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PANAME, PANAME, PANAME… 23

Publié par le 9 mai 2020



Adaptation en mini-série TV de mon Roman Pigalle Blues (ed. Ramsay).

 

INT Nuit, temps présent, chambre d’hôtel

Lucas (âgé) tape à la machine. Il est vu de dos. Sur le bureau traîne un bon nombre de mignonnettes d’alcool vides. La fenêtre en face de lui s’éclaire d’un début d’aube.

La caméra s’approche. Gros plan sur la machine à écrire. Sur le feuillet engagé dans le rouleau, on peut lire :

Seulement, ayant embrassé le crapaud, elle l’avait pris pour un prince, et tout son beau plan s’était compliqué.

 

Fondu sur :

 

EXT Jour, temps passé, Marché Malik

Lucas (jeune) marche le long des étals de l’allée principale du marché (la rue Jules-Vallès) aux puces de la Porte de Clignancourt.

Il entre dans le café Le Picolo. Il y a foule. Aux tables, on se presse autour de moules-frites fumantes. Sur la petite estrade, un quartet de jazz manouche achève de jouer Non Je Ne Regrette Rien (Paroles de Michel Vaucaire, musique de Charles Dumont, 1956).

Avisant Lucas, le guitariste / chanteur lui adresse un signe de reconnaissance.

On entend la voix de Lucas (âgé) en off.

Lucas (off) :
Il était une fois une princesse… Une petite fille studieuse au talent infini dont la courte vie s’était déroulée devant un chevalet, dans les musées et devant des livres de peinture. Une princesse qui avait appris un jour qu’elle était morte.

Le chanteur quitte la scène et rejoint Lucas. À leur embrassade, on comprend qu’ils sont copains et qu’il y a un moment qu’ils ne se sont pas vus.

Lucas (âgé, en off) :
Alors, avant que ne sonne son glas, elle avait décidé de vivre quelques instants de vraie vie, et de descendre vers les bas-fonds pour s’y trouver un beau voyou à aimer pour une nuit…

Lucas demande quelque chose au chanteur qui réfléchit un instant avant de hocher affirmativement la tête. Ils se dirigent tous deux vers la sortie.

Lucas (âgé, en off) :
Seulement, ayant embrassé le crapaud, elle l’avait pris pour un prince, et tout son beau plan s’était compliqué.

 

EXT Jour, marché Malik

Le chanteur et Lucas dans une allée. La mélodie de Non Je Ne Regrette Rien en sourdine.

Le chanteur s’adresse au patron d’une boutique sur le pas de celle-ci. Le type secoue négativement la tête et indique une direction.

Lucas (âgé, en off) :
Je revivais mon désarroi d’alors. Sa première fuite puis ses disparitions. Ses refus de m’en expliquer les raisons. Son avidité de plaisir. Ses démonstrations d’amour. Les serments que son départ, au petit matin du premier jour de septembre, m’avaient fait prendre pour des jeux et des mensonges.

 

INT Jour, boutique

Un commerçant guide le chanteur et Lucas vers le fond de sa boutique où sont pendues à des cintres des dizaines de robes de mariée. Le commerçant en présente plusieurs à Lucas qui secoue négativement la tête.

Lucas (âgé, en off) :
Je l’entendais me renvoyer, le jour où je l’avais retrouvée, me jouant la froideur pour m’éloigner du drame, alors qu’il y avait assez d’amour en elle pour la lancer à ma poursuite, moins de quinze jours plus tard. Je la revoyais me suivre dans la nuit glaciale, obstinée, le visage pâle, couverte de la boue de mes insultes…

Le commerçant extirpe du lot une minirobe blanche très simple, genre Courrèges des années 60. Lucas l’accepte.

Lucas (âgé, en off) :
Et moi… Oh oui, je me revoyais, moi. Paumé, maladroit, pataugeant, les bras levés vers ma comète, bouffant du noir et du noir sans jamais rien comprendre.

