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PANAME, PANAME, PANAME… 20

Publié par le 18 avril 2020



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

Cet épisode est dédié à Oliv’, qui nous enchante de son feuilleton « Marie-Ange ». Voilà qu’il y a de la concurrence, maintenant… Il est aussi dédié à Marie-Ange, c’est bien le moins !

 

Précédemment dans Paname, Paname, Paname…

Chambre d’hôtel. Lucas (âgé) tape à la machine à écrire.
Sur la feuille on peut lire : « J’ai rencontré le grand et terrible amour de ma vie un premier août, à l’aube, à Pigalle, Paris dix-huitième. »

Cabaret empli d’une foule ivre et bruyante. Lucas (jeune) joue du piano sur la scène. Il lève les yeux et découvre Fred en train de l’observer.

Appartement de Lucas (jeune). Fred et Lucas font l’amour.

Cour intérieure d’un bistrot. Lucas et Max prennent le soleil.
Max :
Je sens… comment dire… de la tristesse chez cette fille… je suis sûr qu’elle est très malheureuse.

Appartement de Lucas. Lucas se réveille dans son lit, seul. Il avise une feuille pliée en quatre.
Lucas :
Non.
Il ferme les yeux, les réouvre, se saisit du billet. On peut lire :
Lucas,
Tu m’a rendue heureuse.
Ne m’attends pas, je ne pourrai jamais plus revenir.

Hiver à Montmartre, café-tabac. Lucas aperçoit Fred dans la file d’attente devant l’étal de cigarettes. Elle sort. Il la suit.

Atelier de Fred. Vêtue d’une blouse maculée de peinture, elle guide Lucas parmi ses toiles jusqu’à un salon.

Fred et Lucas au salon, devant des verres.
Lucas : Fred, pourquoi tu fais la méchante ?
Fred serre les mâchoires et durcit son regard jusqu’au mépris.
Fred :
Avec vous, les mecs, il faut l’être. Dés que vous avez tiré un coup, vous vous croyez propriétaire… Tu as fini ou tu as d’autres questions ?

Lucas et Fred seuls face à face, la nuit, sur la place des Abbesses.
Fred :
D’habitude, je trouve ça idiot, Noël, les cadeaux, la joie obligatoire et tout ça. Seulement cette fois, c’est la der…
Elle s’interrompt, réfléchit quelques instants. Puis elle se redresse et s’approche de Lucas.
Fred :
Je veux passer les fêtes avec toi. J’ai besoin de toi, Lucas. Je n’ai besoin de personne d’autre au monde, mais de toi, oui. A un point que tu n’imagines même pas.
Un silence. Deux nuages de buée qui se mêlent. La caméra tourne lentement autour d’eux.
Fred :
Je t’aime.

 

INT Nuit, atelier de Fred, Mezzanine

Lucas porte Fred dans ses bras jusque sur le lit. Il la déshabille avec fièvre, dégrafe son propre pantalon avec hâte et l’empoigne. Elle pose les deux mains sur ses épaules pour tempérer son ardeur.

Fred (exigeante) :
Non !… Doucement. Pas trop fort…

Interloqué, il suspend son geste. Elle le rassure d’une caresse.

Fred :
Lentement. Longuement. Tendrement…

Il obtempère, pénètre en elle lentement, comme avec précaution. Ils commencent à faire l’amour. Rien à voir avec les étreintes sauvages de l’été passé. C’est doux, câlin, sans hâte, comme une vague à la surface d’une mer calme.

Fred (chuchotant) :
Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime…

 

INT Jour, matin, atelier de Fred

Lucas sort de la kitchenette, porteur de deux assiettes débordantes de bouffe fumante. Il grimpe l’escalier de la mezzanine, s’assoit sur le lit où se trouve Fred et lui tend une des assiettes. Elle l’accepte, mais sans aucun enthousiasme.

Fred (ton forcé) :
Hmmm… Ça a l’air bon…

Lucas :
Mange. Elle besoin de se remplumer, cette petite !

Fred (rieuse) :
On dirait Fernande…

Elle chipote un bout de légume.

Lucas :
Allez, mange.

Fred (contrite) :
C’est très bon, mais je n’ai pas super faim.

