaient d’un niveau social élevé et que l’équipe pédagogique était composée de profs de tous horizons, beaucoup de philosophie, de théâtre, et qu’au final elle a été la première à larguer les amarres, suivie bientôt par tous les autres.

    Ma curiosité sur cette période difficile et surtout l’échec final qui en résulte ont dérangé Marie-Ange. Elle est sur la défensive, le sujet la heurte, mes questions la gênent, clairement je l’ennuie avec ça. C’est un sujet qui m’a tellement intrigué depuis ces derniers mois que je voulais approfondir… comment peut-on être berné de la sorte ? mais on arrête là la discussion, avant que ça ne s’envenime davantage ; ça a quand même jeté un froid entre nous… Je m’en veux.

    On retourne vers la voiture sans se donner la main ; son contact me manque…

    Il est encore tôt pour se diriger vers Pontoise alors, histoire de nous changer les idées, je propose une escapade vers un des lieux de mon enfance, où il nous arrivait d’aller le dimanche en famille, un superbe chateau médiéval niché sur la hauteur d’une méandre de la Seine : Chateau-Gaillard.
    Sur le trajet qui traverse le Vexin normand, Marie s’endort ; je me sens un peu seul, comme si un charme s’était rompu. Après une petite heure on aperçoit la silhouette du donjon et je me gare sur un petit parking en contrebas, il va falloir grimper sur un sentier bien escarpé mais Marie décline mon aide, je me débrouille très bien me dit-elle. Aïe aïe le froid se confirme !

    L’histoire du chateau est racontée sur le panneau touristique et nous lisons que lors du siège du chateau en 1203 par l’armée française, les anglais et leur commandant Roger de Lacy décidèrent de rejeter à l’extérieur de l’enceinte toute la population de “basse naissance” non indispensable à la survie des nobles, où ils furent massacrés dans le fossé par l’armée française assiégeante, ou bien périrent de froid ou de famine aux pieds des remparts… Sympathiques ces anglais, on regarde ce fossé avec un autre oeil… La capitulation et prise finale firent tomber le chateau et toute la normandie dans le règne de France, rien de moins !

    Très beau belvédère dominant la Seine, mais malheureusement pour le chateau pas de visite possible, seulement quelques jours par semaine avec des horaires bien précis ; on peut juste en faire le tour.
    Je lui raconte que j’étais venu une fois avec un pote et nos fiançées respectives, et que pour épater la galerie on avait escaladé le rempart pour s’introduire à l’intérieur. Je retrouve l’endroit précis de notre “infraction” – sans dégâts pour le chateau – et ça la fait sourire. On redescend au belvédère et Marie fait quelques photos, mais pas de moi ni de nous, comme elle avait tenu à faire à Strasbourg ou à la montagne…

    De retour au parking on se met une musique très douce pour le retour vers la banlieue, on alterne la version “des eaux de mars” de Moustaki avec celle originale “Águas de Março” du brésilien Carlos Jobim, juste du velour pour les oreilles…

    Mon retour vers l’Italie lointaine est prévu pour le lendemain, et j’avais promis à Marie-Ange que je serais venu la réveiller avant le grand départ, car la dernière soirée ensemble n’est pas possible, je dois la dédier à mes parents.
    Cependant la grève des transports qui s’éternise rend les déplacements sur de longues distances hasardeux. C’est en plus le premier jours des vacances scolaires de notre région, et il y a donc fort à parier que ce sera le rush vers les stations de ski, et méga embouteillage en prévision. Sur la route vers Pontoise j’annonce donc à Marie que je préfère partir aux aurores mais filer tout droit pour ne pas risquer l’engluement…

    C’était l’occasion de passer un dernier moment ensemble – je rêvais déjà de la réveiller à l’aube – mais la perspective de rester bloquer des heures sur un parcours aussi long m’effraie réellement. Elle dit comprendre la situation, mais je sens bien qu’elle tique un peu et un long silence s’ensuit…
    En plus ils annoncent à la radio que le candidat macroniste à la mairie de Paris vient de se faire gauler à faire des galipettes hors mariage, la video de ses exploits circule partout disent-ils, elle offusque ou fait se gausser, c’est selon.
    Marie cueille l’occasion pour faire quelques réflections sur la légèreté du personnage et des hommes en général. Tiens ! prends-toi ( prenons-nous ) ça dans les gencives !

    On file vers Pontoise.

