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L’ami américain de Zykë

Publié par le 24 avril 2024

 

Aujourd’hui, potesses et poteaux, c’est Eddy qui vous offre le texte qui suit. Eddy, ce n’est pas n’importe qui sur ce blog. Il en fut un des premiers habitués, toujours prêt pour un petit commentaire élogieux dans les coins ! En mai 2014, il m’a fait parvenir une photo du Julie’s, un établissement que fréquentait Zykë pendant ses aventures cocaïno-pokeristes. Elle est toujours en ligne, ici : https://blog.thierryponcet.net/2014/11/aux-lecteurs-zyke-2.html. Aujourd’hui, c’est au Costa Rica que le bougre nous emmène, pour un périple à Osa, sur les terres mêmes de l’aventure d’Oro. Merci Eddy et bonne lecture à tous !

 

J’ai rencontré Wayne d’Oro !

Plus de quatre-vingts printemps, le Monsieur. On n’a pas fait un foot mais c’était tout de même quelques heures bien sympas avec souvenirs et objets du passé.

Je m’appelle Eddy. Ça fait deux mois que je suis en Amérique Latine. J’ai commencé ce voyage en Colombie et je remonte en direction de San José. Lecteur de Zykë et d’Oro en particulier, passer par Osa m est venu naturellement. Mais rencontrer Wayne, un des copains de « Don Juan Carlos » a été une excellente surprise.

Zyke, je l’ai lu pour la première fois il y a dix ans.
À l’ époque je partais pour le Canada, direction Toronto. Deux potes y avaient un appart en plein centre avec une place sur le canapé du salon et moi un Visa Working Holiday en poche.
Deux jours avant mon départ je suis allé à la librairie de la galerie marchande du Decathlon de Bron, en banlieue lyonnaise, là d’où je viens. J’ai demandé au libraire des autobiographies sur le thème de l’ aventure et du voyage. Le type m’a vendu « Avant la dernière ligne droite » de Patrice Franceschi (Arthaud) et « Parodie » de Cizia Zykë.
– Vous allez voir, on le surnomme le dernier aventurier des temps modernes, vous n’allez pas être déçu !
Ne me demandez pas de choisir entre ces deux auteurs, mais le fait de plonger dans les pages de Parodie à Toronto, sur les lieux mêmes de l’aventure, rajoutait un sacré charme à la lecture !
Les descriptions de Zykë sont précises. Au guidon de mon vélo dans les rues de ce New-York canadien, je me suis mis à suivre et ses traces. Et ça m’a plu. Le côté investigation était très prenant et je pense avoir visité des quartiers que je n’ aurais pas connus si je ne m’étais pas livré à cette « enquête ».

À l’époque j’avais contacté Thierry Poncet via son blog. Bien sympa il m’avait répondu, nous avions échangé sur Zyke, son aventure avec lui et aussi mes trouvailles à Toronto. Thierry en avait même fait un article.

Çela fait donc plus de deux mois que je remonte l’ Amérique Latine. Après plusieurs semaines en Colombie , j’ai remonté le Panama, puis je suis rentré au Costa Rica par Paso Canoa pour rejoindre San José d’ où décollera mon avion de retour pour l’ Europe.

Ce n’était pas le plan de base. Une fois à Leticia, en Amazonie colombienne je voulais faire une croisière sur le fleuve pour rejoindre Iquitos puis Lima et faire ainsi une boucle dans le sud de cette partie du globe. Rien de plus simple : il suffit de prendre une barque et de traverser le fleuve Amazone pour rejoindre le poste frontière de Santa Rosa. Ça aurait été mon deuxième voyage au Pérou. Je m’y étais rendu quelques jours en 2008. Et c’est là que le sort s’en mêle car, quand je suis sorti du pays à l’aéroport de Lima cette nuit de 2008, l’immigration a mal fait son boulot et il n’y a pas de trace de ma sortie !
L’agent de migration n’ose pas me dire le montant de l’amende due à cette illégalité tellement il doit être exubérant. En colons, ça doit chiffrer en milliards !
Il n’y doit pas y avoir beaucoup de clandestins français au Pérou. Okay, je suis très fier d’en être. Mais en rentrant je devrais régler cette affaire. Pour le moment, ce n’est pas ma priorité. Je dois d’ abord décider de comment rebondir dans mon voyage car l’entrée au Pérou m’est évidemment refusée. Sur le coup, je flippe. Je redoute que le type me demande de régler ce quiproquo de suite et garde mon passeport en otage. Je suis soulagé quand il se contente de me suggérer vivement de régulariser ce patacaisse une fois de retour au bercail et me laisse repartir.

