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Les Guerriers perdus, 2ème partie – Épisode 10

Publié par le 24 août 2019

 

D’après mon roman Les Guerriers Perdus, éditions Taurnada, 235 pages, 9,99 €.

 

INT Nuit, maison de Merkur

Nous sommes dans une pièce commune, à la fois cuisine, salon et salle à manger. Merkur, son fils adolescent, quatre ou cinq enfants, garçons et filles, sont attablés pour le repas du soir, servis par la mère, austère femme impassible vêtue de noir. Le décor est un étrange mélange d’extrême misère paysanne et d’éléments modernes, comme une lampe halogène, une cuisinière électrique et une télé branchée sur une chaîne commerciale italienne en sourdine.

La femme sert à table une grande platée de haricots et des boîtes de corned-beef. Haig, assis sur le bat-flanc qu’on lui a assigné, dans une sorte d’alcôve, s’approche de la table et fait signe qu’il veut manger.
Merkur lui répond d’un grognement et lui fait signe, frottant son pouce contre son index, que la soupe est payante. Avec un soupir agacé, Haig sort de sa poche des billets et en prélève un qu’il donne à Merkur. Celui-ci ordonne à ses enfants de s’écarter pour laisser place à Haig.

 

EXT Jour, environs du village

Haig marche à flanc de colline, son appareil photo pendu à son cou. Il est suivi de près par le fils de Merkur, un adolescent à la moustache à peine naissante vêtu en militaire, armé d’un M 16 qu’il porte au bras, comme un chasseur, balle engagée. Le visage fermé et le regard dur, il surveille chacun des gestes de Haig.

 

EXT Jour, environs du village

Haig et son jeune gardien traversent un ensemble de ruines de maisons qui paraissent très anciennes. À peine des affleurements qui forment des quadrilatères et des cercles.

Haig les montre à son surveillant, avec des mimiques interrogatives.

Jeune :
Turk. (Il montre d’un geste circulaire du bras toute la zone). Turk. (Il lève le bras pour désigner la citadelle en haut de son nid d’aigle). Turk. Turk. Turk…

 

INT Nuit, maison de Merkur

La maisonnée endormie. Sur son bat-flanc, éclairé par un rayon de lune, Haig a les yeux ouverts. Il remue et soupire, visiblement hanté par l’inquiétude.

 

EXT Jour, environs du village

Haig et son gardien marchent dans un décor escarpé et rocailleux. L’adolescent pose la main sur le bras de Haig et lui désigne une aiguille rocheuse et un groupe de rapaces qui nichent au sommet.

Haig les photographie d’abondance, en poussant des gémissements extasiés à chaque cliché.

 

EXT Jour, environs du village

Le duo redescend vers le village. Haig se livre à un tas de simagrées, rigolant aux éclats, chantant, entamant des pas de danse, tapant joyeusement sur l’épaule de son jeune gardien, comme si la découverte de ces rapaces – les fameux gypaètes barbus ! – constituait le plus beau moment de sa vie.

 

INT Nuit, maison

La famille attablée pour le dîner. Même décor et même menu que la fois précédente.

L’adolescent décrit en albanais avec force gestes l’attitude de Haig durant l’après-midi, d’abord prenant des photos en couinant de joie, puis heureux comme un fou pendant le retour.

Sur le visage renfrogné de Merkur passe une expression presque aimable.

 

EXT Jour, aurore, devant la maison

Haig et l’adolescent se préparent à partir. Alors qu’ils ont accompli quelques mètres, Merkur surgit sur le pas de la porte et rappelle son fils. Celui-ci revient sur ses pas. Haig attend, indécis. De la main, Merkur lui fait signe qu’il peut aller se promener seul.

Haig s’éloigne, un sourire triomphant aux lèvres.

 

EXT Jour, environs du village

Haig derrière le triple mamelon de rochers. Il creuse à son pied et
déterre le Tokarev qu’il avait planqué là. Il prélève dans la boîte de munitions douze balles, l’équivalent d’un chargeur de rechange, qu’il répartit dans ses poches.

Il se redresse, satisfait et ragaillardi. Au loin retentit le bruit grandissant d’un rotor.

Un hélicoptère passe au-dessus de lui, gagne la citadelle et disparaît lentement entre les remparts.

 

EXT Jour, environs du village

Haig paresse, étendu de tout son long dans l’herbe. Un brouhaha lointain de coups de sifflets et de ronflements de moteur le fait se redresser.

Contrechamp : on distingue du mouvement au portail de la citadelle.

Haig se saisit de son appareil photo et le braque en direction de la citadelle.

 

EXT Jour, vue de l’objectif

Un convoi de 4×4 et de camions sort, un véhicule après l’autre, de la citadelle et s’engage dans la route en lacets qui en descend. Aux alentours du portail, de nombreux hommes en armes s’agitent.