    C’était le 14 février dernier… j’attends depuis ce jour l’occasion de la revoir.

    A suivre… épilogue.

    • ALEKOS

      Merci pour cette histoire, en parallèle de celle de Fred et Lucas. Au fait, as tu eu depuis des nouvelles de M.A ? Et puis penses tu qu’un jour elle puisse découvrir le blog de Thierry ? question intéressante…

  16. Oliv'

    Pas un jour sans que je lui écrive, sans qu’elle me réponde. Lui ai déjà parlé du blog bien sùr mais maintenant il est miné… elle ne sait pas du tout de cette “parenthèse” que j’ai écrite, encore moins postée. Sa réaction pourrait être inattendue, exagèrée, tellement intime tout ça… Un jour je devrai me faire courage, mais vu la période et toutes les incertitudes qui y sont liées, je ne veux pas risquer maintenant. Un jour oui je le ferai ! Merci pour ton post, de lire cette histoire sans prétentions mais qui a pris une place énorme… Ciao !

  17. ALEKOS

    Je sors du sujet bicoz je viens de tomber sur une petite mine d’or trouvée sur le net : l’interview de Daniel Omnès, consul du népal en 1969 par François Jouffa, journaliste en bourlingue à Katmandou à cette époque. Pour ceux qui on lu Flash, Omnès sera la type qui organisera le rapatriement sanitaire de Charles Duchaussois le 10 janvier 1970 vers Paris. Il revient dans cet entretien sur cette période au cours de laquelle une colonie de hippies toxicos s’est abattu sur la capital du Népal. Filament, Charles n’a rien inventé.

    https://www.youtube.com/watch?v=GdS9oLNYrOY

    https://www.youtube.com/watch?v=ej0XeLgr1Bo

    https://www.youtube.com/watch?v=DU50Tys3mNk

  18. Rominet

    Oui Flash grand souvenir littéraire d’aventure vécue, Jouffa nous fait découvrir l’envers (enfer) du décor, ça rappelle aussi une histoire de zombies… à Amsterdam ! ( suivez-mon regard… )

    Tiens pour la route, un petit bijou de texte de chanson, quizz-auteur(e) les paris sont ouverts attention ça joue l’apéro !

    ***
    Les mots, pardon si j’en mets trop
    Et si c’est un fardeau,
    Pour vos oreilles.
    Les mots, chacun son p’tit pipeau,
    Chacun son p’tit grelot
    Qui me réveille.

    Il faut bien détecter les faux,
    Les juger par défaut,
    Par défaillance.
    Credo, promesses de cadeaux,
    Sauvetage ou radeau
    De l’espérance.

    Sur mon chemin de mots,
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux,
    Que j’en délire.

    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux
    Que je ne saurais dire.

    Les mots sont comme des oiseaux
    Venus dans mes rameaux,
    Dans mes bocages.
    Les mots ont planté des drapeaux
    Sur tous mes chapiteaux,
    Toutes mes cages.

    Tantôt je suis comme un chameau
    Je les mets sur mon dos,
    J’en suis avare.
    Tantôt je coule comme l’eau,
    Je vis de mon tonneau,
    Je m’en sépare.

    Sur mon chemin de mots,
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux,
    Que j’en délire.
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux
    Que je ne saurais dire.

    Les mots sont aussi des bourreaux
    Qui sentent le fagot,
    Parfois le soufre.
    Les mots me ramènent à zéro
    Quand j’use mon stylo
    Et que j’en souffre.

    Héros quand il faudrait plutôt
    Déposer les couteaux,
    Devenir tendre.
    Pâlots quand il faut illico
    Brandir un calicot
    Sans plus attendre.

    Sur mon chemin de mots,
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux,
    Que j’en délire.
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux
    Que je ne saurais dire.

    Les mots sont parfois des bateaux
    Qui s’en vont à vau-l’eau,
    Sans équipage.
    Les mots s’abîment dans les flots
    D’un langage crado,
    Sans une image.

    Mégots qu’on jette au caniveau,
    Qui se perdent sitôt
    Qu’on les oublie.
    Ilôts d’un monde qui, bientôt,
    Tirera le rideau
    Sur notre vie.

    Sur mon chemin de mots,
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux,
    Que j’en délire.
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux
    Que je ne saurais dire.

    Sur mon chemin de mots,
    Sur mon chemin de mots,
    J’en ai vu de si beaux,
    Que j’en délire.