Heureusement, le prix des vols pour Bogota ne fluctue plus. Je décide de remonter sur la capitale colombienne pour accéder à un plus grand aéroport. J’aurais pu prendre un bateau dans le sens du courant direction Manaus. L’aventure était tentante. Mais, vérification faite, le passage est hors de prix. En plus, la traversée est longue. J’ai visité les bateaux qui font le trajet. C’est pas dégueu mais le Formule 1 de ma banlieue a meilleure mine.
Budget, divers récits d’autres voyageurs, feeling… j’ ai décidé de mettre le cap au nord.
Voilà comment je me suis trouvé à rejoindre San José en quatre semaines en traversant le Panama.

Osa !

Oui, Osa. La péninsule d’Osa.
La première fois que j’ai fini Oro, je serais parti le lendemain pour Osa !

Lecteur : si tu te reconnais dans ces lignes, si toi aussi tu t’es senti une âme de chercheur d’or à la lecture d’Oro, eh bien… Oublie !

D’abord le minage est devenu illégal. Le gouvernement costaricain ne veut plus abîmer la nature pour de l’or. Depuis 1986, c’est totalement interdit dans le parc National Corcovado.
Comme Zykë l’explique, l’or se déplace avec les alluvions des rivières et des fleuves. Ainsi les mineurs commencent par un travail de terrassier. Ils modifient le tracé du cours d’eau pour accéder au lit. Ensuite, ils creusent jusqu’ à un certain niveau car l’or n est pas en surface. Et là, ils créent un entonnoir pour que toute la matière aille dans la canoa, cette caisse à trois côtés. Les grosses pierres sont enlevées à la main, les moyennes roulent avec le courant et l’or, plus lourd par sa densité se voit coincé dans le faux gazon coincé sous des grilles, elles-mêmes coincées par des chevilles en métal.
Ensuite, il faut sortir la canoa de l’eau puis vider ce tapis synthétique dans la bâtée pour encore affiner la recherche. Un mouvement circulaire fait rentrer l’eau d’un côté et sortir la matière recueillie de l’ autre. Vingt minutes et trois cents tours plus tard de gestes de plus en plus minutieux, les paillettes d’or se montrent enfin.

Un matin, mon nouveau pote orpailleur Johnny me montre sa récolte. Tout ça pour ça ! Alors d’accord on est dans la nature et on n’ a pas de chef au dessus des épaules. Mais putain faut en vouloir. Tout ce travail pour si peu d’ or. Certes, de par son prix au kilo, même ces faibles quantités permettent d’amortir sa journée. Mais parce que c’est l Amérique du Sud. En Europe, les oreros ne survivaient pas. Ceux que j’ ai rencontré travaillent sur le Rio Tigre. Bien avant le parc. C’est une zone tolérée, ils ne sont pas dans l’illégalité. Tu m étonnes : vu les faibles quantités qu’ils sortent, l’état préfère les laisser vivoter.

La mine de Zykë.

Comme précisé dans le bouquin c’est dans un hameau appelé Rancho Quemado. Il y a une navette qui fait les aller retour de La Palma à Drake quasiment tous les jours. Sans ça, la population rurale et modeste de la péninsule serait encore plus isolée.
La piste est bien entretenue. Ce n’est plus aussi difficile que dans les années 80. On traverse d’abord le hameau de Vanegas puis on arrive au village.
– Tiens, des chevaux, des vaches. C’est peut être ça chez « Demesio » ?

