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La noyade – 01

Publié par le 8 avril 2017

 

Il y a quelques années, un jeune producteur, apprenant que j’avais vécu au Maroc, me commanda un « script du genre téléfilm » qui se serait déroulé là-bas, pas cher, avec un minimum de personnages.
— Mais, t’vois, une histoire forte, t’vois, qui parle aux gens, quwa, t’vois ?.
Je pondis en quinze jours le petit drame sympa de 90 mns qui suit. Le con préféra investir son fric dans un documentaire sur un patron de pêche. Il y perdit sa chemise, ses chaussettes et son slip. Bien fait…

 

Séquence 1 :

Sous l’eau.

Deux jeunes filles, Heidi la blonde et sa copine Leïla la brune, évoluent en apnée au-dessus d’un fond rocheux.

Heidi fait signe à Leïla qu’elle va regarder un creux de roche plus bas. Leïla, à bout de souffle lui répond négativement et file vers la surface.

Leïla émerge.

Soleil éblouissant. Mer bleue.

Elle reprend son souffle. Puis, réalisant que le temps se fait long sans qu’Heidi ne réapparaisse, elle commence à s’inquiéter.

Leïla :
Heidi ?… (juron en arabe)… Qu’est-ce qu’elle fait ?…

Elle plonge la tête sous l’eau pour tenter de la voir, ressort, examine les alentours.

Leïla :
HEIDI !

Soudain happée par le bas, elle coule en poussant un cri noyé par la tasse qu’elle boit.

Elle réapparait, toussant et crachant.
Derrière elle, Heidi saute comme un bouchon hors de l’eau en riant.

Faussement fâchée, Leïla éclabousse Heidi, qui lui rend la pareille. Elles rient.

Leïla (essoufflée) :
Ma parole mais comment tu fais pour tenir si longtemps ?

Heidi :
C’est l’entraînement. Allez, viens, je suis fatiguée…

 

Séquence 2 :

Dans le patio intérieur très fleuri de la maison de Marjolaine, la petite chienne Bibine batifole.

Marjolaine est une belle femme blonde d’une cinquantaine d’années, d’allure baba-cool, en paréo.

Elle se tient tapie derrière un massif de plantes, dans une attitude inquiétante de chasseur à l’affût.

Marjolaine se précipite sur la petite chienne, l’attrape et la brandit en l’air. Bibine hurle.

Marjolaine :
Taïaut !… Je te tiens, salope !

 

Séquence 3 :

Plage de sable semée d’agaves, devant l’océan.
On s’approche de deux filles allongées au soleil. L’une est Heidi, nue. L’autre Leïla, plus pudique, en maillot de bain une pièce.

Leïla :
J’en ai marre de ma mère. Elle comprend vraiment rien tellement elle est con. Toi tu as de la chance d’avoir une mère qui a de l’instruction. Moi j’aurais bien aimé avoir une mère qui fait l’artiste…

Heidi :
L’artiste, pff… Ça fait quand même quinze ans qu’elle a rien publié, l’artiste.

Leïla :
N’empêche, tu as de la chance. Si tu as des ennuis, elle essaie de te comprendre. La mienne, tout de suite elle gueule…

Heidi :
C’est à cause de l’âge. Elles sont plus vieilles que nous. Elles ont connu autre chose, alors elles ne nous comprennent pas toujours.

Leïla :
Quoi, vieille ? Ma mère elle est pas vieille. Elle a 32 ans.

Heidi :
C’est pas vrai !

Leïla :
Je te jure. Elle s’est mariée, elle avait même pas dix huit ans. Et moi, je suis venue tout de suite.

Heidi :
Merde, j’arrive pas à y croire. Moi, ma mère, elle m’a eu, elle avait… je sais pas… trente quatre, trente cinq ans.

Leïla :
Waou, c’est vieux !

Heidi :
Eh ouais, elle voulait faire sa carrière, tout ça… Pas le temps de faire des gosses. Quand elle en a eu envie, elle a chopé un mec et hop, en cloque, Marjolaine !

Leïla :
Ton père ? C’est qui, ton père ?

Heidi :
Juste un mec. Elle l’a largué, j’avais même pas deux ans. C’est un type important dans un ministère en France. Le pauvre, il envoie une pension tous les mois. C’est lui qui paye la maison. Heureusement, parce que si on devait compter sur les livres de ma mère…

Leïla :
Et ben quand même tu as de la chance. Tu es libre, toi.

Heidi :
Libre… Je suis seule, oui !… Toi au moins tu es chez toi. Tu as toute ta famille, tes amis… Tu peux aller où tu veux. Moi je suis obligée de rester là, toute seule avec elle.

Leïla :
Tu t’ennuies ?

Heidi :
Bof…

Leïla :
Tu t’ennuies avec moi ?