    Sur mon chemin de mots,
    Vous êtes les plus beaux
    Mais j’ai dû vous le dire.

  19. ALEKOS

    Il y a eu, il y a bien longtemps, un 33 tour de cette dame qui tournait chez mes oncles et tantes…Mais c’était dans un autre registre…J’ignorais qu’elle avait chanté ce genre de chose…Ainsi, encore une fois, je vais me coucher encore moins con ce soir …Merci Titi…Ah non je m’a trompé…Merci Rominet

  20. Anne S.

    Salut Alek oui tonton et tata avaient certainement un disque des chansons enfantines de la grande Dame, elle est assez connue pour ça et moi aussi je l’avais classée dans cette catégorie “Chantal Goya” sans connaitre. ( Son album “les fabulettes” est sans doute le plus connu et vendu )

    Or je découvre depuis plusieurs jours des textes d’une profondeur, d’une acuité, d’une poésie – d’un humour aussi – qui la placent au niveau des plus grands, à n’en pas douter…

    T’es pas tout seul à réaliser qu’il y a encore des trous béants à combler dans ta culture !

    Tiens écoute-moi ce petit bijou… Salut les vieux gars !

  21. Rita

    On arrive sur Pontoise en parlant de films et d’acteurs qui nous ont plu mais je réalise qu’on est de moins en moins en syntonie ; nombre de ceux que j’évoque la laissent de marbre ou me valent un commentaire négatif.. “ Ah celui-là je ne l’aime pas du tout… Ah non lui il est nul !”

    Je lui fais remarquer avec le sourire que ses appréciations manquent de bienveillance, de délicatesse à mon égard, que moi dans le cas contraire je me ferais des scrupules à lui déclarer “ ça j’aime pas “ si elle me demandais mon avis sur une oeuvre, disons que j’arrondirais les angles, je dirais ça avec des fleurs, histoire de ménager une éventuelle suceptibilité, de ne point heurter… mais elle me répond qu’elle au contraire est assertive, qu’elle tranche sans demie-mesure, que ça lui est bien utile dans ses relations pro. Bah justement Marie, entre nous c’est pas de business dont il sagit, enfin il me semble…

    Je m’arrête en plein centre-ville, aux pieds de St Maclou, mais suis mal garé, et je reçois un appel de la famille à ce moment précis, mes parents qui m’attendent et ne savent pas où je suis… et on se quitte là, comme ça, bêtement, sans tendresse excessive…

    J’aurais souhaité quelque-chose de plus beaucoup plus chaleureux, prendre le temps, j’avais même prévu de lui offrir un roman dans sa petite librairie sur la place, “L’oeuvre” de Zola, le roman qui a été à l’origine de la brouille définitive entre émile et Paul Cézanne – celle dont il est question dans le film vu la veille – mais pas le temps, elle se sauve déjà… elle tourne à l’angle…elle disparait.
    Ma faute, pourquoi n’ai-je pas pris le temps de chercher à mieux garer ma bagnole pour faire les choses comme je souhaitais ? Je m’en veux…

    Soirée tranquille en famille et départ avant l’aube, je me réveille en pleine nuit et plie en catimini, à 3 heures du matin je suis déjà au volant, direction mon tunnel…
    je vais chercher l’autoroute à quelques km de chez Marie-Ange, si je lui avais proposé j’aurais certainement pu m’arrêter, la serrer une dernière fois, mais non… pas un gros moral en ce tout petit matin en regardant au loin les lumières de Pontoise…

    Je contourne Paris par le périph sud, il est déjà chargé alors qu’il n’est pas encore 4 heures, ça me conforte quand même d’avoir démarré si tôt.

    A peu près cinq heures plus tard je vois un panneau Oyonnax, souvenirs en commun… je lui envoie un message puis l’appelle, pour la première fois j’ai un poids sur le coeur dont j’éprouve le besoin de me libérer.

    Ca ne loupe pas, ce que j’appréhendais arrive, elle se lâche… me dit que les quelques jours passés ensemble lui laissent un goût “mitigé”, qu’elle le savait depuis le départ qu’elle ne pourrait pas jouer le rôle de la concubine très longtemps, que c’était couru d’avance, qu’il y a pas à s’étonner…
    Super mal à l’aise je répond que je n’ai pas eu l’impression de la gêner avec des coups de fils familiaux à part celui reçu au moment de se quitter – pas de pot ! – mais rien n’y fait rien, elle veut me vider son sac à la figure :

    – T’as une double vie ! Tu vis et tu vivras dans le mensonge, il y aura toujours quelque chose à cacher, à mentir, moi je veux vivre au grand jour ! Je vaut mieux que ça, je suis le soleil, je suis le feu, je suis la joie, je ne suis pas celle qu’on cache !