Le patelin est tout aussi propre que la piste et respire la tranquillité. Comme toujours il y a un terrain de foot, une église, une pulperia et c’est à peu prêt tout. Les locaux ont organisé un circuit touristique assez classique comprenant logements, restaurants et activités sous forme de regroupement avec le petit logo qui va bien.
Bien sûr tout le monde se connaît. C’est en choisissant mon logement que j’ai facilement obtenu le numéro de Juan, l’actuel exploitant de la mine. En fait, il a une autorisation de miner mais dans le cadre d une visite touristique. Comme l’or en paillettes est très présent on impressionne facilement le chaland mais pour les émotions fortes, bien-sûr, c’est trop tard : la défense de l’environnement est passé par là.

Dès que j’ ai l ‘occasion je me renseigne sur la mine. Tous connaissent son histoire, pas forcément dans le détail mais tout le monde me confirme que c’est le site original. Il faut sortir du village, passer le pont puis prendre une autre piste sur trois kilomètres.
Je m’y dirige. Me voilà sur la piste de la mine. Un casado et deux couples d’aras font un raffut pas possible. Une moto avec son pilote et un passager passe dans mon sens. Cinq minutes plus tard, je revois cette même moto mais avec seulement son pilote qui s’arrête à ma hauteur.
– Buenos Dias. Estas Eddy, verdad ?
– Si, estoy!
– Estaba seguro!  Llamo Juan ! Vamos…

Une fois arrivés à la mine Juan m’explique qu’on s’était déjà croisés et même parlés à La Palma, le matin même. Sur le moment, il ne m’a pas sollicité – par politesse ou pudeur, je suppose. Quand il m’a vu marcher, il a fait le rapprochement. Certes, il y a plus de touristes qu’à l’époque d’Oro, mais un gringo qui traîne seul en bord de cette piste, ça ne pouvait être que moi !

Il y a de très beaux arbres et de très belles plantes, le tout très bien entretenu. Juan m’explique que c’est sa femme qui s’en occupe.
Entre mon imagination et les quarante années qui nous séparent du récit de Zykë, les choses ont changé.
Tout de suite je rentre dans le vif du sujet et parle de Oro à Juan. Un large sourire se lit sur son visage. Je ne suis pas le premier qui vient là en connaissance de cause. Il a toujours plaisir à rencontrer des personnes qui s’intéressent à l’histoire de sa mine. Il m’offre un café et me propose de m’emmener visiter les lieux.
Comment refuser !
Nous nous dirigeons vers un bâtiment carré. Juan me dit que nous sommes dans la cuisine, que c’est bien celle de l’époque de « Zykia », comme il l’appelle.
C’est une salle carrée. Les parties « four » et « lavabos » sont plus basses que le reste de la pièce. Un petit mur d’une cinquantaine de centimètres en fait le tour. Du grillage épais en guise de mur. Une charpente apparente en poutre et de la tôle ondulée en guise de toit.

Putain, pas de doute : c’est la cuisine de la mine !
Par contre, je ne les distingue pas le reste des bâtiments. Zykë explique pourtant dans son livre qu’il a mené de grands travaux et a pas mal bétonné sur la deuxième partie de l’exploitation. Juan tache de me projeter dans l’espace :
– Aqui… Y aqui…
Je reste désorienté. Il me montre du doigt plusieurs directions, mais je ne distingue que des arbres et de la jungle.

