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Au supermarket

Publié par le 5 novembre 2014

Au comptoir de l’hôtel du Gros-Colon sont assis messieurs Grandjaune (commerçant) et Labière (salarié expatrié); le serveur indigène en veste blanche se tient en faction devant eux ; en arrière-plan, un ventilateur de plafond tourne paresseusement.

Grandjaune :
(se curant les dents)
C’est un fait avéré : après s’être répandu dans la vieille Europe depuis les années soixante, le supermarché à l’américaine envahit désormais les villes de ce qu’on appelait naguère le Tiers-monde. Quant à ceux qui voient dans ce fait autre chose qu’une avancée de la civilisation, ce ne sont que des attardés marxistes en mal de collectivisation !

Labière :
C’est comme moi. Sept nouveaux supermarchés en ville, et pas moyen de trouver ma marque d’after-shave…

Grandjaune :
(contemplant un bout de viande au bout de son cure-dents)
L’expérience l’a prouvé : les enfants grandis dans les sièges pliants des caddies ne deviennent jamais des guérilleros. Personne n’a jamais comploté au rayon des produits lactés ni caché des bombes dans les paquets de couches-culottes !

Labière :
(allumant un cigare)
Heureusement, le patron du « Busy-Market » est un copain. J’ai eu l’occasion de lui rendre service, par le bureau…

Grandjaune :
Dans les travées des produits sanitaires, on rencontre des officiers en uniforme à peine revenus de leur guerre civile. Les bras chargés de paquets géants de marshmallows, des révolutionnaires repentis présentent des cartes Gold à des caissières déguisées en majorettes ! Deux politiciens jadis ennemis mortels échangent des courbettes au rayon des surgelés. Aucun doute, les supermarkets sont les vrais éclaireurs de la paix civile !

Les mâchoires serrées et le regard noir, il brise le cure-dents.

Labière :
(soufflant un nuage de fumée)
Il a promis de m’en commander, en même temps que le « Rêve de Printemps » de ma femme  et les « Kinder-Surprises » de ma dernière. Il a des prix chez les grossistes, en métropole…

Grandjaune :
(empoignant son verre avec une sombre détermination)
Socialisme nouveau ou royalisme constitutionnel ? Réconciliation nationale ou convocation d’un tribunal international ? Traités d’alliance ou neutralité ?… Foutaises ! Devant les gondoles de promotion, l’indigène enrichi se pose enfin les vraies questions. Normal ou allégé ? Nature ou avec des bouts de fruits dedans ?

(Il vide son verre et frappe du poing sur le comptoir)

A quoi pensent les banques de développement ? Ce qu’il faut subventionner en priorité, ce sont les supermarkets ! C’est la consommation qui fait naître le consensus ! Le compromis moderne est un produit qui ne se vend bien qu’en solde !

Labière :
(souriant, faisant signe au serveur)
Ça va me coûter bonbon, mais je m’en fous : j’ai droit à des frais de fonctionnement, au bureau…

(Après une révérence, le serveur remplit leurs verres)

 

Télévisons !
Silence on tourne !

6 Responses to Au supermarket

  1. Oliv'

    Blondin, Fallet, Dard, Céline…

    On a l’impression qu’ils se sont mis tous les quatre attablés à la table d’à côté autour d’une roteuse pour écrire les dialogues…
    l’idée est cocasse d’ailleurs : le dialogue des protagonistes en premier plan avec sur le fond dans l’angle enfumé par les gitanes mais, les quatre compères rigolards qui observent leur progéniture discuter le bout de gras…

  2. Thierry Poncet

    Grandjaune : Quand certains lecteurs fidèles évoquent à propos de certains auteurs de blogs les illustres noms des personnages parmi les plus libres et talentueux de la littérature française, je n’ai qu’une réaction : me réjouir !….
    Labière : C’est comme moi. Mon dernier s’est tapé un 18 en rédaction, à l’école Notre-Dame des Colonies. Il est tombé amoureux de sa nouvelle prof de français. Il faut dire qu’elle n’est pas mal du tout, la petite prof…

  3. Oliv'

    Ouais, le temps béni des colonies… comme disait l’autre !
    Mais au fait c’est dans quel Pays que ça se déroule, ces conversations philosophiques ?
    j’ai l’impression d’y être déjà allé… Oh je connais sùrement moins de Pays  » sub-sahariens » que toi mais quand même quelques-uns… dont un notamment qui pourrait être le cadre luxuriant du troquet de Labière et Grandjaune.
    Je me souviens d’un certain hotel Ahoefa avec un troquet avec terrasse et vue sur le grand Boulevard et sa circulation chaotique, son marché vaudou pas très loin… Cette capitale est d’ailleurs une des seule au monde à être confinante avec la frontière du Pays.
    Peut-être louis-Ferdinand y a-t’il séjourné…
    On peut lancer un Quizz-Pays ??

    • Thierry Poncet

      Quizz à ta guise ! Mais il me semble avoir déjà divulgué certaines clés sur la question. De toutes manières, à ce qui me semble, que ce soit à Lomé, Abidjan, Phnom Penh ou Ouagadougou, le « village » des expatriés français est toujours un peu le même…

  4. Oliv'

    Oui bien tombé… à Lomé !

    D’ailleurs au niveau casting je ne peux m’empêcher de me représenter Grandjaune avec Philippe Noiret ( Coup de torchon – exceptionnel ! ) et Labière avec Jean carmet ( La victoire en chantant – tout 1er film de Jean-jacques Anneau )
    La petite prof dont tu parles ne ressemblerait-elle pas à Isabelle Huppert par hasard ?

    • Thierry Poncet

      Bien vu. Et ça fait rêver. Seulement, à part l’immense Isabelle, ça va être coton de les convaincre, hélas !… De nos jours, si on devait vraiment tourner, je taperais plutôt du côté belge, avec Benoit Poolveorde en Grandjaune et Bouli Lanners en Labière, par exemple.

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