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Les Guerriers perdus, le film – Épisode 09

Publié par le 13 avril 2019

 

D’après mon roman Les Guerriers Perdus, éditions Taurnada, 235 pages, 9,99 €.

 

EXT Jour, Little Havana

Grand soleil matinal sur la calle Ocho, la rue cubaine. La foule colorée déambule déjà le long des trottoirs, mouchetée de filles sexy. Sur la chaussée défilent des énormes voitures américaines des années 70. De toutes les boutiques largement ouvertes sur la rue jaillissent des rumbas qui rivalisent de rythmes.

Devant l’échoppe d’un petit coiffeur, on reconnaît Karzan qui a pris l’allure locale, veston de couleur pastel et petit chapeau de paille, et Baltimore, adipeux, suant et débordant de son tee shirt, occupé à dévorer un « cubano », énorme sandwich fait d’un pain rond bourré de tout ce qu’on peut fourrer dans un sandwich.

 

INT Jour, salon de coiffure

Haig est assis sur un fauteuil à l’ancienne, tablier noué serré autour du cou. Il a les cheveux très courts sur les côtés et une sorte de houppette sur le devant. On remarque une ombre de moustache au-dessus de sa lèvre.

C’est la fin de la coupe. Le couple de coiffeurs,composé d’une tout petit homme et d’une plantureuse belle femme, est visiblement ravi de son ouvrage.

La femme :
Que lindo, mi amore ! Guapo !

Sur les sièges du fond sont assis Carlo et Félix, que la scène amuse.

Haig (agacé) :
D’accord, c’est moi qui ai le plus changé de la bande en huit ans…

Félix :
Correct, mon jeune ami !

Haig :
C’est moi qui risque le moins d’être reconnu alors c’est moi qui vais me taper le maximum de corvée de surveillance…

Félix :
Encore correct.

Haig :
Alors pourquoi me faire en plus une tête d’abruti ?

Carlo (se levant) :
Eh, l’intellectuel, je pensais que tu connaîtrais le proverbe. C’est comment, déjà ? Un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras » ?

Félix (rigolant) :
Non. C’est : bien mal acquis ne profite jamais.

Carlo :
Non plus. C’est : deux précautions valent mieux qu’une.

Il se penche à côté de Haig, sa tête à hauteur de la sienne. Tous les deux se regardent dans le miroir.

Carlo :
De nous tous, c’est moi qui ai connu le mieux Vanda. Il ne faut pas la sous-estimer. Si jamais ton visage lui dit quelque chose, elle te lâchera ses tueurs dessus. Et tu sais ce qu’ils vont te faire, les Azéris ? Ils vont t’ouvrir le ventre et tirer sur tes intestins juste pour rigoler. Alors, tu ne préfères pas avoir l’air con ? (Il passe la main dans les cheveux nouvellement coupés de Haig, dans un geste affectueux d’aîné à gamin). Et puis tu es à croquer, comme ça, mon lapin !

Félix éclate de rire. La coiffeuse aussi.

La coiffeuse :
Si ! Handsomme ! Very handsome !…

 

EXT Jour, rue

Le trio sort du salon de coiffure. Baltimore a fini d’engloutir son cubano. Il s’allume un cigare, les mains graisseuses. Quand il aperçoit Haig avec sa nouvelle coupe, il se laisse tomber à genoux.

Baltimore :
Oh le joli tatteleh ! Je veux t’épouser. Parole, ma fortune est à toi !

Il se relève avec une vivacité étonnante pour un homme de sa corpulence et saisit le poignet de Haig qu’il serre brutalement. Le geste se veut une plaisanterie mais il est d’un degré trop brutal.

Baltimore :
Hein, ma chérie, qu’est-ce que tu dirais de mon cigare dans ton petit cul ?

Haig est révulsé par le contact de la main pleine d’huile, surpris par a rudesse du geste et révolté par les paroles. On voit la colère passer sur son visage. DE derrière Baltimore, Karzan lui adresse un signe apaisant, genre « laisse, il rigole… ». Haig consulte du regard Félix qui, d’un abaissement de paupières, lui fait passer le même message. Haig respire un coup et se force à rire, tout en dégageant son poignet de la prise.

Haig :
T’es con, Baltimore.

Baltimore n’apprécie pas. Il dévisage Haig en silence avec des yeux de saule en colère. Haig soutient son regard, mais on sent que c’est avec peine, en mobilisant toute son énergie et tout son courage. Finalement, Baltimore se détend.

Baltimore (haussant les épaules) :
Dit c’est dit. Ma fortune contre ton petit trou rose, quand tu veux !

Carlo (posant une main amicale sur l’épaule de Haig) :
Arrête un peu, Baltimore.

Baltimore (ricanant comme un diable) :
C’est de l’humour, caracho. Je n’ai pas de fortune !