Je vois pour la première fois une canoa. Il m’en montre une deuxième. Elles ont la même taille. L’ une est en bois avec des rigoles et des trous. L’autre est en tôle, avec le faux gazon au fond. Juan affirme qu’elle est là depuis l’époque de Zyke. Qu’au départ, ils utilisaient celle en bois mais que Zykë fait partie de ces chercheurs d’or qui ont amélioré les techniques, et qu’ensuite, avec son équipe, ils en utilisait une beaucoup plus grosse.
– Vamos…
En effet, après deux minutes de marche on rejoint une petite quebrada avec un trou d un mètre de profondeur, là où mon hôte prospecte ces derniers temps. Juste à côté repose une canoa énorme. Rouillée, remplie de feuilles mortes, elle est bien là depuis pas mal de printemps.

Juan m’emmène ensuite dans la zone où il présente aux groupes de touristes organisés le travail artisanal du mineur d’or de la péninsule d’Osa. De Rancho Quemado !
Hélas, le trou que Zykë exploitait depuis son rocking-chair, colt en main est plus loin dans la jungle. La végétation a largement repoussé depuis et il n’est plus accessible.

J’apprends alors qu’après le départ du « Frances », ses ex associés (dont je connaîtrais alors les vrais noms) ont continué à exploiter la mine. Il faudrait retrouver un des membres de la bande conservant le souvenir exact des lieux pour se repérer dans la luxuriance de la jungle qui a repris ces droits. En fin de compte, ce qui reste de nos jours n est pas à l’échelle du bouquin ni des rêves qu’il a fait naître. Les restrictions légales et l’exploitation touristique ont réduit la taille de la mine.
Si comme moi vous avez la chance d’ y aller, n’espérez pas plonger visuellement dans Oro. Quarante années sont passées.
Par contre, ce qu’il reste, c’est les anecdotes. Et croyez-moi : elles sont encore bien ancrées dans les mémoires.

René, un membre de l’équipe.

C’est René M. , un habitant du hameau qui a travaillé à la mine qui les connaît le mieux. En fait lui, il était de Drake et montait déjà sur Rancho Quemado pour y bosser puis a fini dans la mine de Zykë. Mais il n’est pas resté.
Il m ‘explique que le jour où ils se sont tous rasé le crâne, lui n’ a pas voulu. C’est pour ça qu il est parti.
Si ce n’est pas de l’authenticité ça !

Le premier souvenir qui lui vient à l’esprit, c’est le moment où Zykë a tué le cheval de Barbajora. Il rigole. Il est très sympathique et je vois que remonter dans sa mémoire de cette époque le fait souvent sourire. C’était dur, il n’ a pas aimé ce travail mais ça a été une période plutôt hors du commun dans sa carrière. Hélas, mon niveau d’espagnol disons intermédiaire ne me permet pas de tout comprendre.

Je rencontre également un des doyens du village. Il a fondé ce hameau. C’est sa fille qui m’a invité a le rencontrer. Ce brave Monsieur a enfants, petits enfants et arrières petits enfants. Je comprend tout de suite que les responsabilités ne l’ont jamais effrayé et c’est avec beaucoup de respect pour cette personne que je m’assois comme il m’y invite, pour un petit tour dans le passé.
Lui, il en garde pas de bon souvenirs de la mine, de cette époque. Il se rappelle de francs tireurs qui surveillaient les alentours et qui tuaient toutes les bêtes sur leur passage. Zykë en parle dans le bouquin.
Je comprends. Même quarante ans plus tôt, les méthodes employées n’étaient déjà pas en phase avec la culture Costa Ricaine, sa relation avec la nature, la faune et la flore. Ça ne pouvait pas cohabiter. Ça ne concernait pas que la mine de Zykë mais ce qui s’est passé à Rancho Quemado était un niveau de barbarie et d’immoralité encore au dessus de ce qui se faisait dans ces montagnes de la péninsule.
D’ailleurs, le livre est interdit au Costa Rica. Pour immoralité justement.
On se rappelle de la lettre de l’ambassadeur lu par Pivot sur le plateau d’Apostrophes.
On est d’accord, les associés de ce diable de « Don Juan Carlos », pourtant eux même costa-ricains, n’en avaient que faire de la morale et de l’écologie. Eux aussi ont finalement dû céder à la population locale qui a fait ses choix face à l’exploitation aurifère. D’ ailleurs, Wayne, (qui en fait s’appelle Patrick, ce que les plus intéressés savaient déjà) me dira que l’ un de ces loustics a carrément fui en Suisse pour éviter la prison, des années plus tard !

