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Les Guerriers perdus, le film – Épisode 13

Publié par le 11 mai 2019

 

D’après mon roman Les Guerriers Perdus, éditions Taurnada, 235 pages, 9,99 €.

 

EXT Jour, route, entrée Miami

Juste avant la sortie annoncée « W. Miami », un coupé Mercedes s’est encastré dans une camionnette. Des flics sont au travail sur l’aire de l’accident, évoluant sur une marre de miettes de verre. L’un d’eux essaie vainement de contrôler la circulation. Un embouteillage s’est formé. La Subaru de Haig vint s’y agréger. Poussière. Fumées d’échappements. Les flammes orangées du soleil couchant nimbent tout le tableau d’une lumière fantomatique.

 

INT Jour, habitacle Subaru

Son : concert de klaxons.

Karzan (au volant) :
Merde !

Haig :
Tu me racontes ce qui se passe, ou quoi ?

Karzan (ralentissant et freinant) :
Je ne sais pas ce qui se passe. Personne ne sait ce qui se passe. Tout ce qu’on sait, c’est que c’est le bordel de Baltimore.

Il s’arrête au cul d’une voiture, se laisse aller sur le siège, se tourne vers Haig.

Haig :
Quoi, Baltimore ?

Karzan :
On était sur le parking, tu sais ? Loum et Félix nous avaient rejoints avec une bagnole qu’ils ont louée… J’étais à côté des téléphones, à attendre tes sonneries… On s’est fait chier comme ça des heures…

Haig :
Tu crois que j’étais à la fête ?

Karzan :
Au moins tu ne grillais pas au soleil…. Bref, vers cinq heures, on a vu les gusses descendre du bus, mais pas toi.

Haig :
Ouais, j’ai été coincé. J’ai dû attendre la navette suivante, celle qui n’est jamais venue…

À l’extérieur, l’amas de voitures bouge un peu. Karzan gagne quelques mètres et se remet en position stationnement.

Karzan :
Carlo, je l’ai connu plus en forme… Il dégoulinait et il était pâle comme jamais je ne l’avais vu.

Haig :
Sans déconner ?

Karzan :
Ouais, je t’assure. J’ai l’impression qu’il baisse. Enfin, peu importe, il avait les nerfs, en plus. « Qu’est-ce qu’il fout, le gamin ? », ce genre de trucs. Les Azéris sont allés à leur bagnole. Ils rigolaient, contents. On a pensé qu’ils avaient gagné.

Haig :
En tous cas, ils ont misé comme des millionnaires. Tu aurais vu tout ce pognon qu’ils ont lâché…

À nouveau, Karzan fait avancer la Subaru, s’arrête.

Karzan :
Ils sont montés dans leur voiture, et c’est là que ce bordel est arrivé. Baltimore. Cet enfoiré de Baltimore. Tu parles d’un méchant fils de pute…

 

FONDU SUR : Flash back, EXT Jour, parking du casino

Le soleil donne à plein, implacable, rebondissant en éclats aveuglants sur les rangées de pare-brise à perte de vue. Les quatre membres de la bande sont répartis dans leurs deux voitures. Les trois Azéris montent dans leur Lincoln, s’échangeant des blagues dans leur langue. On entend le vrombissement caractéristique d’une grosse cylindrée 4-temps s’approcher.

Gros plan sur le visage baigné de sueur de Carlo, assis au volant de la 4×4. Occupé à s’essuyer la face avec un bandana, il suspend son geste et arbore une expression stupéfaite.

Un chopper Harley chevauché par un pilote et un passager s’amène, dépasse les voitures de la bande et se précipite vers la Lincoln, fauve fonçant sur sa proie. Au guidon, un Cubain en habit de biker au blouson proclamant autour d’une tête de taureau : « Havana Toros Motorcycle Club ».

Plan sur Karzan, près de la rangée de téléphone, lui aussi surpris. Plan sur Loum qui ouvre une bouche en « o ».

Le passager de la Harley est énorme, doté d’un cul de camion qui dépasse outrageusement des deux côtés de l’engin.

Plan sur Félix, au volant de la voiture volée.

Félix :
Putain, Baltimore…

Le chopper freine en glissant sur le bitume. Le passager, Baltimore, en saute maladroitement, se rétablit et franchit les trois pas qui le séparent de la Lincoln. Il est vêtu d’un blouson de cuir, les deux mains dans les poches. À bord de la voiture, le chauffeur fait baisser sa vitre, découvrant un visage souriant.