    Ses paroles me mortifient… je ralentis jusqu’à m’arrêter dans une aire. Je lui dis qu’elle connais ma situation depuis le tout début, depuis les tous premiers messages je ne lui ai rien caché, rien dissimulé, jamais menti… mais non décidément rien n’y fait elle profite de ce moment d’explosion pour me dire que c’est beaucoup mieux de finir comme ça, clairement, sans se mentir et inventer des problèmes liés au boulot, à des empêchements de circonstance, d’excuses faussement désolées…

    Et puis elle me crucifie : Je lui dit que notre “histoire” a compté, et compte encore beaucoup pour moi, elle me répond “ mais quelle histoire ? une parenthèse tout au plus…”

    Je traine ma peau sur cette autoroute qui n’en finit plus de finir jusqu’à Vicenza…

    je lui envoie encore quelques messages sur le trajet, cherchant même à essayer d’être drôle en copiant le lien sur YT de la chanson des Rita Mitsouko “Les histoires d’amour finissent mal, en général ! “ mais non.. le bide.

    Elle répond “ Je te laisse, là faut que me concentre sur moi et mon avenir, te souhaite une belle vie, je n’étais qu’une illusion…”

    “Coupe pas les ponts stp !” je lui répond… et puis plus rien.. le vide… le trou noir béant sous mes pieds.

    ***

    Après quelques jours elle me répond finalement. Mon coeur se remet à battre plus fort, je réalise que je compte un petit peu quand même, et on se remet à échanger en reprenant une correspondance quotidienne, moins enflammée de ma part, je fais gaffe aux mots que j’emploie, je me bride, trop peur qu’elle prenne la mouche comme c’est déjà arrivé…

    Je lui dit que le client visité à Strasbourg quand on y était ensemble est intéressé à développer et que probablement je devrai retourner le voir, elle me fait comprendre à demi-mots que ça lui ferait plaisir si l’on peut s’y revoir un jour…ça y est je redécolle de l’écorce terrestre… ne touche plus Terre !

    Je retrouve mon enthousiasme à lui écrire, alors que le covid cannibalise progressivement toute l’info… la peur monte, elle vient de la Chine, et de l’Italie !
    Je suis en plein dans la zone rouge, premiers cas découverts à 30 bornes de chez moi ! Ca nous fait un argument de plus de quoi débattre chaque jour ; je lui indique les mesures sanitaires prises ici mais elle rigole, surtout quand je lui fait part de ma stupeur de voir le premier tour des régionales maintenu en France…

    Je la sens très positive car elle a réussi à décrocher plusieurs rendez-vous de suite avec le haut de la hiérarchie d’une grosse boite de Levallois, un job juste dans ses cordes ! Le dernier entretien avec le patron – juste avant probable décision – est fixé le vendredi 13 Mars, de quoi plaisanter, le vendredi 13 ça porte la scoumoune d’habitude…

    Et non c’est pas le vendredi 13 qui lui porte la poisse mais bien le discours du jeudi 12 – la veille donc – de Macron durant lequel il annonce la fermeture des crèches, écoles, collèges, lycées et universités à compter du lendemain soir.
    Ça ne loupe pas le lendemain matin son rendez-vous est annulé, commence la longue période de confinement, tout est a recommencer pour Marie-Ange.

    Le début du confinement la plonge dans un grand désarroi, elle réalise que sa recherche devient vaine en cette période, qu’il lui faudra patienter, encore… Je l’encourage et fais tout mon possible pour lui maintenir un bon moral, un moral de battante comme elle est en réalité, mais pas facile à distance. Elle participe à des présentations en visio qui sont la grande mode en ces temps de télétravail mais s’énerve quand je lui dis que j’aimerai y participer… “Je ne préfère pas mélanger les genres” me fait-elle, et puis elle fait la gueule plusieurs jours, messages de moins en moins chaleureux, de nouveau expéditifs… jusqu’au wek-end de Pâques.

