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Bouquin-quizz n°41

Publié par le 10 mars 2016

 

Bonjour à tous.
Voici un extrait de…
Je veux dire d’un roman de…
Non. Finalement, je ne vais pas vous l’indiquer. Ça vous amusera peut-être d’essayer de deviner.
Et si ça ne vous amuse pas, je vous conseille de le lire quand même. Ça vaut !

 

L’homme aux cheveux blancs m’observait encore attentivement, mais maintenant, me sembla-t-il, avec une expression quelque peu perplexe. Quand mes yeux rencontrèrent les siens, il baissa la tête et regarda les chiens qui étaient couchés à ses pieds.
C’était un homme puissamment bâti, avec un très beau front et des traits plutôt épais. Il avait sous les yeux ce bizarre affaissement de la peau qui vient souvent avec l’âge, et les coins tombant de sa grande bouche lui donnaient une expression de volonté combative.
Il causait avec Montgomery, mais trop bas pour que je puisse entendre.

Mes yeux le quittèrent pour examiner les trois hommes d’équipage, et c’étaient là de fort étranges matelots. Je ne voyais que leurs figures et il y avait sur ces visages quelque chose d’indéfinissable qui me produisit une singulière nausée.
Je les examinai plus attentivement sans que cette impression se dissipât ni que je pusse me rendre compte de ce qui l’occasionnait.
Ils me semblaient alors être des hommes au teint foncé, mais leurs membres, jusqu’aux doigts des mains et des pieds, étaient emmaillotés dans une sorte d’étoffe mince d’un blanc sale. Jamais encore, à part certaines femmes en Orient, je n’avais vu des gens aussi complètement enveloppés.
Ils portaient également des turbans sous lesquels leurs yeux m’épiaient.
Leur mâchoire inférieure faisait saillie. Ils avaient des cheveux noirs, longs et plats, et, assis, ils me paraissaient être d’une stature supérieure à celle des diverses races d’hommes que j’avais vues. Ils dépassaient de la tête l’homme aux cheveux blancs, qui avait bien six pieds de haut.
Peu après, je m’aperçus qu’ils n’étaient en réalité pas plus grands que moi, mais que leur buste était d’une longueur anormale et que la partie de leurs membres inférieurs qui correspondait à la cuisse était fort courte et curieusement tortillée.
En tout cas, c’était une équipe extraordinairement laide et au-dessus d’eux, sous la voile d’avant, je voyais la face noire de l’homme dont les yeux étaient lumineux dans les ténèbres.

Pendant que je les examinais, ils rencontrèrent mes yeux, et chacun d’eux détourna la tête pour fuir mon regard direct, tandis qu’ils m’observaient encore furtivement. Je me figurai que je les ennuyais sans doute et je portai toute mon attention sur l’île dont nous approchions.

La côte était basse et couverte d’épaisses végétations, principalement une espèce de palmier.
D’un endroit, un mince filet de vapeur blanche s’élevait obliquement jusqu’à une grande hauteur et là s’éparpillait comme un duvet.
Nous entrions maintenant dans une large baie flanquée, de chaque côté, par un promontoire bas.
La plage était de sable d’un gris terne et formait un talus en pente rapide jusqu’à une arête haute de soixante ou soixante-dix pieds au-dessus de la mer et irrégulièrement garnie d’arbres et de broussailles. A mi-côte, se trouvait un espace carré, enclos de murs construits, comme je m’en rendis compte plus tard, en partie de corail et en partie de lave et de pierre ponce. Au-dessus de l’enclos se voyaient deux toits de chaume.

Un homme nous attendait, debout sur le rivage.
Il me sembla voir, de loin, d’autres créatures grotesques s’enfuir dans les broussailles, mais de près je n’en vis plus rien.
L’homme qui attendait avait une taille moyenne, une face négroïde, une bouche large et presque sans lèvres, des bras extrêmement longs et grêles, de grands pieds étroits et des jambes arquées. Il nous regardait venir, sa tête bestiale projetée en avant. Comme Montgomery et son compagnon, il était vêtu d’une blouse et d’un pantalon de serge bleue.

Quand les embarcations approchèrent, cet individu commença à courir en tous sens sur le rivage en faisant les plus grotesques contorsions.
Sur un ordre de Montgomery, les quatre hommes de la chaloupe se levèrent, avec des gestes singulièrement maladroits, et amenèrent les voiles.
Montgomery gouverna habilement dans une sorte de petit dock étroit creusé dans la grève, et juste assez long, à cette heure de la marée, pour abriter la chaloupe.