Alias Wayne.

Quand je suis arrivé à Golfito, en bus, depuis Paso Canoa, je me suis d’abord rendu dans une maison d’hôte. Bonne note, bon prix, j’ai pris une chambre pour une nuit en me disant puis qu’après on verra.
J’arrive donc chez T. et C. Elle est originaire de Golfito, lui est un Français de Marseille. Jeunes retraités dont les enfants sont partis de la maison, ils se retrouvent avec une ou deux chambres libres à l’étage et ne crachent pas sur un petit complément de revenus.
C., un beau jour, est passé par Golfito. Il a rencontré T. Il est resté. Ils se sont mariés. Après avoir travaillé pendant des années dans leur restaurant, il fait désormais l’intermédiaire entre les pêcheurs et les restaurateurs.
Il me demande ce que je fais dans le coin. Je lui raconte mon voyage et pourquoi j’ai fait le détour par Osa.
– Tu me parles du livre de Seza , Sisa … le français des années 80 ?
– Oui c est ça. Cizia Zykë.
– Et ben faut tu rencontres Patrick. Tout le monde le connaît. Demande à n’importe quel taxi, il t’y emmènera. En plus, tu verras, c’est super joli.
– Nickel, j’ ai hâte.
Je récupère une carte sim locale, je monte dans le premier bus qui passe.

Arrivant à l’endroit indiqué, je repère sur ma droite quelques casitas réunies dans la même propriété. Je sens que c’est là. Juste à côté un groupe d’ados joue au foot. J’appelle l’un d’eux.
– Disculpe, conoces Patrick ?
Sans hésitation, il me montre du doigt le terrain que je viens de passer. Ma première intuition était la bonne.
Un homme brûle des mauvaises herbes dans le jardin. Je l’interpelle et sans même me comprendre il me montre du doigt un chemin à travers les buissons pour pouvoir le rejoindre.
C’est Luis, voisin et pote de Patrick, et aussi son homme à tout faire. Il me confirme que je suis au bon endroit mais que malheureusement « el señor Patrick » est à San José jusqu’à lundi.
Nous sommes Mardi.
Merde.
Ma première réaction est de lui écrire un mot pour lui communiquer mon tel. Puis je me dis que ça ne me coûte rien de demander directement le numéro de Patrick. Je sens Luis hésitant mais il me fait finalement confiance. J’écris donc un message à Patrick.
Je n’ai pas attendu longtemps. Le type me répond quinze minutes plus tard pour me dire qu’il souhaite me parler. À ce moment là je ne sais pas que c’est un gars super sympa. C. me l’a décrit comme tel mais après tout, je débarque chez lui, je remue le passé, ça aurait pu être une mauvaise idée.
Pas du tout. Par message nous convenons d’un rendez-vous téléphonique.
Putain trop bien !

Alors que je remonte en direction de mon chez moi d un soir, je repère l’hôtel Delfina sur le plan. Le fameux seul hôtel de l’époque, selon Zykë.
Allons voir…
En fait, l’établissement n’existe plus. C’est une boutique en bas, des logements à l’étage. Il a même été rénové. Mais des voisins me le confirment : c’était bien là l hôtel Delfina. Juste en face se trouve la Bomba, le bar historique du village. Sûrement le café miteux ou Zykë et Diane ont passé leur soirée. En fait, le coin ne fait toujours pas rêver, même quarante ans plus tard.