 

EXT Jour, village

Haig entre dans le village. Les quelques personnages présents, des hommes en armes et des paysannes en fichus, détournent les yeux à son passage.

 

INT Jour, maison de Merkur

Haig entre. La cuisine / salle à manger est vide. La télévision est éteinte. Haig marque la surprise.

Haig :
Merkur ?… Signora ?… Eh oh !… Y a quelqu’un ?

Plan sur le rideau de douche en plastique qui sépare la sorte d’alcôve où il dort du reste de la pièce. Il bouge légèrement et, de derrière, parviennent des bruits confus

Haig s’approche pas à pas , la main posée sur les reins, là où est glissé son pistolet.

Haig :
Merkur ?

Il écarte légèrement le rideau de plastique.

Une main jaillit de l’intérieur de l’alcôve le saisit par l’épaule. Le canon d’un pistolet de gros calibre s’enfonce sous sa mâchoire.

Contrechamp : on découvre en gros plan le visage rond d’un homme barbu. Sa tignasse frisée brune est parcourue de mèches grises. Ses lèvres sont maquillées de rouge violent et il porte aux paupières des faux-cils de femme incongrus, mais on le reconnaît aisément : Baltimore.

Baltimore (souriant de toutes ses lèvres peintes) :
Petit-Haig, espèce de meshugener, qui tu crois tromper avec ta fuckin’ comédie ?

 

CUT

 

INT Jour, maison, alcôve

La caméra s’attarde sur Baltimore. C’est une montagne de graisse au ventre en masse informe qui le précède d’un bon mètre. Crinière hirsute, barbe d’ogre. Il porte un treillis noir– l’uniforme des « soldats » de la citadelle.

À l’extérieur retentissent des bruits de moteurs, des coups de frein en dérapage, des claquements de portières et des échanges de phrases indistinctes.

Baltimore attrape Haig avec brutalité et le fouille. Il trouve le Tokarev.

Baltimore (souriant) :
Ts, ts, ts… Qu’est-ce que comptais faire avec ça, petit Haig, mon pauvre abruti de schlemiel, hein ?

Haig (luttant contre la peur que lui inspire le personnage) :
T’en mettre une dans le cul, Baltimore !

Baltimore :
Quel dommage ! Hell, moi qui adore ça !… Allez, amène-toi, pauvre schmuck !

Le canon de son flingue dans les reins de Haig, sa grosse patte refermée sur sa nuque, il le porte littéralement jusqu’au seuil.

 

EXT Jour, début du crépuscule, façade de la maison

Dehors, il y a Merkur, son fils et la bande des villageois à trognes de bandits turcs qui ont accueilli Haig le premier jour. Derrière eux, l’Azéri chauve en treillis noir se tient nonchalamment appuyé contre son 4×4, bras croisés. Plus loin, en contrebas, près d’un autre 4×4, deux autres soldats en noir blonds et très jeunes.

Le chauve se décolle de la carrosserie et s’avance vers Haig tout en commençant à déboucler la matraque qu’il porte à la ceinture. Baltimore l’arrête d’un geste autoritaire.

Baltimore (en russe s.t.) :
Pas touche, il est à moi !

L’Azéri (levant les deux mains) :
Okay, okay…

Il crache un jet de salive qui atterrit aux pieds de Haig et se détourne, un sourire goguenard aux lèvres.

Baltimore enlève brutalement l’appareil photo qui pend toujours au cou de Haig et le lance à Merkur qui l’attrape à la volée et sourit, ravi,
dévoilant des longues dents jaunes mal plantées.

Baltimore (à Haig, ironiquement) :
Faut bien que tu payes ton fuckin’ loyer, Bia-ozi !

Merkur adresse une phrase en albanais à ses hommes en brandissant le Leïca au-dessus de sa tête. Toute la petite troupe éclate en rires moqueurs.

Baltimore entraîne Haig vers la voiture devant laquelle sont campés les deux jeunes soldats. On se rend compte qu’ils sont jumeaux. Et très inquiétants. Seule différence entre eux : l’un a une longue mèche de cheveux qui lui tombe sur le front. A part ça, la même teinte de poils, blonde, presque blanche, des traits délicats de fille et des lèvres rouge sang. Leurs yeux très clairs, sont inexpressifs, froids comme la mort. On les croirait surgis d’une affiche de propagande nazie dans l’Allemagne des années trente.

Les deux blonds grimpent à l’avant du 4×4. Baltimore fait monter Haig à l’arrière et monte à sa suite. Avant de grimper à bord, il balance une main aux fesses du jumeau qui se trouve à sa portée, lequel réagit par un tortillement salace et un sourire de pute.

La voiture démarre.