 

CUT

 

EXT Jour, parvis de la mairie du XVIIIème

Place Jules-Joffrin, où se trouve la mairie. Mickey, le barman du Gaby-Taboo, discute le bout de gras avec le chauffeur d’une limousine garée devant le porche.

On entend toujours en sourdine la mélodie de Non Je Ne Regrette Rien.

Lucas (âgé, en off) :
Comme elle m’aimait ! Alors qu’elle ne souhaitait qu’être dans mes bras, il y avait eu assez de cran en elle pour qu’elle s’acharne à m’écarter de l’horreur. M’aimer était devenu un calvaire de plus…

 

INT Jour, mairie, salle des mariages

En amorce, plan sur le visage effaré d’un jeune adjoint de mairie ceint de son écharpe. La caméra tourne et montre Gaby, témoin de Lucas, à la fois superbe et ridicule dans un extravagant smoking rouge vif, maquillé comme une vieille pute.

Lucas et Fred, côte à côte. Fred porte la minirobe blanche. Elle a encore maigri. Son teint est très pâle. À côté d’elle se tient Fernande, son témoin, sur son trente et un. À l’arrière, on aperçoit Franz, le vieil amant de Gaby, en costume blanc.

Plan d’ensemble, tandis que l’adjoint au maire prononce les paroles rituelles.

Lucas (âgé, en off) :
Elle était admirable ! Elle avait toujours agi de belle manière, malgré les heures d’enfer que cela avait dû lui coûter. Même s’il n’y avait eu que cette raison-là, elle justifiait amplement que je reste jusqu’à la fin à son côté.

Gros plan sur Lucas (jeune) qui prononce le mot : « oui ».

 

INT Jour, atelier de Fred

Buffet, bouteilles d’alcool : tout a été préparé pour une petite fête. Fred a revêtu un pantalon et un gros pull de laine noire. On est frappé par sa pâleur et, malgré le sourire forcé qu’elle arbore, ses traits crispés par la douleur.

Lucas (âgé, en off) :
Je l’aimais, était-ce assez clair ? Je l’aimais parce qu’elle était belle. Libre. Solitaire. Je l’aimais parce qu’elle avait du talent. Parce qu’elle était intelligente. Parce qu’elle avait aimé faire l’amour avec moi. Parce que les dernières splendeurs de son corps m’avaient donné tout le plaisir qu’un homme peut rêver de connaître.

Assistent à la fête Gaby et Franz, qui sont assis de chaque côté de Fred sur le sofa, Mickey, qui parle avec Lucas près du buffet, et Fernande qui va de l’un à l’autre, porteuse d’une assiette de toasts apéros.

Lucas (âgé, en off) :
A partir de là, je l’épousais pour marquer le coup, pour le meilleur et pour le pire, et je lui consacrais mon existence, au moins jusqu’au bout de la sienne.

 

INT Jour, atelier de Fred

Musique : Non Je Ne Regrette Rien (chantée)
Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / Ni le bien, qu’on m’a fait / Ni le mal, tout ça m’est bien égal…

La caméra circule dans la pièce. Elle se fixe sur Lucas et Mickey, près du buffet, verres en mains.

Mickey :
C’est grâce à qui, hein, l’artiste ?

Lucas :
C’est grâce à toi, Mickey.

Mickey :
Si j’l’avais pas repérée au bar-tabac, ta gisquette, hein ?

Lucas :
C’est sûr, Mickey.

Mickey :
Tu vas pouvoir me payer des tournées pendant un moment, c’est moi qui te l’dis !

La caméra se fixe sur Fred, très maquillée, coincée sur le divan entre Franz et Gaby qui cancanent.

Gaby (roucoulant) :
Un vrai voyage de noces, c’est à Venise !

Franz (dédaigneux) :
Ach, il n’y a que de la flotte. Il vaut mieux se payer un hôtel de luxe !

Gaby (criant dans l’oreille de Fred qui ne peut s’empêcher de grimacer) :
Ecoutez-moi celle-là, elle veut aller tout de suite à l’hôtel, cette cochonne. L’amour dans une gondole, c’est quand même plus romantique !