Le soir, je mange chez mes hôtes. On parle de Golfito, de Osa, des oreros…
Golfito est né de la culture des bananes. J’en reparlerai avec Patrick qui m’expliquera comment les compagnies fruitières ont détruit l’environnement pour leurs plantations. Comment, aussi, au cours de leurs défrichements sauvages, ils ont trouvé nombre de cimetières précolombiens. Résultat : un pillage en règle !
Au début des années 80 les compagnies se sont barrées et ont laissé les gens sur le carreau. Beaucoup d’entre eux avaient entendu parler de l’or d’Osa. La deuxième fièvre de l’or de la région date de cette époque.

Ce soir-là, football. Le Costa Rica joue contre l’ Argentine en match amical. Le coup d’envoi est à vingt-et-une heures. Nickel : j’ ai le temps de parler à Patrick.
C’est un mec dynamique que j’ai au bout du fil. Malgré mon bon niveau d’anglais, je ne comprends pas tout car il parle vite avec un accent parfois fort. Malgré tout, l’accueil est positif. Il souhaite me rencontrer. Il est sur San José pour revendre à un Mexicain de l’ argent pur ! Ok, Wayne est toujours dans les affaires…
En attendant il me donne un contact qui pourrait me permettre de rencontrer des oreros. C’est S., un pote à lui, un Allemand qui lui aussi vit autour de l’ or sur la péninsule depuis plus de 40 ans.
Plus tard, je fais le rapprochement et je pense au personnage de Hans dans le livre. Tout correspond, apparemment. Mais lorsque que je le rencontrerai nous conclurons que ce n’ est pas lui.
Je suis hyper content et enthousiaste. Tout se goupille bien, J’ai hâte de prendre le bateau le lendemain pour la péninsule.

Puerto Jimenez.

C’est marrant cette impression de connaître un endroit sans jamais y être allé. Seulement pour l’avoir imaginé au fil des lignes d’un livre. J’ai l’impression de reconnaître, d’avoir des repères.
L’arrivée à Puerto Jimenez a changé, comme tout le reste. Il y a maintenant un quai d’amarrage et on remonte du bateau sur une plateforme au moyen d’un escalier circulaire.
Je cherche le Rancho de Oro, « en retrait sur la plage ». J’apprendrai plus tard où il se trouvait.  Il a fermé il y a belle lurette. En fait à l’époque il n’y avait pas d’hôtels à Puerto Jimenez alors comme le Rancho était ouvert 24/24 et sur le port, c’était là que les mecs tuaient le temps avant les premières navettes.
Il y a quelque chose qui ne m aidera pas : c’est le week-end de la Semana Santa et le service réduit des collectivos conditionne les déplacements. Je me renseigne pour louer une moto mais c’est hors budget. Tant pis, je ferai avec les bus. C’est comme ça que choisis de commencer par Rancho Quemado comme je l’ai déjà raconté. Et qu’ensuite je suis allé à Drake, cette baie que Zyke décrit comme magnifique.

Drake.

À nouveau des gringos à la pelle, dont beaucoup d’allemands. Je réalise à quel point le tourisme a pris le dessus sur l’or, ainsi que Patrick m’en avait prévenu.
J’y passe deux nuits.
Zyke et Diane y ont séjourné avant de se séparer. La description est précise alors je cherche l’endroit « coincé entre l’océan et le rio », que je trouve facilement sur Google-maps. En pénétrant par les jardins je tombe sur une fontaine d’eau claire. LA fontaine. Ç’est là, c est sûr. J’aperçois le bar et je vais me présenter. La barmaid sort de son tiktok et de son ennui pour me confirmer l’existence d’une plaque commémorative du célèbre corsaire et m’invite à aller la voir de plus près. Tout est comme dans le livre. Et c’est vrai que c’est hyper beau.
De nos jours, ce ne sont plus simplement quelques cabanes mais tout un resort, ensemble de petites maisons en dur, de couleur rouge, où séjournent des européens qui ont les moyens.
Je me dis que les actuels propriétaires connaissent sûrement l’histoire récente du lieu. Je n’avais pas pensé à que ce pourrait être toujours la même famille. Je rencontre le petit fils et la fille de ce brave monsieur qui avait vu en Zykë un acheteur potentiel – et un sacré opportuniste.
Comme chez le doyen de Rancho Quemado, les souvenirs sont parfois des blessures. En fait, si la dame connaît l’existence du livre, on ne lui en a pas fait une belle description. Elle considère que la tentative d’entourloupe décrite par Zykë salit l’image de son père. Cependant, c’est une femme intelligente. Elle n’ est pas dans le déni. Elle admet que son paternel voulait alors absolument vendre son bien et que ça pouvait le rendre crédule. Elle ne regrette pas d’avoir dissuadé son père de vendre et elle a bien raison. En terme de valeur, le patrimoine familial a fait des petits. Quant à l’attachement sentimental, ça n’a pas de valeur à ses yeux.