    Là c’est une résurrection, elle me parle de sa maman, redevient très amante, celle d’il y a quelques mois. On échange des liens sur la philosophie, on s’écoute des philosophes philosopher sur le confinement, je les écoute à l’aube et ensuite lui donne mon ressenti, elle est en veine de partages, d’échanges, de chaleur, de confidences. Je lui envoie des parcours sur les sentiers de Pontoise sur les traces des impressionistes, de Camille Pissaro qui est notre chouchou.

    Un jour en faisant un tour en moto je prend et lui envoie une photo d’un pré rempli de coquelicots sous les chateaux de Roméo et Juliette en écrivant “pour Camille”, elle me répond “ Et pour moi ? “ et je passe le reste de l’après-midi sur la terrasse à essayer de reproduire à la peinture cette vue bucolique, au grand étonnement de la famille qui ne m’a encore jamais vu peindre… Le soir je lui photographie le résultat, elle est bluffée… je suis aux anges!

    On parle de nos aïeux, on trouve même des similitudes, nos grand-pères étaient tous deux orphelins sans que l’on ne sache rien ou presque de leur enfance, de leur jeunesse.
    Je lui photographie une vieille grange sur un terrain de la famille italienne avec une vieille caisse complètement décrépie en phase avançée de délabrement. Elle me répond aussitôt avec trois points d’exclamation : “ C’est une Cortina !!! La même que mon papa quand j’avais dix ans ! Couleur prune, et c’est vrai que lorsqu’elle me le dit j’ai moi aussi un vague souvenir d’avoir vu cette Ford durant nos jeunes années à l’école primaire, la couleur prune ne m’est pas inconnue… coincidence incroyable de retrouver au fin fond d’une grange de Vénétie la voiture d’enfance de Marie-Ange !

    On continue à passer des heures en chat alors que je suis en télétravail de la maison, parfois en soirée mais plus rarement. Elle me dit que ça serait cool si on pouvait partir en vacances ensemble, “qu’on se marrerait bien”… je commence à gamberger et à me dire, et si…

    On découvre encore des musiques et artistes ensemble, la dernière Anne Sylvestre qu’elle écoutait en famille dans sa jeunesse, textes très poétiques mais sans concession aucune pour les hommes.

    Et puis ça arrive de nouveau…

    Est-ce à cause d’Anne et de ses textes qu’arrive le clash ? Ou plutôt cette maladresse de ma part de lui envoyer une photo d’un monument en reprenant également par mégarde ma petite famille, bien visible sur la photo ?
    Elle me répond en me faisant noter que je suis bien accompagné, je perçois qu’elle se sent soudainement de nouveau la concubine, qu’elle n’a pas apprécié. Elle disparait toute une journée après cette photo, ne me répond plus.

    Jusqu’à notre dernier échange.

    Elle m’écrit finalement mais pour me dire très brièvement qu’elle a besoin de se recentrer sur sa vie, sur elle, qu’elle ne veut plus continuer ces échanges quotidiens, qu’un jour je comprendrai sùrement, qu’elle ne peut plus rien pour moi…

    Deux jours plus tôt nous étions en totale complicité en devisant sur les textes poétiques de cette grande Dame de la chanson… maintenant elle conclue par ces mots mystérieux qui résonnent en moi : “Vis ta vie d’éternité”, qui sonnent un peu comme du Rimbaud mais qui ont un clair goût de licenciement sans préavis, sans indemnités… Je me sens liquidé.

    Pour la première fois depuis 226 jours quasiments non stop d’échanges quotidiens, je prend le parti de ne pas répondre… d’encaisser. La parenthèse se referme après sept mois et demi. Elle a rempli chaque jour de ma vie pendant cette période, de chacune de mes lectures à une quantités de films téléchargés sur ses conseils et suggestions, de musiques, artistes en tous genre, échanges sur le passé, sur le futur souhaitable, sur une infinité de sujets…

    J’ai même eu l’impression de revisiter l’Italie à travers son regard, en passant des dimanches après-midi seul à Venise, Vérone, Vicenza, en la remplissant des photos de paysages et de monuments que j’avais déjà vus cent fois…les trois V comme on disait, confiants que l’on était alors de s’y retrouver un jour prochain…

    Les chateaux de Roméo et Juliette attendront.

    Par pour demain j’ai bien peur…

    Salut Manou, prend bien soin de toi, sogni d’oro !

    Olivier
    27 Mai 2020

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