J’entendis les quilles racler le fond. Avec le gamelot, j’empêchai mon canot d’écraser le gouvernail de la chaloupe, et, détachant le cordage, j’abordai.
Les trois hommes emmaillotés se hissèrent hors de la chaloupe, et, avec les contorsions les plus gauches, se mirent immédiatement à décharger l’embarcation, aidés par l’homme du rivage qui était accouru les rejoindre.
Je fus particulièrement frappé par les curieux mouvements des jambes des trois matelots emmaillotés et bandés. Ces mouvements n’étaient ni raides ni gênés, mais défigurés d’une façon bizarre, comme si les jointures eussent été à l’envers.
Les chiens continuaient à tirer sur leurs chaînes et à gronder vers ces gens, tandis que l’homme aux cheveux blancs abordait en les maintenant.

Les trois créatures aux longs bustes échangeaient des sons étrangement gutturaux, et l’homme qui nous avait attendus sur la plage se mit à leur parler avec agitation – un dialecte inconnu de moi – au moment où ils mettaient la main sur quelques ballots entassés à l’arrière de la chaloupe.
J’avais entendu quelque part des sons semblables sans pouvoir me rappeler à quel endroit.

L’homme aux cheveux blancs, retenant avec peine ses chiens excités, criait des ordres dans le tapage de leurs aboiements.
Montgomery, après avoir enlevé le gouvernail, sauta à terre et se mit à diriger le déchargement.a
Après mon long jeûne et sous ce soleil brûlant ma tête nue, je me sentais trop faible pour offrir mon aide.

Soudain l’homme aux cheveux blancs parut se souvenir de ma présence et s’avança vers moi.
« Vous avez la mine de quelqu’un qui n’a pas déjeuné », dit-il.
Ses petits yeux brillaient, noirs, sous ses épais sourcils.
« Je vous fais mes excuses de n’y avoir pas pensé plus tôt… Maintenant vous êtes notre hôte, et nous allons essayer de vous mettre à l’aise, bien que vous n’ayez pas été invité, vous savez. »
Ses yeux vifs me regardaient bien en face.
« Montgomery me dit que vous êtes un homme instruit, monsieur Pendrick… que vous vous occupez de sciences. Puis-je vous demander de plus amples détails ? »
Je lui racontai comment j’avais étudié pendant quelques années au Collège Royal des Sciences et mené diverses recherches biologiques sous la direction de Huxley. A ces mots, il éleva légèrement les sourcils.
« Cela change peu de choses, monsieur Pendrick, dit-il, avec un léger respect dans le ton de ses paroles. Il se trouve que, nous aussi, nous sommes des biologistes. C’est ici une station biologique… en un certain sens. »
Ses yeux suivaient les êtres vêtus de blanc qui traînaient, sur des rouleaux, la cage du puma vers l’enclos.
« Nous sommes biologistes… Montgomery et moi, du moins », ajouta-t-il.
Puis, au bout d’un instant, il reprit :
« Je ne puis guère vous dire quand vous pourrez partir d’ici. Nous sommes en dehors de toute route connue. Nous ne voyons de navire que tous les douze ou quinze mois. »

 

(A suivre)

 

Script-quizz n°03
Bouquin-quizz n°41 bis

5 Responses to Bouquin-quizz n°41

  1. Véronique

    roman d’anticipation…..ce n’est pas le meilleur des mondes….;froid dans le dos….folie d’un médecin…

  2. Véronique

    Cet extrait aurait pu se trouver dans le script quizz….;et l’acteur….encore….Marlon Brando?

  3. Herbert

    Ne serait-ce pas le Jules Verne Anglais ? well well well, not easy !

  4. LECHAUVE Dominique

    Mort au docteur

  5. Thierry Poncet

    C’est donc Véronique qui aborde la première l’Île Du Docteur Moreau, de Herbert-Georges Wells, dans une traduction – un rien désuète à mon goût mais ça ne gâche rien – de Henry D. Davray.
    Un film en est tiré en 1933, considéré comme l’un des trésors du bon vieux cinoche en noir et blanc, sur la même étagère que King-Kong et Les Chasses Du Comte Zaroff. Il est réalisé par un certain Erle C Kenton – à qui on doit aussi des Frankestein et des Dracula. Y figure, outre Charles Laughton et Bela Lugosi, la troublante starlette Kathleen Burke dans un rôle non moins troublant de femme-panthère.
    En 96, Frankenheimer y est allé de sa version, dans laquelle, je cite Fred Jay Walk de l’excellent blog cinéphilique BlogDuWest2, « Marlon Brando cabotine en roue libre avec un vase sur la tête ».
    Dans ma bibliothèque, il est en vieux « Poche », accolé à La Machine A Explorer Le Temps. Mais on le trouve plus couramment en Folio – toujours dans la traduction de Davray.
    Alors bravo à Véronique qui, soit dit en passant, vient de coiffer tout le monde au poteau sur le Script-quizz 04. On se réveille, messieurs, on se réveille…

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