 

FONDU & RETOUR sur : Ext Jour, embouteillage

La Subaru franchit quelques mètres.

Haig (voix off) :
Attends… Il souriait à Baltimore ?

 

INT Jour, habitacle Subaru

Karzan :
Les autres ne sont pas sûrs, mais moi, c’est ce que j’ai vu.

Haig :
Hmm… Et puis ?

Karzan :
Et puis c’est allé tellement vite…

 

FONDU, Flash-back, EXT Jour, parking casino

Baltimore vu de dos, arrivé à hauteur de la Lincoln et du chauffeur qui lui sourit par la vitre ouverte. Baltimore sort ses mains de ses poches. Dans la droite, il y a un flingue, dans l’autre un objet cylindrique de la taille d’une boite de bière.

Il tire une balle dans la tête de l’Azéri au volant. Du sang asperge l’intérieur du pare-brise. On entend les cris de stupeur des deux autres Azéris. Baltimore range le flingue, dégoupille la boîte de bière qui se révèle être une grenade incendiaire et la jette à l’intérieur de la voiture.

Baltimore fouille de nouveau une de ses poches, en sort un sac empli de petites doses de dope dans leurs tubes bien reconnaissables, qu’il lance à terre d’un geste auguste de semeur. Alors qu’il regagne d’un pas pressé mais tranquille la moto de son comparse, une explosion assourdissante retentit dans la Lincoln, aussitôt suivie de hautes flammes qui jaillissent des vitrages pulvérisés.

Baltimore se juche à l’arrière de la moto qui démarre aussitôt, gaz à fond, laissant de la gomme sur le macadam.

Plans sur les visages abasourdis de Karzan, Carlo, Félix et Loum.

 

FONDU & RETOUR sur : EXT Jour, bretelle d’accès West Miami

La Subaru s’est sortie de l’embouteillage. Elle roule maintenant sur la bretelle à la circulation dense mais de nouveau fluide.

Haig (voix off) :
Putain, Carlo…

Karzan :
Il est furieux.

 

CUT

 

INT Jour, bar cubain à tonnelle, lieu de réunion de la bande

Gros plan sur le visage de Carlo. Fermé. Dur. Furieux.

Le plan s’élargit. Carlo est assis à sa place habituelle, en bout de la table des repas. Il a la main sur un colt posé devant lui.

Le plan s’élargit encore. Derrière Carlo se tiennent Félix et Loum. Félix tient un fusil à pompe contre sa poitrine. Loum a un flingue à la main.

Contrechamp sur Baltimore entouré de quatre « Havana Toros », dont le pilote de la Harley. Tous ont des armes au poing. Un journal plié sort de la poche du gros.

Haig et Karzan font irruption. Leur arrivée ne provoque aucune réaction, ni dans un camp, ni dans un autre, tant l’atmosphère est tendue. Sans un mot, les deux arrivants vont se ranger derrière Carlo. Karzan sort un automatique de sous son blouson de toile.

Carlo :
Alors ?

Baltimore (hautain) :
L’emmerdant avec toi, c’est que tu crois tout savoir.

Carlo :
Alors ?

Baltimore :
Tous autant que vous êtes, pazzi di mierda, vous oubliez qu’ici, Miami, Miami Beach, Coral Gables et toute la zone, c’est chez moi !

Carlo :
Pour la dernière fois : alors ?

Baltimore soupire et lève deux mains apaisantes.

Baltimore :
Écoutez-moi bien, bande de cons : le Wendy’s appartenait aux bikers. Elle leur a piqué. (Il désigne le pilote de la Harley) Ramoncito, mon ami, y a perdu son frère, le chef du gang, plus un cousin. Ils ont été descendus par ces putanos d’Azéris. Alors quand j’ai appris qu’il y en avait trois en goguette, je n’ai pu que prévenir mes copains. Et ils ont décidé de leur régler leur compte.

Carlo :
Pourquoi j’apprends ça maintenant ?

Baltimore (jouant l’énervement) :
Tu n’écoutes rien ! Vous n’écoutez jamais, bande de Schleppers ! Combien de fois je vous ai dit qu’on avait qu’à rentrer de force dans la boîte ? Que j’ai les troupes pour ça ?

Il montre les bikers autour de lui, lesquels hochent la tête affirmativement. Baltimore s’emporte, crie de plus en plus fort.

