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Bouquin-quizz n°43

Publié par le 7 avril 2016

 

Bonjour à tous.
Voici un extrait de…
Je veux dire d’un roman de…
Non. Finalement, je ne vais pas vous l’indiquer. Ça vous amusera peut-être d’essayer de deviner.
Et si ça ne vous amuse pas, je vous conseille de le lire quand même. Ça vaut !

 

Le loquet de bois se souleva.
La porte s’ouvrit, et un grand vieillard voûté entra. Il était vêtu de coutil bleu, et il tenait un grand balai dans la main gauche.
George entra derrière lui, et derrière George, Lennie.
— Le patron vous attendait hier soir, dit le vieux. Il s’est foutu en rogne quand il a vu que vous n’étiez pas là ce matin.
Il tendit le bras droit et, de la manche, sortit un poignet rond comme un morceau de bois, mais sans main.
— Vous pourrez occuper ces deux lits, dit-il en montrant les deux lits près du poêle.

George s’approcha et jeta ses couvertures sur le sac de paille qui servait de matelas. Il regarda sa caisse-étagère et y prit une petite boîte en fer jaune.
— Hé, qu’est-ce que c’est que ça ?
— J’sais pas, dit le vieux.
— Ça dit « Destruction radicale des poux, cafards et autres vermines ». Qu’est-ce que c’est que ces foutus lits que vous nous donnez là ? On n’a pas envie d’attraper des morpions.
Le vieil homme à tout faire changea son balai de côté et le maintint entre son coude et sa hanche tout en avançant la main pour saisir la boîte.
Il examina soigneusement l’étiquette.
— J’vas vous dire…, dit-il finalement, le dernier type qu’a eu ce lit était forgeron… Un bon bougre, et on ne trouvait pas plus propre. Il se lavait les mains même après avoir mangé.
— Alors, comment ça se fait qu’il avait des poux ?
George sentait sa colère monter lentement.
Lennie posa son ballot sur le lit voisin et s’assit. Il regardait George, la bouche ouverte.
— J’vas vous dire, dit le vieux, ce forgeron – il s’appelait Whitey – c’était un de ces types qu’auraient mis partout de ce truc-là même s’il n’y avait pas eu de petites bêtes… Rien que pour plus de sûreté, vous comprenez ? J’vas vous dire ce qu’il avait l’habitude de faire : à table, il pelait ses pommes de terre bouillies, et il enlevait la plus petite tache. Et s’il y avait un point rouge sur un œuf, il fallait qu’il le gratte. Finalement, il est parti à cause de la nourriture. V’là le genre de type que c’était… propre. Le dimanche, il s’habillait toujours, même s’il n’allait nulle part, il mettait même une cravate, et puis il restait assis dans la chambre.
— J’suis pas sûr, dit George, sceptique. Pourquoi c’est-il qu’il est parti, vous avez dit ?
Le vieux mit la boîte jaune dans sa poche et frotta du poing sa joue mal rasée, hérissée de poils blancs.
— Ben… Il est parti… Simplement, comme ça, comme on fait… Il a dit que c’était la nourriture. Il avait envie de changer. Il a pas donné d’autre raison que la nourriture. Il a dit seulement un soir : « Donnez-moi ce qui m’est dû », comme on fait toujours.

George souleva son matelas et regarda dessous. Il se pencha au-dessus et inspecta la toile, soigneusement.
Sans plus tarder, Lennie se leva et fit la même chose à son lit.
Finalement, George sembla satisfait. Il déroula son ballot, posa ses affaires sur l’étagère, son rasoir, un morceau de savon, son peigne, un flacon de pilules, son liniment et un bracelet de cuir. Ensuite, il fit soigneusement son lit avec ses couvertures.