Heidi :
Mais non !

Elles s’embrassent.

 

Séquence 4 :

La maison de Marjolaine vue de l’extérieur, une grosse villa isolée, carrée, murs chaulés blancs, grand portail et volets bleus. Derrière des collines pelées. Devant, la plage et l’océan.

Heidi et Leïla entrent. Toutes les pièces de la maison sont alignées autour du patio, sur un couloir ouvert à arcades. Les filles se précipitent à la cuisine se jettent sur une glacière pour en sortir une boisson fraîche. Elles se disputent la bouteille en riant. C’est Heidi qui boit la première.

Un hurlement retentit, très inquiétant. Impossible de déterminer si c’est un cri de douleur ou un rire.

Les deux filles échangent un regard affolé et se précipitent hors de la cuisine.

 

Séquence 5 :

Dans la buanderie, Marjolaine, le paréo largement ouvert, tondeuse à la main hurle de rire, larmes coulant sur ses joues.

Sur une table devant elle, Bibine tondue n’importe comment, au milieu d’un amas de poils.

Heidi et Leïla s’immobilisent, abasourdies.

Heidi :
Maman !

Marjolaine (hilare) :
Elle est horrible, non ?

Bibine gémit. Marjolaine la saisit par la peau du cou et la soulève, lui agitant la tondeuse sous le nez.

Marjolaine :
La petite chienne à sa mémère, la petite chienne à sa mémère, la petite chienne à sa mémère…

Elle repart d’un rire outrancier, désagréable et angoissant.

Heidi attrape le bras de Leïla et l’entraîne à l’extérieur.

 

Séquence 6 :

Heidi et Leïla dans la cuisine, inquiètes. De la terrasse parviennent les éclats de rire de Marjolaine.

Leïla :
Elle boit de l’alcool, ta mère ?

Heidi :
Je crois pas…

Leïla :
Elle fume ?

Heidi :
Non, elle aime pas ça.

Leïla soulève le couvercle d’une terrine sur la table, prend un fruit, mord dedans et ouvre un placard.

Leïla :
On se fait à bouffer, j’ai la dalle ?

Heidi :
Non.

Leïla :
Bon, bon… j’ai compris : je m’en vais.

Leïla claque une bise à Heidi, passe le rideau de la porte qui donne sur l’extérieur et tire son vélo à elle.

Leïla (se voulant réconfortante) :
Allez, fais pas cette tête, elle a pris un coup de soleil sur le crâne, c’est tout…

Elle actionne la clochette de son vélo à plusieurs reprises, ding ding ding ding !

Heidi (maussade) :
Toi évidemment, tu sais toujours mieux que tout le monde !

Leïla hausse les épaules et s’éloigne.

 

Séquence 7 :

Retour dans la buanderie. Marjolaine et Bibine ne sont plus là. Restent les poils de la chienne épars.

Heidi (explorant le patio du regard) :
Maman ?… Maman ?… Ouhou, maman !…

Elle arrive devant une porte. Frappe.

Heidi :
Maman, t’es là ?

Elle pousse la porte.

Marjolaine gît nue sur le lit.

Plan sur un flacon de somnifères ouvert sur la table de nuit.

Heidi se précipite, inquiète, et secoue Marjolaine.

Heidi :
Maman, ça va ?

Marjolaine grogne sans se réveiller.

Heidi soupire, sort, jette un dernier regard à sa mère avant de fermer la porte.

 

Séquence 8 :

Nuit.

Sur le toit-terrasse, sous la lune. On distingue le bruit du ressac. Heidi fume, préoccupée.

Elle frissonne et redescend.

 

Séquence 9 :

Plein jour.

La cuisine ensoleillée. La radio diffuse une émission matinale. La Raïssa, la domestique, écosse des petits pois. La table est dressée pour les petits déjeuners de Marjolaine et Heidi.

Heidi entre et embrasse Raïssa avec affection.

Heidi :
Salut, Raïssa !

Raïssa (fort accent arabe) :
Salam aleikum, ma petite fille. Bien dormi ?

Heidi :
Bof…

Heidi remplit son bol et tartine une grosse tranche de pain de beurre de chèvre. Elle sursaute quand Raïssa pousse un cri de surprise.

Bibine à la porte, gémissante, ridicule dans sa nouvelle coupe.

Raïssa :
Qu’est-ce que c’est que ce monstre, cette chienne ! Pourquoi ti as fait ça, Heidi ?

Heidi :
C’est pas moi.

Marjolaine entre, en robe de chambre négligée, cheveux en désordre, gueule de mauvaise humeur.

Raïssa :
Bonjour, comment ça va, ce matin ? Ti veux le café ?

Marjolaine :
Laisse.

Marjolaine s’approche de la cuisinière. Raïssa commence à se lever.