Notre discussion sur le bouquin, sur mon périple et sur ses envies de voyage en Europe – et peut-être aussi mon capital sympathie ! – lui donnent envie de m’offrir un refresco natural tiré des fruits de son jardin. Le meilleur que j’ ai bu de ce voyage.

Le lendemain, je me rends à la plage de Sanjuancito pour participer à un festival local qui a fait un beau flop ce dimanche là. Un barbecue et une noix de coco plus tard, je décide d’entreprendre les trois heures de trek entre jungle et plage pour retourner sur Drake. En chemin, noix de coco en main, je croise des cappuccinos, ces petits singes noirs à tête blanche. J’en avais déjà vu sur Puerto Jimenez. Ils sont impressionnants d’agilité. Si la majorité poursuit son chemin, l’un d’entre eux se retourne et se met à gémir. Franchement, seul dans la jungle, je ne lui ai pas proposé un selfie. J’ai jeté le bout de noix de coco et j’ai accéléré le pas fissa !
Comme disait l’ autre : courage fuyons !!!
Ces petits malins savent ouvrir les sacs et sont de vrais piqueurs. Un couple de Français m’a raconté s’être fait voler une sacoche qui par chance s’est accrochée à une racine pendant la fuite du détrousseur, ce qui leur a permis de la récupérer.

Ma rencontre avec Patrick.

Patrick / Wayne est revenu chez lui et a repris contact avec moi. De toutes façons, est temps de me rapprocher de Golfito pour ensuite rejoindre San José car la date de mon vol de retour se rapproche.
Le lundi, je rencontre S. l’ami de Patrick. Il doit se rendre à Puerto Jimenez pour ses besoins, paperasses et santé, et en profiter pour boire un café. Il me donne rendez-vous à huit heures trente pour le partager avec lui. Du coup, j’ ai dû me lever à quatre heures pour trois plombes en tout de busitos et de navette pour regagner Puerto Jiménez. C’est aussi ça le voyage, des journées qui commencent à point d’heure. Ça aussi correspond avec le livre : le rythme des journées calé sur celui du soleil : lever très tôt, coucher tôt également.
Mais ça valait le coup car S. me montre des pépites de dix et douze grammes. C’est pas gros mais ce n’est plus de la paillette. Et au prix du moment ça commence à faire une petite somme.

C’est toujours grâce à S. que je rejoins, pour une dernière nuit avant de partir, Dos Brazos et le Rio Tigre. Je rencontre des oreros en plein travail. Je partage les fruits que j’ai apportés. Bon souvenir. J’aurais plaisir à les revoir si j’ ai l’occasion de retourner dans le coin.

Je prends le bateau de huit heures moins le quart, ce qui me laisse le temps d’acheter le petit déj’ avant d’aller chez Patrick et prendre mon bus ensuite. Il m’a dit qu’il serait chez lui toute la semaine, que je peux passer quand je voudrais.
Si à l’ époque d’Oro, les barques mettaient deux heures entre Golfito et Puerto Jimenez, de nos jours, le bateau qui assure la navette est propulsé par deux moteurs de 250 chevaux chacun. Le trajet dure à peine trente minutes.