Lucas :
Eh ben tu te forces ! Tu as beaucoup maigri, quand même…

Fred :
J’ai eu beaucoup de boulot : j’ai une expo en février, alors je me suis tuée au boulot et moi, quand je peins, j’oublie tout, y compris de manger !

 

INT Jour, cabaret, bureau de Gaby

Gros plan sur le visage furibard de Gaby.

Gaby :
Si jamais ça t’intéresse, petit con, c’est les fêtes. Hier soir on a fait trois cents entrées et on a tourné jusqu’à huit heures du mat. Et mon pianiste, il était où ?

Le plan s’élargit, on découvre le bureau simili chinois de Gaby, son éternel gin tonic devant lui et, en face, debout, Lucas.

Lucas :
Gaby…

Gaby :
Tu te fiches de ma poire ou tu as décidé de couler la boite ?

Lucas :
Ça va, Gaby, lâche-moi la grappe…

Gaby :
La grappe ? Dis donc, je veux bien comprendre l’amour et l’eau fraîche, que tu ne peux pas vivre sans elle et tout ça, mais j’ai une baraque à faire tourner, moi !

Lucas :
Je sais ce que c’est, les fêtes. Les pochtrons. Les filles aussi bourrées que les clients. Les frotti-frottas. Les cris obscènes… Je n’en peux plus, Gaby. C’est simple, je me sens incapable de continuer à sourire aux abrutis, là, titubants, à la limite de dégueuler sur le piano, qui me réclament Petit Papa Noël de Tino Rossi, du Johnny Halliday et Le Zizi de Pierre Perret…

Silence. Gaby soupire en examinant pensivement le fond de son verre de gin.

Gaby :
Bien… Tu fais ton chemin comme tu veux, mon gars…

Il étend le bras par-dessus le guéridon chinois, attrape Lucas par la nuque et lui colle sur la joue une bise pleine de rouge à lèvres.

Gaby :
Casse-toi vite de ce bordel ! T’as raison, va, merdaillon ! Emmène-la, épouse-la, fais-lui des marmots et ne viens plus nous enquiquiner !…

Lucas se retourne et gagne la porte. Il est sur le point de sortir.

Gaby :
Eh, donne-moi juste un coup de main avant de partir, Lucas. Assure-moi quelques soirées, au moins aux heures chaudes, le temps que je te trouve un remplaçant…

Lucas :
Bien sûr, Gaby. Avec plaisir…

Il s’en va. Tandis qu’il traverse la salle, en direction de la sortie, la voix de Gaby le poursuit.

Gaby (off) :
Avec plaisir ? Mais j’espère bien, bordel de merde de foutre à queue ! T’as jamais été qu’un emmerdeur ! T’es un moins-que-rien ! Un ingrat et un minable ! Ta fiancée te mène par le bout d’la bistouquette !…

INT Jour, atelier de Fred

Lucas entre, porteur d’un sac de croissants. Fred est en train de boire un café dans la petite kitchenette.

Fred :
Tiens, voilà El Toro !

Lucas :
El Toro ?

Fred :
C’est le titre de ma dernière toile, un portrait de toi…« El Toro, Portrait De Lucas Au Piano ».

 

EXT Jour, quartier

Lucas court dans la rue.

 

INT Jour, appartement de Lucas

Lucas chez lui. Précipitamment, il s’empare de son piano électrique, se le colle sous le bras et ressort.

 

INT Jour, atelier de Fred

Lucas installe le piano électrique et une chaise au centre de l’atelier. Devant lui, Fred pose une grande toile vierge sur un chevalet et prépare des couleurs. Lucas se plante devant le piano et gonfle comiquement les biceps.

Lucas :
Comment tu me veux, nu et magnifique, bien sûr ?

Fred :
Bien sûr, à poils avec une peau de banane sur la bite… Non, tu t’assois simplement sur le tabouret, les deux mains sur le clavier, comme si tu jouais…

 

INT Jour, atelier

Lucas pose. Fred peint. Alors que le visage de cette dernière apparaît au coin de la toile, Lucas lui adresse une grimace. Fred continue de peindre, indifférente. Son visage réapparaît. Cette fois, Lucas, une main sur le cœur, lui adresse un baiser voluptueux.