Plan sur l’Azéri qui la regarde s’éloigner, un mauvais sourire aux lèvres. Il hausse les épaules et monte à bord de sa voiture.

 

CUT

 

EXT Nuit, chemin

Le 4×4 de Baltimore cahote sur un chemin caillouteux à flanc de montagne.

 

INT Nuit, habitacle

Les phares éclairent un paysage de rocailles sèches. Le blondinet au volant tourne brusquement et stoppe devant une ouverture rectangulaire, étayée par des poutres de bois, au flanc de la montagne.

Plan sur Haig qui observe cette entrée sombre, visiblement inquiet.

Baltimore (ricanant) :
Regarde-toi, petit Haig. Tu penses que je vais te tuer, hein ? (Aux deux gamins, devant) : Il croit que je vais le tuer !

Les jumeaux gloussent sur un mode aigu. Celui qui ne porte pas de mèche, sur le siège passager, pointe l’index sur Haig et mime le geste de tirer.

Baltimore :
Meshugener ! Pourquoi je ferais ça ? Tu es mon fuckin’ copain, petit-Haig. Je t’aime bien, moi ! Tu as vu comment je t’ai tiré des pattes de Serguev, le grand chauve ? Celui-là t’aurait tué. C’est un vrai gou-zaï-zi. Un fils de chienne. Un pervers. Un sadique !… (Il s’esclaffe encore un moment, puis désigne l’ouverture dans la paroi). Tu vois ça, petit-Haig ? C’est l’ouverture d’une mine de cuivre. Ce sont les Turcs qui l’ont creusée, il y a des siècles. Il y avait des centaines d’ouvriers qui vivaient ici. Le château, là-haut, c’étaient pour les soldats qui protégeaient la mine. Tous les mois, un convoi de mules partait pour Istanbul, verser tout le cuivre dans les poches de Soliman le putain de magnifique !

Haig :
Et alors ?

Baltimore :
Et alors cette montagne est truffée de couloirs. Plus de trous que dans un fromage de ces Si-pi-yan de Suisses !

Haig :
Et ?

Baltimore lui tend un papier.

Baltimore :
Et l’un de ces couloirs monte jusqu’au château et à une porte que je connais. Alors je vais te la montrer, tu vas entrer, suivre les indications que je t’ai notées sur ce papier, how nice to me, indications qui vont te mener à l’appartement de Vanda. Et tu vas la tuer, petit Haig. C’est bien ce que tu voulais, mon putznacher adoré ? (Il rigole de satisfaction, abat sa main sur la cuisse de Haig et la serre). Tu veux venger tes amis et moi, je veux qu’elle meure. Tu vois bien qu’on est copains. Nos fuckin’ intérêts convergent !

Haig :
Pourquoi tu veux la tuer ?

Baltimore fourrage dans sa barbe, bat des faux cils et prend l’air comique d’un gamin pris les doigts dans le pot de confiture.

Baltimore :
Disons que… Voyons… Il y a eu certaines missions à la fin desquelles je ne lui ai pas tout à fait remis l’argent… Un million ici… Un million là… Je suis un voleur, moi, je ne peux pas m’en empêcher… Mais elle s’en doute, la kurva ! Elle est rusée, maligne comme la peste ! Je suis dans son fuckin’ collimateur, je le sais ! (Il donne à son regard l’expression d’une infinie tristesse). Il faut se rendre à l’évidence, hélas, c’est la fin d’une belle amitié, entre elle et moi…

Haig :
Va te faire enculer. Tue-la toi-même.

Baltimore (roulant des yeux effarés) :
Ils sont cent cinquante trois, là-haut. Les Azéris, sa garde rapprochée. Plus des Russes. Des Ukrainiens. Des Kazakhs. Des Albanais !… Tous fidèles ! Ils l’adorent, cette grande putain ! Chacun de ces paskudnyak me couperait en morceaux s’il me soupçonnait d’avoir levé la main sur elle !

Haig (après un temps de réflexion) :
Okay. Admettons. Je la tue. Et après ?

Baltimore (avec un bon sourire patelin) :
Après, tu repars par le même chemin…(Il désigne les jumeaux).
Ces petits messieurs Vassili et Volodia que tu vois là te conduisent à Shkodër. Ou au Kosovo. Ou bien où tu voudras…

Silence. Haig réfléchit en dévisageant tour à tour l’obèse et les deux gitons, baisse brièvement la tête, la redresse.

Haig :
Si je refuse ?

Baltimore tend lentement la main, attrape le nez de Haig du pouce et de l’index et tord. Haig gémit de douleur. Les jumeaux éclatent d’un double rire de poules.