Le vieux dit :
— J’pense que l’patron va être ici dans une minute. Sûr qu’il était en rogne quand il n’vous a pas vus ce matin. Il s’est amené tout droit là où qu’on déjeunait, et il a dit : « Où qu’ils ont foutu le camp, les nouveaux ? » et il a engueulé le palefrenier, en plus.
George effaça un pli sur son lit, et s’assit.
— Il a engueulé le palefrenier ?
— Oui, j’vas vous dire, le palefrenier, c’est un nègre.
— Un nègre, hein ?
— Oui. Et un brave type. Il a le dos de travers, là où il a reçu un coup de pied de cheval. Le patron l’engueule quand il est en rogne. Mais le palefrenier s’en fout. Il lit tout le temps. Il a des livres dans sa chambre.
— Quel genre de type c’est-il, le patron ? demanda George.
— Oh, il est assez gentil. Il se fout en rogne, des fois, mais il est assez gentil. J’vas vous dire… Vous savez ce qu’il a fait à Noël ? Ben, il a apporté un gallon de whiskey, ici même, et il a dit : « Buvez un bon coup, les gars, y a qu’un Noël par an. »
— Sans blague ? Tout un gallon ?
— Comme j’vous le dis. Bon Dieu, qu’est-ce qu’on a rigolé ! On a laissé venir le nègre, ce soir-là. Y a un petit roulier, il s’appelle Smitty, il s’est mis après le nègre. Même qu’il s’en est assez bien tiré. Les gars n’lui ont pas laissé employer les pieds, alors c’est le nègre qui l’a eu. S’il avait pu se servir de ses pieds, Smitty a dit qu’il aurait tué le nègre. Les gars ont dit qu’à cause que le nègre avait le dos tordu, Smitty pourrait pas se servir de ses pieds.
Il s’arrêta pour savourer le souvenir.
— Après ça, tous les types sont allés faire la noce à Soledad. Moi, j’y suis pas allé. J’ai plus le goût à ça.

Lennie achevait de faire son lit.
Le loquet de la porte se souleva de nouveau et la porte s’ouvrit.
Un petit homme trapu se tenait sur le seuil. Il portait un pantalon de coutil bleu, une chemise de flanelle, un gilet noir déboutonné et un veston noir. Il tenait ses pouces dans sa ceinture, de chaque côté d’une boucle d’acier carrée. Il était coiffé d’un vieux feutre brun, et il portait des bottes à hauts talons avec des éperons, preuve qu’il n’était pas un journalier.
Le vieux lui jeta un regard rapide, et, traînant des pieds, se dirigea vers la porte en se frottant la barbe avec les poings.
— Ils viennent juste d’arriver, dit-il.
Il passa près du patron et sortit.

Le patron s’avança dans la chambre à petits pas pressés, comme un homme aux jambes trop grasses.
— J’ai écrit à Murray and Ready qu’il me fallait deux hommes ce matin. Vous avez vos cartes de travail ?
George chercha dans sa poche, en sortit les bons et les donna au patron.
— C’est pas la faute de Murray and Ready. J’vois là, écrit sur cette carte, que vous étiez supposés être ici ce matin, à temps pour travailler.
George regarda à ses pieds.
— Le conducteur de l’autobus nous a foutus dedans, dit-il. Il a fallu qu’on marche dix milles. Il a dit qu’on était rendus quand on l’était pas. On n’a pu trouver personne pour nous emmener, ce matin.
Le patron cligna des yeux.
— J’ai dû envoyer les chars à grain avec deux hommes de moins. Ça ne servirait à rien de partir maintenant. Vous attendrez après déjeuner.

Il sortit un carnet d’embauchage de sa poche et l’ouvrit là où un crayon séparait les feuilles.
George jeta à Lennie un regard sévère, et Lennie, d’un signe de tête, lui fit signe qu’il avait compris.
Le patron lécha son crayon.
— Comment t’appelles-tu ?
— George Milton.
— Et toi ?
— Il s’appelle Lennie Small.
Les noms furent cochés sur le carnet.
— Voyons, nous sommes le vingt… Midi, le vingt.
Il ferma le carnet.
— Où avez-vous travaillé, tous les deux ?
— Dans le nord, à Weed, dit George.
— Toi aussi ? (à Lennie).
— Oui, lui aussi, dit George.
Plaisamment, le patron montra Lennie du doigt.
— Il n’est pas très causant, hein ?
— Non, pas très, mais, pour ce qui est du travail, il en fout un coup. Fort comme un taureau.
Lennie se sourit à lui-même.
— Fort comme un taureau, répéta-t-il.
George lui jeta un regard sévère, et Lennie, confus, baissa la tête.