 

EXT crépuscule, le Wendy’s, boîte de nuit

Un coin de Miami Beach, au bout d’Ocean drive, l’avenue qui longe la plage et où se trouvent la majeure partie des bars, restaurants et boîtes de la station.

Le soleil vient de disparaître. Le ciel est d’un bleu métallique lisse, si caractéristique du coin qu’on pourrait l’appeler « bleu floride ». On devine l’océan et la plage derrière une bande herbeuse plantée de palmiers courts. Au loin, sur la droite, les lumières des réverbères et des établissements d’Ocean drive viennent de s’allumer. On distingue la foule habituelle des débuts de soirée qui déambule.

La discothèque elle-même occupe une vaste bâtisse hispanisante blanche, longue et basse, perpendiculaire à l’avenue et à la plage. Une grande enseigne néon rose sur la façade proclame « Wendy’s ». Devant le large porche s’agglutine un petit troupeau de clients, filtrés par les videurs – deux balèzes blonds. Le toit forme une terrasse entourée d’une balustrade et de végétation derrières lesquelles les baies d’un vaste appartement sont illuminées.

Parallèle à l’avenue, faisant place à la bande herbeuse et faisant bordure à une sorte de placette / parking, s’alignent une demi-douzaine de petits hôtels coquets aux terrasses fleuries.

Sur ce parking est garée le gros 4×4 noir aux vitres opaques de Baltimore.

Baltimore (voix off) :
Voilà. Le château de la kurva…

 

INT Nuit, habitacle du 4×4

Baltimore au volant, qui puise dans un sac géant des chips à pleines poignées. Carlo à côté de lui. Félix et Haig derrière.

Baltimore (voix encombrée par les craquements de patates sèches) :
Elle et ses connards blonds ne sortent pratiquement jamais. Ils vivent au-dessus de la boîte, comme s’ils s’enculaient les uns les autres. Ça fait huit fucking mois et je ne l’ai vue sortir que deux fois, sûrement pour des rendez-vous de business.

Carlo :
Ça peut se reproduire.

Baltimore :
Ca se peut surtout qu’on ait des toiles d’araignée sous les couilles le jour où ça arrivera. Fuck, écoutez-moi, bande de klutz ! Laissez-moi recruter une vingtaine de bons fils de putas, on rentre là-dedans et on bousille tout ce qui respire avant de faire brûler tout le bordel et le cadavre de la maldita blonde avec !

Carlo :
Je n’aime pas me répéter, Baltimore.

Baltimore :
Remarque, à y réfléchir, peut-être bien qu’ils s’enculent vraiment, là-dedans… Hey, qu’est-ce que tu veux dire ?

Carlo :
Que je t’ai déjà répondu : on ne va pas assassiner toute la clientèle d’une boîte pour nous venger.

Baltimore :
Pouah !…

Bref plan sur la petite foule de jeunes gens insouciants qui patientent devant l’entrée de la discothèque.

Baltimore :
Tu vois ce troupeau de « pi-yin » ? Par l’enfer, qu’ils chient du sang !

Carlo :
Non. (Baltimore va pour cracher une nouvelle méchanceté mais Carlo tend la main devant sa poitrine). Attends. Il se peut qu’on monte une opération commando, mais elle sera ciblée au maximum. En attendant, on observe.

Baltimore :
Shhhhh…

Carlo :
On observe et on patiente…

 

EXT/ INT, montage

Musique de rumba endiablée. Suite de plans courts.

Haig dans un magasin de lunettes, devant plusieurs paires déjà essayées éparses sur le comptoir. On remarque que ses moustaches ont poussé. Il en chausse une paire à monture carrée de sage employé, consulte son reflet dans le miroir et approuve.

À la planque au-dessus de la boutique de prêt sur gage, un des Juifs hassidim surprend Loum au lit avec trois femmes asiatiques et fait scandale, les deux bras levés au ciel tandis que le boxeur rigole.

Toute la bande dîne joyeusement sous la tonnelle dans l’arrière-cour du restaurant de poissons.

Dans un parking souterrain, Carlo et Félix sont guidés par Baltimore jusqu’à un véhicule entouré de malfrats latinos. On leur ouvre le coffre, dévoilant une rangée de fusils-mitrailleurs neufs.

Dans une boutique de vêtements, Haig essaie un polo rose. Derrière lui, Karzan lui fait signe qu’il est à croquer. Haig lève les yeux au ciel et hausse les épaules.

À la planque au-dessus de la boutique de prêts sur gage. Karzan s’emploie à calmer un employé hassidim ulcéré dans la chambre dévastée (meubles cassés, rideaux déchirés, cadavres de bouteilles) tandis que Loum ronfle sur le sol, bras et jambes en croix.

