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Parole(s) de Zykë 07

Publié par le 16 mars 2026


La cour des miracles

La coke est excellente. Une bombe pulvérulente aggravée au speed par Quetzal le trafiquant Sataniste de Villahermosa. Les bass-speakers du radiocassette sont martyrisés par Lemmy et ses cowboys de Motörhead. Bite the bullet !

Zykë :
Je ne reconnais pas la notion d’état. Je chie sur les frontières. Leur seul avantage, c’est le pognon qu’on peut se faire avec les contrebandes.

Msieu Poncet (défoncé) :
Yeah !

Les huit cylindres de la Wagoneer trafiquée hurlent dans la nuit guatémaltèque. Au volant, Zykë, les sinus bourrés d’alcaloïde, est un cavalier placide dont le galop motorisé macule de gomme les virages de la route des Mayas.

Zykë :
Je pisse à la raie de tous les patriotes. La merde commence quand les gens se disent fiers d’être nés dans un pays. Ils n’y sont absolument pour rien, si leur mère a accouché ici ou là, bordel !

Msieu Poncet (très défoncé) :
Yeah !

La route 12 s’engouffre dans la forêt d’altitude. La jeep catapultée par la démence d’Ace of Spades file désormais entre deux masses noires chitineuses. La vitesse fait siffler les arbres comme des voyous postés dans une impasse, un chuintement bref par tronc dépassé.

Zykë :
Les différences ? Quelles différences ? Je les conteste absolument ! Des différences bégnines. Les gueules. Les fringues. Les musiques. Mais la vérité fondamentale est que c’est partout la même merde que des enculés de mégalomanes ont découpé en morceaux pour contrôler les peuples à leur profit.

Msieu Poncet (absolument défoncé) :
Yeah !

Zykë :
La sempiternelle merde. C’est bien comme ça qu’on dit : sempiternelle ?

Msieu Poncet (très absolument défoncé) :
Yeah, yeah.

Love me like a reptile love me like a reptile, les drums furieux d’Animal Taylor cavalent vers le néant. Zykë lâche l’accélérateur. La bagnole file comme un radeau sur son erre, ses fluides internes encore bouillants, s’apaise, s’immobilise au milieu de la chaussée. Zykë coupe la musique.

Zykë :
J’ai un passeport français. Oui. C’est un des plus pratique au monde. J’en profite. Aucune de raison de le jeter.

Msieu Poncet (très très absolument défoncé) :
No Señor !

Zykë :
Je suis né au Maroc. Ma mère est une grecque de Syrie. Mon père était albanais. La mère de mon fils est équatorienne. La mère de mon autre fils mort vient des Caraïbes. J’ai la nationalité française. Rien que des hasards et des coups de tampons sur des papelards.

Msieu Poncet (défoncissimé) :
Ouaip !

Zykë pousse la portière d’un coup d’épaule et saute sur le bitume. Il est immense. Sa masse d’ours fait vibrer la terre. Les talons de ses bottes éperonnent le goudron flasque dans la nuit chaude. Il plante la fiole de cocaïne dexedrinée dans sa narine.

Msieu Poncet (chantant tout en cherchant la poignée d’ouverture de la portière) :
Playing to the high one. Dancing with the devil. Going with the flow. It’s all a game to me…

Il sort. La fragrance épicée de la végétation humide envahit son crâne, d’une tempe à l’autre. Relancé par la dexie, Zykë arpente le sol autour de la voiture arrêtée en pleine route. La Wagoneer halète, jument de course métallique trop cravachée.

Zykë :
Je parle dix langues. Je les comprends toutes. Je cherche l’action à travers tous les pays. Les continents, les méridiens, les latitudes, les points cardinaux, je les démystifie. Je me fous des noms des pays. Ce sont de vulgaires étiquettes.

Msieu Poncet :
Yeah !

Zykë lui passe le flacon. Msieu Poncet se verse une petite colline de C sur la tabatière de son pouce, la sniffe de la narine gauche et recommence avec la droite. Il sent la galaxie de ses synapses clignoter comme des guirlandes de bordel. La lune orange en demi cercle couché lui adresse un clin d’œil de minium complice.

Zykë :
Mon pays n’a pas de frontières. Il s’appelle les bas-fonds. Il s’étend sur toute la planète. Il est partout pareil. Des voleurs, des tricheurs, des putains, des rêveurs, des rusés, des méchants, des maudits. Misérables. Violents…

Aucun des deux hommes, plongés dans leur cataclysme intérieur, n’a entendu le camion venir. Il surgit du virage en rugissant, peinturluré de couleurs vives et constellé de loupiottes. Son avertisseur hurle comme une corne de brume. De justesse, il évite en couinant des pneus la jeep plantée sur la route. Le chauffeur crie des insultes en espagnol.

Zykë (semblant ne pas avoir remarqué le mastodonte qui l’a frôlé) :
Pas seulement capables de vendre leur mère. Ont commencé par ça. Balafrés. Borgnes. Boiteux. Difformes. Ils sont les égouts. Ils sont les bouges. Ils sont les ordures.

Il s’immobilise, pattes écartées. La lune couleur de métal chauffé plaque sur la route derrière une ombre de colosse de conte d’épouvante.

Zykë (le ton calme, presque rêveur) :
Et ils s’insultent. Oh oui, comme ils s’insultent… Salopard. Enculé. Bâtard. Trou du cul. Trou de chiottes. Connard. Fils de pute. Ta mère t’a chié. Tête de mort. Suceur de queue. Sac à merde. Raclure.

Msieu Poncet (délirant, battant la mesure de l’index) :
Paltoquet. Sacripant. Tire-laine. Vide-gousset. Fouille-merde…

Zykë :
Et ils injurient leur race. Bougnoule. Bicot. Bamboula. Niakoué. Négro. Crouillat. Et ils crachent sur les femmes. Les leurs. Celles des autres. Celles qui ne sont à personne. Salope. Putain. Chienne. Trou à bites. Vide-couilles. Traînée. Connasse.

Il remonte à bord de la Wagoneer. Surpris, Msieu Poncet bataille avec la poignée de sa porte. Il grimpe de justesse. Il s’est à peine abattu sur son siège, portière encore ouverte, que Zykë fait feuler le compte-tours. Ses poings énormes serrent le volant à le tordre. Ses yeux fous fixent le tunnel de blancheur clinique que les phares creusent dans la nuit. Aux oreilles de Msieu Poncet, les arbres se remettent à siffler.

Zykë :
Mon pays, c’est la COUR DES MIRACLES.

Msieu Poncet (vraiment défoncé) :
Yeah.

(À suivre)

 

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