Baltimore (chuchotant, presque câlin) :
Alors, je te tire une balle dans les couilles, une dans chaque genou, je t’ouvre le bide, je déroule tes tripes, je t’encule, je te pisse dessus et après, seulement après, je te tue, compris ?

Haig hoche la tête. Baltimore le lâche.

Baltimore :
Okay. On est d’accord, alors…

De la poche basse de son pantalon de treillis, il sort le Tokarev, le tend à Haig, puis écarte largement les bras, bide en avant, comme l’invitant à lui tirer dessus, s’il ose. Nouveau gloussement malsain des jumeaux. Haig soupire et glisse mon flingue dans sa ceinture.

 

EXT Nuit, voiture

Les jumeaux et Baltimore descendent du 4×4. Après un dernier instant d’hésitation, Haig les imite.

Le groupe se dirige vers l’entrée de la mine.

 

(À suivre)

 

Les Guerriers perdus, 2ème partie – Épisode 09
Les Guerriers perdus, 2ème partie – Épisode 11

5 Responses to Les Guerriers perdus, 2ème partie – Épisode 10

  1. ALEKOS

     » celui fit ordonne » …. Cubis ? Rhum ? Ou bien peut être un coup de Raki avant de descendre dans la mine…

  2. Oliv'

     » Tous les mois, un convoi de mules partait pour Istanbul, verser tout le cuivre dans les poches de Soliman le putain de magnifique !  »

    Merci Thierry tu viens de me révéler l’origine de ce délicat service à thé en cuivre posé sur l’étagère de mon salon depuis 1973 acqui après âpre négociation au grand Bazar d’Istanbul…
    ( un P… de bon scénar en tous cas ! )
    A+ ciaooo !

  3. Efendi

    Un personnage qui ne laisse pas indifférent !
    Conquérant mais aussi homme de plume, Zykë aurait certainement aprécié son Kanun…
    *****
    Soliman Ier (turc ottoman : سلطان سليمان اول (Sultān Suleimān-i evvel) ; turc : I. Süleyman) est probablement né le 6 novembre 1494 à Trébizonde (Trabzon) dans l’actuelle Turquie et mort le 6 septembre 1566 à Szigetvár dans l’actuelle Hongrie. Fils unique de Sélim Ier Yavuz, il fut le dixième sultan de la dynastie ottomane de 1520 à sa mort en 1566. On le nomme Soliman le Magnifique en Occident et le Législateur en Orient (turc : Kanuni ; arabe : القانوني, al‐Qānūnī) en raison de sa reconstruction complète du système juridique ottoman.

    Soliman devint l’un des monarques les plus éminents du xvie siècle et présida à l’apogée de la puissance économique, militaire, politique et culturelle de l’Empire ottoman. Il mena ses armées à la conquête des bastions chrétiens de Belgrade, de Rhodes et de la Hongrie avant de devoir s’arrêter devant Vienne en 1529. Il annexa la plus grande partie du Moyen-Orient lors de ses guerres contre les Séfévides d’Iran ainsi que de larges portions de l’Afrique du Nord jusqu’en Algérie. Sous son règne, la marine ottomane, menée notamment par le grand amiral Barberousse, domina la mer Méditerranée, la mer Rouge et le golfe Persique.

    À la tête de son empire en pleine expansion, Soliman instaura des changements législatifs concernant la société, l’éducation, l’économie et le système judiciaire.
    Son code civil (appelé Kanun) fixa la forme de l’empire pour plusieurs siècles. Soliman était non seulement un poète et un orfèvre, mais également un mécène qui supervisa l’âge d’or de l’art, de la littérature et de l’architecture ottomanes.

    La loi suprême de l’Empire était la charia, ou Loi sacrée qui, en tant que loi divine de l’islam, ne pouvait être modifiée par le sultan. Cependant, un domaine législatif appelé Kanun dépendait uniquement de la volonté de Soliman et couvrait le droit pénal, fiscal et foncier.
    C’est à travers cette structure que Soliman, aidé par le grand mufti Ebussuud Efendi, chercha à réformer la législation pour l’adapter à l’évolution rapide de l’Empire. Lorsque le Kanun atteignit sa forme finale, le code des lois fut nommé kanun‐i Osmani ou les « lois ottomanes ». Ce code légal devait durer plus de 300 ans.
    *****
    Je verrais bien un petit flashback sur une caravane de cuivre turque à travers les montagnes au moment où Baltimore évoque Soliman… ( genre 300 cavaliers en uniforme ottoman, 50 charrettes chargées de cuivre, un truc simple )

    Eeeeuh… Thierry tu veux bien appeler la prod ?

  4. Efendi

    Tiens pendant qu’on y est Thierry, sans vouloir te commander mets-y donc 2 ou 3 éléphants, ça fait toujours sérieux l’éléphant…

  5. Thierry Poncet

    Je les rappelle.

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