Franz :
Ach, les gondoles, ça tangue et ça balance, on ne peut rien faire de sérieux.

Gaby :
En tout cas, il faut voyager ! Il faut voir le monde tant que vous avez la jeunesse, tant que vous avez le temps !…

Soudain, la mère Fernande éclate en sanglots au milieu de l’atelier, les épaules secouées à en faire tomber les petits fours du plateau qu’elle porte.

Fernande :
C’est pas possible, c’est pas dieu possible !

Sous les regards interloqués des autres, Elle s’échappe dans la kitchenette. Lucas la rejoint.

 

INT Jour, cuisine de l’atelier

Fernande s’est mise à la vaisselle, les bras plongés dans la mousse jusqu’aux coudes.

Fernande :
Parle-moi, Lucas, dis-moi ce qui se passe vraiment !

Lucas se colle à elle et l’enlace de ses deux bras.

Lucas :
Plus tard, la mère, plus tard…

Musique :
Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / C’est payé, balayé, oublié / Je me fous du passé…

 

INT Jour, atelier

Gaby et Lucas discutent à l’écart.

Gaby :
Dis donc, sauvage, tu es sûr que tu n’en profites pas un peu trop, de ta princesse ? C’est toi qui la fais maigrir comme ça, grande brute ?

Lucas se fend d’un gros et on ne peut plus faux rire de mâle satisfait.

Lucas :
Qu’est-ce que tu veux, moi quand j’aime : j’aime !

Gaby (suspicieux) :
Hmmm… N’empêche que… Je ne veux pas me mêler de vos affaires, mais elle a quand même l’air fatigué.

Lucas :
Elle a beaucoup bossé pour son expo, ça l’a crevée.

Gaby :
Vous ne nous feriez pas des cachotteries, tous les deux ? Il n’y aurait pas un heureux événement en route, des fois ?

Lucas :
Je ne pense pas, Gaby. Franchement, ça m’étonnerait beaucoup.

 

INT Jour, atelier

Musique :
Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / Ni le bien, qu’on m’a fait /
Ni le mal, tout ça m’est bien égal…
Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / C’est payé, balayé, oublié / Je me fous du passé…

Fred à la porte salue les invités

Fred (la voix mécanique) :
Merci les amis, merci encore, merci à vous tous…

La porte refermée, elle s’appuie au mur, pliée en deux, la bouche ouverte sur un cri silencieux, les yeux exorbités.

Lucas se précipite, la prend dans ses bras et la porte jusqu’au divan où il l’allonge. Il se saisit d’un carton à chaussures duquel il sort le matériel de shoot.

Allumer une bougie. Verser une pincée de poudre au fond de la cuiller. La cuiller sur la bougie. La préparation qui mousse. Aspirer la solution dans la seringue à travers un coton. Passer un autre coton imbibé d’alcool sur le bras de Fred.

Musique :
Avec mes souvenirs / J’ai allumé le feu / Mes chagrins, mes plaisirs / Je n’ai plus besoin d’eux…
Balayer les amours / Avec leurs trémolos / Balayer pour toujours / Je repars à zéro…

Lucas enfonce l’aiguille dans un coin de peau encore libre entre de vilains hématomes.

Lucas :
Tu es belle, je suis content de t’aimer.

Fred :
Vite, chéri…

Lucas :
Je suis heureux que tu sois ma femme, je suis fier d’être ton mari.

Fred (à bout) :
Vite !

Lucas pompe un peu de sang et lui injecte le bienfaisant poison dans les veines.

Musique :
Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / Ni le bien, qu’on m’a fait / Ni le mal, tout ça m’est bien égal…

 

(À suivre)

 

PANAME, PANAME, PANAME… 22
PANAME, PANAME, PANAME… 24

2 Responses to PANAME, PANAME, PANAME… 23

  1. Danakil

    Place Jules Joffrin, à l’angle de la rue Ordener et de la rue Hermel qui remonte derrière Montmartre. Comptoir Joffrin, j’y ai trainé mes guêtres dans ma rude jeunesse…

  2. Sterling Morrison

    Proposition pour le générique de fin

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