Baltimore :
C’est quoi, ici, un foutu tribunal ? (Il pointe le doigt sur Haig) C’est toi, hein, petit con de tateleh, qui a déclenché tout ce fuckin’ bordel… (Il pointe maintenant l’index sur Carlo) J’ai marché avec toi parce que je croyais qu’on était entre professionnels ! Qu’est-ce que tu croyais faire ? Alpaguer ces meshugenners de puta sur le freeway ? Tu te crois encore dans une saloperie de jungle ? Si vous aviez fait ça, à l’heure qu’il est, on aurait tous ces putznashers de flics de Floride au cul !

Il sort le journal, un Miami Herald, l’étale sur la table, pointe le titre qui s’étale au milieu de la page : « Règlement de compte de trafiquants de drogue au casino séminole : trois morts ».

Baltimore :
Moi, je nous ai débarrassés de trois hijos de puta, et en plus je les ai fait passer pour des fuckin’ dealers. Ça, c’est du boulot de professionnel. Ça, c’est du travail signé Baltimore !

Il fourrage dans sa barbe, tourne sur lui-même dans un dandinement d’ours, souffle plusieurs fois par les naseaux, jouant à merveille l’homme qui reprend le contrôle de ses nerfs. Le chef des bikers a un geste apaisant dans sa direction. Baltimore lui fait signe que tout va bien et se replante devant Carlo.

Baltimore :
Alors, on continue à se gueuler dessus ou on se remet au boulot ?

Carlo se lève par-dessus la table, parcourt l’article du journal, observe Baltimore quelques secondes et se rassoit.

Carlo :
C’était ton dernier écart, Baltimore. Je t’épargne en raison de notre amitié passée. Mais si tu me redonnes la moindre occasion de douter de toi, je te tue.

Baltimore (haussant les épaules) :
No fuckin’ problem !

Félix (de derrière Carlo) :
Alors, maintenant, qu’est-ce que tu proposes ?

Baltimore :
Avec ses trois gars aux enfers, notre Vanda darling est inquiète. Mes amis cubains et moi, on va exploiter sa trouille et la faire sortir de son trou. Et là, on l’attendra, la kurva…

Il fait le geste de tirer au pistolet, l’index pointé. Les bikers cubains approuvent. Contrechamp, les membres de la bande se regardent.

Félix :
Okay. On t’écoute…

Gros plan sur les yeux de Baltimore qui pétillent de joie mauvaise.

 

CUT

 

EXT Jour, après-midi, Little Havana

Haig dans la calle Ocho endormie, écrasée de soleil, à peu près déserte. Il dépasse un petit café, s’arrête, sourcils froncés, retourne sur ses pas, examine l’intérieur du café à travers la vitrine et entre.

 

INT Jour, café

Le petit établissement paraît sombre après la lumière intense de la rue. Une salle étroite. Un comptoir de bois qui court le long d’un des côtés. De vieilles photos d’acteurs et de chanteurs cubains disparus aux murs.

Carlo est accoudé au comptoir, tournant le dos à Haig qui s’approche.

Haig :
Carlo ?

Celui-ci tourna la tête, sourit vaguement et désigne du menton à Haig, d’un geste invitant, le verre de rhum posé devant lui.

Haig :
Pourquoi pas…

Carlo fait signe à la serveuse, une éblouissante souillon à la peau sombre, aux formes de mannequin que ses haillons ne parviennent pas à enlaidir.

Carlo:
Otro por mi amigo, por favor.

Serveuse:
Como no, mi amore…

Les deux hommes boivent. Haig examine Carlo. Gros plan long sur Carlo dont on doit remarquer l’affaiblissement : la voussure de son dos que produit sa position, les deux coudes sur le comptoir. Le blanchissement des cheveux ras. Les rides qui marquent son visage. Un air de général de lassitude…

Haig (se penchant sur lui) :
Carlo, tu es sûr que ça va ?

Carlo (faible sourire) :
Sais-tu ce que c’est qu’être un homme, gamin ?

Haig :
Euh…

Carlo :
Être un homme, c’est aller jusqu’au bout de ses folies.

(À suivre)

 

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2 Responses to Les Guerriers perdus, le film – Épisode 13

  1. ALEKOS

    Un petit cotė Monsignore ce Baltimore.. .

  2. Quentin

    Un petit côté Réservoir Dogs la confrontation au bar cubain… décidément Tarantino un modèle du genre !

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