Raïssa :
Attend, ji vais faire…

Marjolaine (hurlant) :
LAISSE, je te dis !

 

Séquence 10 :

Marjolaine et Heidi attablées.
Raïssa épluche des légumes.

Silence.

Raïssa et Heidi jettent des regards par en-dessous à Marjolaine, planquée derrière ses cheveux.

Marjolaine entreprend de décapiter un œuf à la coque. Les gestes sont tremblants. Le coquetier se renverse.

Marjolaine :
Putain de merde !

Elle balaie la table, envoyant à terre bol, coquetier et couverts.
Heidi sursaute. Raïssa se lève d’un bond, envoyant par terre la bassine de petits pois.

Marjolaine :
Arrêtez de me regarder comme ça !

Heidi et Raïssa échangent un regard affolé.

Marjolaine :
JE NE SUIS PAS FOLLE !

Heidi jette la tartine, se lève et adresse un doigt d’honneur à Marjolaine.

Heidi :
Va mourir !

 

Séquence 11 :

Succession de plans : Heidi court dans le bled.
Ce n’est pas un jogging, plutôt un parcours du combattant : remontée de ravin, saut par-dessus les roches…
La caméra alterne plans larges sur sa silhouette perdue dans le paysage presque désertique et gros plans de son visage tordu par l’effort.
On entend son souffle, fort, rauque, qui nous fait comprendre qu’elle se donne de toutes ses forces.

 

Séquence 12 :

Heidi arrive chez elle, en sueur. Une grosse moto de cross type « Ténéré » est garée devant le portail. On entend les bruits d’une engueulade entre Marjolaine et Sharif, son amant. On saisit l’expression « couille molle ».

Sharif surgit furieux.
Bellâtre aux cheveux noirs, chemise ouverte, bijoux en or.
Il passe devant Heidi et enfourche sa moto.

Sharif :
Ah, ta mère ! Ta mère !

Heidi :
Tu parles pas de ma mère, okay ?

Sharif lève les yeux au ciel, démarre et part en trombe dans un nuage de poussière. Heidi regarde la moto s’éloigner, amusée.

Heidi :
Couille molle…

 

Séquence 13 :

Heidi et Leïla jouent au scrabble tandis que Marjolaine lit un livre, attablée à leurs côtés.

Heidi :
La vache, t’es forte en français !

Leïla :
Pas tant que ça.

Heidi :
Arrête, si je parlais arabe comme toi le français, je serais contente…

Leïla place le mot « tigre ». Heidi le transforme en « tigresses ».

Marjolaine :
Bien joué !

Heidi :
Merci.

Marjolaine pose son livre et prend une pose solennelle, comme si elle allait prononcer des paroles importantes.

Marjolaine :
Les tigresses sont des animaux sauvages, c’est-à-dire qui vivent loin des hommes, ou, si on préfère, qui ne sont pas nourris par les hommes, donc, en fait, qui ne servent à rien aux hommes…

Heidi :
Oui, maman, merci bien…

Marjolaine :
Il y a des animaux sauvages et des animaux domestiques. Parmi les animaux domestiques, on a par exemple la truie, la vache, la poule, la chienne, la chatte…

Elle éclate de rire.

Marjolaine :
Ah, ah, ah ! La chatte ! La chatte ! La grosse chatte…

Heidi :
C’est bon, maman !

Leïla :
Et ben on va rester dans les animaux…

Elle place le mot « lapin ».

Marjolaine :
Attend, j’ai mieux…

Elle s’empare du sac de lettres, fouille et sort un « e » qu’elle place au bout, formant le mot « lapine ».

Elle éclate d’un rire exagéré.

 

Séquence 14 :

Plan sur de la fumée qui monte d’une fenêtre.

Heidi et Raïssa jardinent dans le patio. On entend leurs murmures joyeux.

Soudain, Raïssa remarque la fumée.

Raïssa :
Y’a l’feu !

Elles se précipitent.

Découvrent un plat en train de brûler dans une cocotte oubliée sur le fourneau.

Raïssa porte la cocotte à l’extérieur en grimaçant.

Raïssa :
Pouah, ci horrible citte horreur !

Heidi et Raïssa s’approchent du bureau de Marjolaine, à l’intérieur duquel on aperçoit celle-ci, attablée devant sa machine à écrire.

Heidi :
Maman ?

Marjolaine :
Je bosse, ma chérie, tu vois bien…

Heidi :
Mais…

Marjolaine :
JE BOSSE !

Heidi :
Et le truc que tu fais cuire. Ça a brûlé.

Marjolaine :
Ah oui, merde, j’ai oublié…

Heidi :
Putain, maman, ça pue dans toute la maison !

Marjolaine :
Oh, j’ai oublié, je te dis. C’est quand même pas une tragédie. Je bosse, merde !