Fred :
Reste tranquille !

Lucas :
Ma qué yé souis El Torrrrro…

Fred :
Bouge pas tes bras, putain !

Lucas :
Tou refouses les embrassades d’El Torrrro ?

Fred :
Arrête… Si tu déconnes, j’ai envie de déconner aussi et je n’arrive plus à me concentrer.

Lucas (sentant son agacement) :
Excuse… C’est compliqué, aussi, de rester là comme ça avec toi qui n’arrête pas de me mater ici ou là…

Fred :
Pourquoi tu ne joues pas de la musique ?

Lucas :
Eh ben… Je n’y avais pas pensé….

 

INT Jour, atelier

Lucas joue en chantonnant.

Lucas :
Padam, padam, padam…

Fred peint. Pâle. Joues creuses, ombrées. Menton dur, carré. Avec ses yeux, qui seuls vivent avec intensité dans ce masque impassible et tendu.

Ses gestes sont secs, flak, flak ! deux coups de pinceau, un regard vers Lucas et swip ! un autre trait. Puis un bond en arrière, tandis qu’elle reprend de la couleur sur un bout de carton qui lui sert de palette. Un autre bond en avant. À l’attaque. Au combat.

Lucas :
Padam, padam, padam…

 

INT Nuit, atelier

Plan sur la toile achevée.

Lucas y est représenté assis, les deux mains sur le clavier, vêtu d’un boléro lumineux de matador, une large ceinture rouge sang de pirate lui ceignant la taille. Il est au centre d’une sorte de cyclone bleu, sur un sol tourmenté d’un jaune qui évoque le sable. Partout autour de lui, fermant ce cercle de sable, une palissade de planches brisées, irrégulières, figure une arène. Le piano est de bois, droit, déglingué. Fondues aux tourbillons bleus, des faces indistinctes de personnages regardent dans sa direction. Au fond, loin derrière lui, minuscule devant une porte de toril, se tient un taureau de corrida noir et finement marqué de filets de sang qui, pattes arquées et mufle baissé, semble prêt à se précipiter sur lui.

Contrechamp sur Fred et Lucas, enlacés, observant la toile.

Fred :
Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ?

Il répond en la serrant contre lui et en lui baisant tendrement la bouche. Puis il s’écarte, prend sa main tachée de peinture et y dépose un fervent baiser.

Elle se blottit contre lui.

Fred :
C’est fini, je suis prête pour l’expo.

Lucas :
Contente ?

Fred :
Tu ne peux pas savoir à quel point ! El Toro, c’était la dernière toile. La toute dernière. Et c’est très bien comme ça…

 

(À suivre)

 

PANAME, PANAME, PANAME… 19
PANAME, PANAME, PANAME… 21

One Response to PANAME, PANAME, PANAME… 20

  1. Léo

    La toute dernière toile…

    la vie c’est ce qui se passe quand tout ce qu’on avait prévu n’a pas eu lieu.

    Avec le temps
    Avec le temps, va, tout s’en va
    On oublie le visage et l’on oublie la voix
    Le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller
    Chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien
    Avec le temps
    Avec le temps, va, tout s’en va
    L’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie
    L’autre qu’on devinait au détour d’un regard
    Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
    D’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit
    Avec le temps tout s’évanouit
    Avec le temps
    Avec le temps, va, tout s’en va
    Même les plus chouettes souvenirs ça t’as une de ces gueules
    À la gallerie j’farfouille dans les rayons d’la mort
    Le samedi soir quand la tendresse s’en va toute seule
    Avec le temps
    Avec le temps, va, tout s’en va
    L’autre à qui l’on croyait pour un rhume, pour un rien
    L’autre à qui l’on donnait du vent et des bijoux
    Pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous
    Devant quoi l’on s’traînait comme traînent les chiens
    Avec le temps, va, tout va bien
    Avec le temps
    Avec le temps, va, tout s’en va
    On oublie les passions et l’on oublie les voix
    Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
    Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid
    Avec le temps
    Avec le temps, va, tout s’en va
    Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu
    Et l’on se sent glacé dans un lit de hasard
    Et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard
    Et l’on se sent floué par les années perdues, alors vraiment
    Avec le temps on n’aime plus

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