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Bouquin-quizz n°31

Publié par le 1 octobre 2015

 

Bonjour à tous.
Voici un extrait de…
Je veux dire d’un roman de…
Non. Finalement, je ne vais pas vous l’indiquer. Ça vous amusera peut-être d’essayer de deviner.
Et si ça ne vous amuse pas, je vous conseille de le lire quand même. Ça vaut !

Là, personne ne se soucia d’établir un système de garde. Les durs de la deux avaient tous pratiqué la bagarre depuis leur première culotte, et personne ne jugeait dangereux le petit fermier de l’Indiana. Si d’aventure l’un d’eux se réveillait avec Francis sur l’estomac, les mains du fou nouées autour de la gorge, il l’envoyait prestement dinguer les quatre fers en l’air, l’endormait d’un bon coup de poing et le recouchait sans histoire. Le lendemain matin, Francis, ayant tout oublié, se réveillait gentil comme tout.

Un après-midi, Prew, qui travaillait à la carrière entre le grand Berry et Stonewall Jackson, remarqua que Francis flottait manifestement dans l’état de béate hébétude qui précédait ses crises. Dès que le fermier laissa choir son marteau et promena autour de lui un regard égaré, les trois gars lui sautèrent dessus et le maintinrent solidement jusqu’à ce qu’il se calmât. Puis ils reprirent leur travail comme si de rien n’était. Un peu plus tard, le gars de l’Indiana vint vers eux et supplia qu’on lui cassât un bras.

– T’es complètement maboul ! s’exclama Prew.
– Je veux aller à l’hôpital, expliqua le gars avec obstination. J’en ai marre de ce sale trou.
– Et comment veux-tu qu’on te le casse, ton bras ? Sur un genou, comme un morceau de bois ? Ça se casse pas si facilement que ça, un bras.
– J’y ai pensé, triompha le gars. Je peux caler mon bras entre deux cailloux, et vous me taperez dessus avec une masse.
– Possible, mais ne compte pas sur moi pour ça, murmura Prew, vaguement écoeuré.
– Et toi non plus, tu ne veux pas me casser le bras, Stonewall ? marmotta Francis.
– D’abord, pourquoi que tu veux aller à l’hosto ? grogna Jackson. C’est pas mieux qu’ici. J’y ai été, moi, à l’hosto, et je peux t’en causer.
– En tous cas, y a pas Gras-Double et t’es pas obligé de casser des cailloux toute la journée.
– Non, seulement tu t’emmerdes tellement à regarder à travers leurs saloperies de fenêtres grillagées que tu as hâte de revenir casser des cailloux.
– La boustifaille est meilleure !
– Ça, oui, mais tu t’en lasses quand même.
– Alors, tu veux pas me casser le bras ? T’es pas un pote, reprocha doucement Francis.
– Oh ! je veux bien te rendre service, protesta Jackson, mais j’aimerais mieux autre chose.

Le grand Berry s’avança d’un pas.
– Je le ferai, moi, si tu y tiens vraiment, Francis. Où c’est qu’y a des cailloux potables ?
Le visage de Francis rayonna.
– Là-bas, où je travaille, j’en ai préparé deux.
– Okay ! Allons-y. Ça vous fait rien, non ? demanda-t-il aux deux autres. S’il en a vraiment marre à ce point-là, le p’tit, y a pas de raison de lui refuser ça.
– C’est pas mes oignons, fit Prew. Je comprends son point de vue, mais je ne me sens pas de le faire, voilà tout.
– Moi c’est pareil, approuva Jackson.
– Fais gaffe à ces deux salopards de gardiens, chuchota seulement Prew.
– Si j’attends qu’y z’aillent faire un tour, on risque d’être là jusqu’à la fin des siècles, riposta Berry.
– Y vont probablement se déplacer dans un petit moment, insista Prew.
– Aaaah ! merde pour eux, gronda Berry. Y sont trop empotés pour comprendre c’qu’y s’passe, de toutes façons…

Francis s’agenouilla dans la poussière et posa son avant-bras gauche, comme un pont jeté en travers d’un gouffre, sur deux cailloux plats écartés l’un de l’autre d’une vingtaine de centimètres.
– Comme ça, ça risque pas de me casser une articulation, expliqua-t-il gentiment. Je préfère que ça soit le bras gauche, parce que ce sera plus facile de manger avec le droit, et je pourrai quand même écrire à mon dab… Okay ! Vas-y !
– Gi ! Voilà, servi, répondit le grand Berry, qui mesura soigneusement l’endroit à frapper et abattit son marteau avec la puissance et la précision d’un vieux bûcheron entamant le tronc d’un arbre.