Le patron dit brusquement :
— Dis-moi, Small – Lennie leva la tête – qu’est-ce que tu sais faire ?
Affolé, Lennie, d’un coup d’œil, appela George à son secours.
— Il peut faire tout ce qu’on lui demande, dit George. Il sait conduire les mules, il peut porter des sacs de grain, manier un scarificateur. Il peut faire n’importe quoi. Vous n’avez qu’à essayer.
Le patron se tourna vers George.
— Alors, pourquoi ne le laisses-tu pas répondre ? Qu’est-ce que t’as donc derrière la tête ?
George s’écria d’une voix forte :
— Oh, j’dis pas qu’il soit intelligent. Ça non. Mais je dis que, pour l’ouvrage, il en fout un coup. Il peut soulever des charges de quatre cents livres.

Le patron, d’un air décidé, remit le carnet dans sa poche. Il fourra ses pouces dans sa ceinture et ferma presque un œil.
— Dis-moi un peu, qu’est-ce que tu vends ?
— Hein ?
— Je dis : combien d’argent as-tu mis sur ce gars-là ? Est-ce que tu lui prendrais sa paie, par hasard ?
— Bien sûr que non. Alors, vous vous figurez que je cherche à le vendre ?
— Dame, j’ai jamais vu un type s’intéresser autant à un autre. J’veux simplement savoir d’où vient ton intérêt.
George dit :
— C’est… mon cousin. J’ai promis à ma mère que je m’occuperais de lui. Il a reçu un coup de pied de cheval sur la tête quand il était gosse. Il est comme tout le monde. Seulement, il est pas intelligent. Mais il peut faire tout ce qu’on lui demande.

Le patron se tourna à demi.
— Dieu sait qu’on n’a pas besoin d’être malin pour porter des sacs d’orge… Mais essaie pas de me rouler, Milton. J’t’ai à l’œil. Pourquoi c’est-il que vous êtes partis de Weed ?
— L’ouvrage était fini, dit George rapidement.
— Quel genre d’ouvrage ?
— On… On creusait un puisard.
— Ça va. Mais essaie pas de me rouler, parce que j’me laisse pas faire. J’ai vu des malins avant toi. Après déjeuner vous irez travailler au grain. On ramasse l’orge aux batteuses. Vous partirez avec l’équipe de Slim.
— Slim ?
— Oui. Un grand roulier. Tu le verras au déjeuner.
Il fit demi-tour brusquement et se dirigea vers la porte, mais, avant de sortir, il se retourna et fixa longuement les deux hommes.

Quand le bruit de ses pas se fut éloigné, George se tourna vers Lennie.
— J’croyais que tu ne dirais pas un mot. J’croyais que t’allais fermer ta trappe et me laisser le soin de parler. Pour un peu on perdait notre place.
Lennie, navré, regardait ses mains.
— J’ai oublié, George.
— Oui, t’as oublié. T’oublies toujours, et il faut que je te tire d’affaire…
Il se laissa tomber lourdement sur son lit.
— Maintenant, il nous a à l’œil. Maintenant, il va falloir faire attention à ne pas faire de gaffe. Tu vas fermer ta trappe, après ça ?
Il s’absorba dans un silence mélancolique.

— George ?
— Qu’est-ce que tu veux, encore ?
— J’ai jamais reçu de coup de pied sur la tête, dis, George ?
— Ça vaudrait bougrement mieux si t’en avais reçu un, dit George méchamment. Ça épargnerait bien des emmerdements à tout le monde.

 

(A suivre)

 

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3 Responses to Bouquin-quizz n°43

  1. Véronique

    George et Lennie ,deux journaliers ….Trop facile….Au cinéma avec J.Malkovitch et celui qui fait « les experts de Manhattan….Un costaud simplet qui aime les petites bêtes….Un super livre d’un grand auteur….

  2. LECHAUVE Dominique

    des mulots et des mecs, je crois que le titre ressemble à ça

  3. Thierry Poncet

    OK… OK… Des Souris Et Des Hommes, Of Mice And Men, John Steinbeck, 1937, dans une traduction de Maurice-Edgar Coindreau établie en 1955, trouvable dans toute bonne librairie en Folio, avec, en couverture, une illustration tirée d’une toile du grand Thomas Hart Benton, dit plus couramment Tom Benton.
    Trop facile, hein ?
    On va voir ce que vous direz du prochain Bouquin-Quizz…

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