Alors que Haig monte l’escalier de l’hôtel de passe où il loge, il croise un (très) jeune transsexuel nu, ses vêtements plaqués contre son corps, en pleurs et le nez pissant le sang, propulsé à coups de pieds par Baltimore. Au passage, Baltimore gratifie Haig d’une claque sur l’épaule et d’un sourire, genre « ce n’est rien, t’en fais pas ».

Carlo et Félix dans un garage auto tenu par des afro-américains, devant trois voitures de marques japonaises un peu pourries. Karzan examine le moteur de l’une d’elles. Il se relève et fait signe que ça peut aller. Félix et le patron du garage s’en claquent cinq.

La bande sous la tonnelle du restaurant de poissons. Baltimore dans avec une grâce surprenante au milieu de la table.

Dans la chambre d’hôtel de Carlo et Félix, Baltimore entre et laisse tomber une lourde valise sur l’un des lits. Il l’ouvre. Elle contient des petites bombes incendiaires, des cylindres de métal plus minces que des boîtes de bières mais aussi longs. Carlo et Félix échangent un regard peu enthousiaste. Baltimore excédé lève les mains au ciel.

 

EXT Jour, Ocean drive

Plein soleil. Les terrasses des cafés sont bondées. Sur les trottoirs défile le flot incessant des vacanciers américains, dégageant cette impression d’impudeur et de bêtise qui est la marque de fabrique du nord du continent. Les types exhibent des muscles sculptés en salle de gym. Les filles se dandinent en bikini. Quelques vieillards en couples ou solitaires, ultra bronzés et quasi obscènes, sortes de crocodiles s’exhibant à l’envi dans des micros maillots de bain. Haig se promène au sein de cette foule, mains dans les poches, l’air désoeuvré. Il porte son polo rose. Sa moustache est bien maintenant bien fournie.

On remarque des couples gays très démonstratifs, filles enlacées et mecs se tenant la main. On s’attarde sur un couple d’hommes composé d’un costaud au crâne rasé à la démarche exagérément dandinante et d’un type plus fluet en polo clair, avec lunettes et petite moustache bien taillée. On ne peut que constater la ressemblance de ce dernier avec Haig.

Haig croise le couple qui lui adresse un double salut de la tête complice. Haig répond d’un sourire un peu forcé.

 

INT Nuit, restaurant de poisson

Carlo, Félix et Haig tiennent tête à une bouteille de rhum.

Carlo (remplissant les verres) :
C’est bon. Tu y vas demain.

 

EXT Nuit, devant le Wendy’s

Haig parmi la petite foule qui patiente devant l’entrée de la discothèque.

Un des deux costauds blonds qui surveillent l’entrée détache un cordon et fait signe à plusieurs personnes d’entrer dans la boîte.

Haig est parmi eux. Il disparaît à l’intérieur.

 

(À suivre)

 

Les Guerriers perdus, le film – Épisode 08
Les Guerriers perdus, le film – Épisode 10

4 Responses to Les Guerriers perdus, le film – Épisode 09

  1. Quentin

    Pour couvrir toutes les scènes d’attente il y aurait bien ce fa-bu-leux morceau de Bobby Womack de 1972 mais le collègue Tarantino y a déjà pensé le bougre… À voir et revoir cette Jackie ne serait-ce que pour la bande-son qui est toujours top-niveau dans les films de QT !

  2. ALEKOS

    Oups…2 coquilles… Baltimore dans avec une grâce surprenant au milieu de la table…la marque de fabrique du nord du contient….

  3. Thierry Poncet

    Oups, comme tu dis..; Il semble que l’auteur ait ressenti une certaine urgence à se pajoter, vendredi soir ; ou bien que le cubi d’Arbois weekendaire fût entamé un rien trop tôt…

  4. Oliv'

    Paris sans Notre-Dame ? Voilà qui semble difficilement concevable, ça serait un peu comme les Alpes sans le Mont Blanc, on ne passe pas sa vie à le regarder mais tout de même, quand on passe devant, sa silhouette rassure…
    Au delà de sa valeur universelle inestimable, Notre-Dame est sans doute LE monument dont l’histoire est le plus lié à la littérature. Dans mon édition de poche Hugo en personne raconte que c’est pendant une visite, quand il a découvert par hasard une inscription en grec ancien – peut-être le nom de l’ouvrier tailleur de pierres – que lui est venue l’idée d’écrire un roman dont la cathédrale serait protagoniste. En fait une autre motivation était également de s’opposer aux démolisseurs potentiels, la révolution n’étant pas si loin dans les mémoires… Et quel succès ! Livre, films, théâtre, music-hall… C’est sans doute un peu grâce à lui si Notre-Dame est aujourd’hui si chère à nos coeurs…Ne t’en fais pas Victor, on va te la reconstruire ta cathédrale !

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