Le cri que poussa Francis contenait autant de surprise que si le choc eût été inattendu. Puis il se releva, le visage verdâtre, et contempla son avant-bras qui gonflait à vue d’œil.
– Les gars, je crois que j’ai une double fracture, dit-il béatement. Au moins pour trois semaines, à l’hosto. Peut-être plus…
Il s’interrompit, tomba brusquement à genoux, soutenant son bras gauche avec sa main valide, et vomit.
– Foutre, ça fait mal, murmura-t-il lorsqu’il fut parvenu à se relever. J’aurais jamais cru que ça faisait aussi mal ! Merci quand même, Berry, merci beaucoup.
– De rien, riposta Berry. Content de t’avoir rendu service, mon gars.
– Ben, y me reste plus qu’à montrer ça aux gardes. A un de ces jours, les potes.

Il s’éloigna en soutenant amoureusement son bras fracturé.
– Cré bon dieu ! souffla Prewitt, le dos ruisselant de sueur froide.
– Sûr que j’en ferais pas autant, dit Jackson, même se ça devait me faire sortir d’ici du jour au lendemain.
– Dites, vous avez jamais entendu parler des gangsters qui s’opèrent eux-mêmes, quand y z’ont une balle dans la peau ? ricana Berry. C’est encore pire.
– J’en ai jamais entendu parler ailleurs qu’au cinéma, objecta Prew.

Là-bas, le garde décrochait le téléphone de campagne, et le camion de deux tonnes cinq arriva à toute allure, repartit avec le jeune fermier de l’Indiana.
– Servi, enlevé, pesé, rigola Perry. Je ne sais pas ce qui me retient d’en faire autant.

Lorsqu’ils rentrèrent au camp, ils apprirent que Francis avait été transporté à l’hôpital pour fracture simple, et ils respirèrent. Tout sembla normal.
Puis, après la soupe, juste avant l’extinction des feux, Gras-Double et le major Thompson en personne surgirent dans la baraque deux, une matraque sous le bras. Trois gardes armés de mousquetons restaient près de la grille fermée. En regardant le major, Prew eut un petit frisson et pensa qu’il n’aurait pas fait une autre tête s’il eût surpris sa femme en flagrant délit d’adultère.
– Le prisonnier Murdock s’est cassé le bras cet après-midi et a été envoyé à l’hôpital, commença le major en promenant sur les hommes son regard rageur. Il a été envoyé à l’hôpital parce que, nous autres, nous aimons laver notre linge sale en famille, mais nous ne sommes pas dupes : Murdock ne s’est pas cassé le bras tout seul. C’est là un genre de plaisanterie que nous n’apprécions guère, ici. Et Murdock, quand il reviendra, saura qu’il ne fait pas bon tirer au cul quand on est aux durs. Et maintenant : qui a cassé le bras de Murdock ?
Pas un cil ne bougea. Pas une voix ne répondit.
– C’est bien. Je vois qu’il est temps que vous appreniez, à la baraque deux, qui est le chef. Je vous donne une dernière chance : que le coupable sorte des rangs.
Et, comme les prisonniers restaient impassibles, il appela simplement :
– Sergent !

D’un bout à l’autre de la ligne des prisonniers, Gras-Double ne reçut qu’une réponse :
– Je ne sais pas, sergent.
Il ne put lire sur les visages, quels qu’ils fussent, que mépris et dégoût. C’étaient les gars de la deux, et les gars de la deux formaient un bloc solide comme le roc.

Mais ni le mépris ni le dégoût ne pouvaient troubler Gras-Double. Gras-Double faisait son travail méthodiquement, parce qu’il aimait la belle ouvrage bien faite. Lorsqu’il eut terminé, il revint près du major, et tous deux se dirigèrent vers le grand Berry. Et, quand le major demanda lui-même, cette fois : « Qui a cassé le bras de Murdock ? » tous les gars de la deux comprirent que le major savait.

Les yeux droits devant lui, Berry resta impassible. Gras-Double le frappa et le grand Berry sourit.
– Voyez-vous, dit doucement le major, il se trouve justement que nous savons qui a cassé le bras de Murdock…
Gras-Double frappa encore, et le grand Berry sourit.
– Sortez du rang, dit le major.
Berry avança de deux pas, reçut la matraque de Gras-Double sur le nez, s’agenouilla, le sang coulant à flots de ses narines. Quand il se releva, il sourit au major de ses lèvres ruisselantes de pourpre.
– Vous vous prenez pour un dur, Berry, dit le major en lui martelant la poitrine de petits coups de matraque. Je vais vous apprendre commet on traite ici les hommes qui se prennent pour des durs. Une dernière fois, est-ce vous qui avez cassé le bras de Francis Murdock ?
– Va te faire foutre ! riposta Berry d’une voix rauque.