Patrick m avait parlé de la vidéo faite sur lui et les chercheurs d’or de la péninsule. J’avais donc une image du personnage. Et puis j’avais aussi la photo WhatsApp où il est dans son kayak avec son chien. Sa passion. Il se lève à deux plombes du matin et remonte des fleuves. Il y a des gens comme lui, c’est leur corps qui les arrêteront, sûrement pas leur motivation et encore moins leur état d’esprit positif.

Il loue une petite maisonnette très sommaire mais bien organisée. Des photos souvenirs partout. C’est un ancien militaire, je confirme. Mais c’est sa toute jeunesse, il a depuis passé plus de temps dans la jungle d’Osa que sous l’ uniforme de l’ armée américaine.
Il s’intéresse à l’ histoire du débarquement sur les plages françaises et il possède tout un tas de drapeaux que l’on voit dans les cérémonies commémoratives. Trois machettes dans leurs belles housses en cuir. Un bureau où sont étalés bouquins et papiers. Deux d’entre eux portent la signature de Zykë. À l’époque ils avaient rédigé dans la jungle une sorte contrat de vente portant sur des objets, le lecteur cassette, des chevaux et d’autres trucs.
Je ne saisis pas trop l’intérêt d’officialiser ce genre de transaction. Dans mon imaginaire tout se faisait comme ça, sans trace. « Sans papelards » comme aurait dit Zykë. Patrick m’explique qu’il procédait comme ça autant que possible. Je pense que c’est un homme qui ne cherche pas l’illégalité – même si cela a dû lui arriver de « déborder » un petit peu.

Il me montre des dizaines de fiches de transactions d’or qu’il garde précieusement. Et aussi des photos d’objets de cimetières précolombiens.
Il achetait et revendait aux mineurs ce dont ils avaient besoin. En fait il était le lien entre les oreros et leurs familles, le monde extérieur aux montagnes du parc du Corcovado. Ce rôle l’a couvert et a assuré sa sécurité. Ils étaient perdants de faire du mal à Patrick.
Il me parle de Zykë :
– He was definitly a character !
Il le décrit comme un personnage charismatique qui attirait l’attention. Prêt à tout, il ne reculait pas.
Visiblement, ça lui fait plaisir de revenir sur ces souvenirs. J’ai une liseuse avec moi. Par mots clés je trouve et lui raconte les passages où il intervient. Je pense que les dialogues sont importants dans une histoire. Ceux de Oro sont souvent marrants mais les échanges avec « Wayne » sont cruciaux.
Nous regardons aussi des extraits de vidéos de Zykë, que Patrick n’a pas revu depuis toutes ces années.
Il me parlé de ces enfants, de sa fille, championne de boxe. Il a envie de voyages. Nicaragua, Cuba qu’il a adoré… Mais aussi l’Europe. Il n’a pas les moyens du président de son pays d’origine pour voyager facilement mais tout ce qu’il pourra encore croquer dans cette vie, à mon avis, il ne se gênera pas.

Si vous voulez en savoir plus sur lui (et comme il me l’a autorisé), taper Patrick O’Connell the GoldWalker Osa. Vous trouverez une vidéo.

Les minutes passent vite et je ne veux pas abuser de sa disponibilité. On se serre la main de bon cœur et on se promet de s’envoyer des nouvelles. J’aimerai lui faire parvenir un exemplaire d’Oro en anglais. Et l’autobiographie de Che Guevara, qu’il m’a demandée.

Même si la promenade fut, dans mon cas, plus pour le jeu de l’investigation qu’une forme de fanatisme « zykëien » (car le personnage peut être controversé et je le comprends) je suis heureux d’avoir passé cette semaine dans la péninsule, un endroit qui mérite le détour pour sa nature, les animaux et l’accueil des Ticos.
Ce fut également pour moi un retour sur cette motivation qu’Oro m’a procuré. Ce livre a mis un tas de gens sur la route, moi compris.

Et voilà comment j ai cherché de l’or à Rancho Quemado et rencontré Wayne, l’ami américain d’Oro.

Eddy.

 

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