Raïssa ouvre la bouche pour protester, mais Heidi la prend par le bras en l’attirant en arrière, lui faisant signe de se taire.

Raïssa obtempère et suit Heidi en secouant la tête d’un air désolé.

 

Séquence 15 :

Cuisine.
Heidi entre. Raïssa est occupée à découper un agneau. Des tripes sur la table. Beaucoup de sang.

Raïssa :
Te voilà, ma petite fille. Je t’ai fait di café.

Heidi :
Merci…

Heidi se sert un bol de café. Boit.

Heidi :
T’as vu maman ?

Raïssa montre la fenêtre du menton. Heidi s’y penche et voit Marjolaine de dos, en train de retourner le sol, armée d’une pioche.

Raïssa :
Depuis huit heures qu’elle est là-bas à creuser comme si qu’elle est folle. Elle va crever en plein soleil comme ça… A quoi ça lui sert di faire comme ça, ji ti demande ?

Heidi se précipite, attrapant au passage un chapeau de paille à la patère.

Marjolaine.
Elle est maladroite. Titube quand la pioche s’enfonce dans le sol dur et caillouteux. A chaque coup, elle pousse un « han ! » de bête.

Heidi s’approche.

Heidi :
Ça va pas, maman ?

Marjolaine se retourne.
Elle ruisselle, fringues collées au corps.

Gros plan de son visage brûlé, cheveux pendant et emmêlés.

Plan sur ses mains blessées, ampoules et écorchures.

Plan sur ses tibias et pieds nus, lacéré de coupures.

Heidi :
Maman ?

Les mains de Marjolaine se mettent à trembler. Elle lâche la pioche et se couvre le visage des deux mains. Le tremblement se fait très violent.
Heidi ne la retient de tomber qu’avec peine.

Heidi :
Arrête, maman… Qu’est-ce que tu as… Calme-toi… Tu me fais mal… ARRETE !… Bordel, mais qu’est-ce qui se passe ?…

 

Séquence 16 :

Plage.
Heidi sort de l’eau, tenant un harpon sur lequel un poisson est embroché.
Elle grimace en découvrent Sharif qui l’attend sur le rivage. Son allure de citadin, costume de ville, lunettes noires, est incongrue dans ce décor de nature. Il a le bas du pantalon retroussé et porte ses chaussures à la main.

Sharif :
Salut !…  Ça va ?… Elle est belle cette plage, hein ?…. Tu es bien, là, non ?… Tu as pris un poisson ?…

Heidi (rogue) :
Ça va…

Sharif :
J’aimerais te parler.

Heidi :
J’écoute.

Sharif :
Eh ben… Viens.

Heidi :
Non.

Sharif hésite puis hausse les épaules, pose ses pompes et s’avance dans l’eau.

Sharif :
Je suis inquiet à propos de ta mère.

Heidi :
Ah ouais ?…

Sharif :
Elle a changé.

Au bref regard qu’elle lui lance, on comprend qu’Heidi est touchée. Mais elle se reprend aussitôt et retrouve son attitude hostile, indifférente, fouillant l’eau du regard.

Sharif :
Je ne sais pas comment dire… Elle est distante… Froide… J’ai l’impression qu’elle me reproche quelque chose… Ou bien alors c’est que je l’emmerde…

Il pose sa main sur l’épaule d’Heidi.

Sharif :
Dis-moi franchement : tu crois qu’elle voit un autre homme ?

Heidi marque la surprise, pouffe et éclate de rire. Elle repousse la main de Sharif.

Heidi :
J’en sais rien ! Et puis même, qu’est-ce que ça peut te faire, elle est libre !

Sharif s’éloigne, vexé.

Quand il sort de l’eau, Heidi continue à rigoler.
Sharif, ridicule dans son futal retroussé et trempé, se retourne vers elle, l’index tendu.

Sharif :
Tu as tort, Heidi. Tu pourrais bien avoir besoin d’un copain, et plus tôt que tu ne penses !

Il tourne les talons.

 

Séquence 17 :

Heidi et Marjolaine en fin de dîner. Ambiance détendue. Rires. Présence de vin.

Heidi :
Maman, je peux te demander un truc ?

Marjolaine :
Oui.

Heidi :
Tu es en train de le larguer, Sharif ?

Marjolaine :
Pas du tout. T’es dingue. Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

Heidi :
Rien. Une idée comme ça. Laisse tomber…

Elle remplit les verres.

 

(A suivre)

 

Les contes interrompus
La noyade – 02

2 Responses to La noyade – 01

  1. Marie-Christine ZOLEZZI

    Vite …. la suite !!! Merci pour ce petit moment.

  2. Abdou

    Ji souis zau Maroc, mirci boucoup m’siou Thyirry ! ( oui je sais c’est moyen drôle.. )

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