La matraque du sergent s’abattit sur la bouche qui avait proféré ce blasphème.
Berry chancela mais ne tomba pas. Ses yeux se voilèrent et il cracha dédaigneusement deux dents aux pieds de Gras-Double.
– Si jamais je sors d’ici vivant, Gras-Double, dit-il en souriant, j’aurai ta peau. Je te jure que j’aurai ta peau. Je te trouverai dans un coin et je te mettrai les tripes à l’air, si tu ne m’as pas tué avant.

 

Bouquin-quizz n°30
Bouquin-quizz n°32

12 Responses to Bouquin-quizz n°31

  1. LECHAUVE Dominique

    tiens est ce que cela à un rapport avec la coupe du monde de Rugby ??? Non certainement pas, mais cela me fait penser au joueur All Blacks: Keith Murdoch qui a joué un match avec le bras cassé. C’était en 1972 , je m’en souviens cette année j’attaquais ma 1ere année de cadet et cela nous avait épaté.
    Bon je suis à coté de la réponse, je n’ai pas d’idée d’ailleurs, hormis peut etre quelque chose du style pont de la riviére Kaw mais je ne me souviens plus si il y a eu dans ce bouquin des tentatives d’atrophies.

  2. Oliv'

    Tant qu’il y aura des quizz on se creusera le citron mais celui-là il est coriace vindjiou ! ( rontudju…)

  3. Oliv'

    Ca y est, une fois de plus : c’est le dérapage… Thierry tente de nous élever vers des sphères culturelles qui s’avèrent malheureusement hors de notre portée !

    Visiblement nous sommes au niveau des éditions Dupuis – au mieux de chez-Smith-en-face…

  4. LECHAUVE Dominique

    bon c’est le néant, plus personne pour jouer, pour moi impossible de trouver, sans un peu plus de renseignements.

  5. Thierry Poncet

    Un gros indice dans la première réponse d’Oliv’…

  6. Oliv'

    Allez un deuxième indice pour encourager Dominique dans sa recherche, avec l’aide de mon pote Arthur…

    Elle est retrouvée.
    Quoi ? – L’Eternité.
    C’est la mer allée
    Avec le soleil.

    Ame sentinelle,
    Murmurons l’aveu
    De la nuit si nulle
    Et du jour en feu.

    Des humains suffrages,
    Des communs élans
    Là tu te dégages
    Et voles selon.

    Puisque de vous seules,
    Braises de satin,
    Le Devoir s’exhale
    Sans qu’on dise : enfin.

    Là pas d’espérance,
    Nul orietur.
    Science avec patience,
    Le supplice est sûr.

    Elle est retrouvée.
    Quoi ? – L’Eternité.
    C’est la mer allée
    Avec le soleil.

  7. LECHAUVE Dominique

    Euréka, enfin, je savais que cela me disais quelques chose, c’est effectivement en relisant le premier message d’Olive que j’ai eu le déclic (pas celui de Manara) Tant qu’il y aura des Quizz et oui , mais j’avoue que je n’ai pas lu le livre simplement vu le film. Ma mémoire est plus littéraire que filmographique.

  8. Oliv'

    From Here to Eternity – James Jones ,1951.

  9. Oliv'

    …quoique le déclic de Manara serait assez sympa comme gadget, mais restons concentrés sur l’argument, ne nous égarons pas – soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien…

  10. Thierry Poncet

    C’est donc Oliv’ qui remporte le clairon d’or sur le coup. From Here To Eternity, en français Tant Qu’il Y Aura Des Hommes… Dans le film de Fred Zinneman, sorti en 1953, figurent Montgomery Clift dans le rôle de Prewitt et Ernest Borgnine dans celui de Gras-Double. Le succès de la pelloche, comportant une scène de baiser dans les vagues entre Burt Lancaster et Deborah Kerr, qui fit scandale, a un peu eclipsé celui du roman. C’est pourtant un véritable chef d’oeuvre, pavé de 5 à 600 pages, écrit par James Jones, authentique ancien soldat, et qui décrit la vie des militaires américains avant Pearl Harbor, la guerre et les occasions d’héroïsme. En gros une existence faite d’ennui, d’emmerdes, de putes et de cuites, par un ramassis de paumés, de brutes et de fainéants. Il a été publié pour la première fois en France en 1954, aux Presses de la Cité, traduction d’un monsieur Dumoulin, en relié/cartonné, version que je possède. Amazon m’apprend qu’il existe une version en Presse-Pocket. A noter que James Jones est aussi l’auteur de The Thin Red Line, La Ligne Rouge, sur la guerre des GIs dans le Pacifique, un livre qui a été doublé à sa sortie par le célébrissime Les Nus Et Les Morts de Norman Mailer, sur le même sujet.

  11. Oliv'

    The Golden clairon… pas peu fier les vieux gars !

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