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Je malbouffe, tu malbouffes…

Publié par le 26 novembre 2014

Au comptoir de l’hôtel du Gros-Colon sont assis messieurs Grandjaune (commerçant) et Labière (salarié expatrié); le serveur indigène en veste blanche se tient en faction devant eux ; en arrière-plan, un ventilateur de plafond tourne paresseusement.

Grandjaune :
(se curant les dents)
Quand certains bourgeois bohèmes au macrobiotisme pédant se plaignent devant moi de l’envahissement des produits de grande distribution à la surface des tablées familiales, je n’ai qu’une réaction : je rote d’ennui !

Labière :
C’est comme moi. Mon aîné a abandonné ses études de droit, en métropole. Il s’est installé maraîcher bio, du côté de Rennes.
 
Grandjaune :
(contemplant un bout de viande au bout de son cure-dents)
Occupée par son mi-temps dans la boutique d’un copain, harassée par ses incessants trajets pour emmener ses enfants à l’école, au centre d’éveil au cirque et au judo, la ménagère moderne délaisse corvée de pluches, marmites et fourneaux. Grand bien lui fasse !

Labière :
(allumant un cigare)
Ça ne lui est pas venu tout seul, bien-sûr. Ce saligaud s’est mis en ménage avec une petite maraîchère de vingt ans. Des cheveux courts. Pas de maquillage. La peau hâlée par le travail au jardin et des petits seins libres sous le marcel, je ne vous dis que ca…

Grandjaune :
Après une entrée sous vide « crudités-mélange-saveurs », la famille se délecte d’un rôti de porc pré-cuit «  goût du terroir » accompagné de riz en sachet « cuisson  minute » à la sauce déshydratée « parfums de Provence » puis de portions de fromage « ouverture facile », avant d’attaquer, la cuillère enthousiaste, les yoghourts à la vanille des îles avec des morceaux de vrais fruits. Quel mal y-a-t-il à ça ?

Les mâchoires serrées et le regard noir, il brise le cure-dents.

Labière :
(soufflant un nuage de fumée)
Je suis passé les voir, pendant mes derniers congés. J’ai dit à mon fils : on est peut-être en Ille-et-Vilaine, mais elle est loin d’être vilaine. Ça ne l’a pas fait rire. De toute façon, il ne rit jamais à mes blagues, celui-là…

Grandjaune :
(empoignant son verre avec une sombre détermination)
Foin d’hypocrisie passéiste ! Halte à la fallacieuse gastronomie réactionnaire ! Un boeuf n’a pas besoin de manger de l’herbe pour finir en hamburgers ! Les poules pondent des œufs en se passant très bien de la lumière du jour ! L’avantage d’une laitue poussée hors-sol, c’est qu’on ne trouve jamais de petits grains de terre dedans !

(Il vide son verre et frappe du poing sur le comptoir)

Ne nous laissons plus avoir par les charmes prétendus de la cocotte en fonte et de la planche à découper ! La vraie révolution du vingtième siècle, c’est le four à micro-ondes !

Labière :
(souriant, faisant signe au serveur)
Leurs tomates n’ont pas mûri. Les limaces ont bouffé leurs salades. Il n’y a que les haricots mange-tout qui ont rendu. Pour les dépanner, j’ai acheté toute la récolte. Je m’en fous : je fais passer ça sur les frais, au bureau…

(Après une révérence, le serveur remplit leurs verres)

Sus aux vestiges !
C’est prêt-à-porter !

One Response to Je malbouffe, tu malbouffes…

  1. Gusteau

    Bien d’accord avec Grandjaune…

    L’important c’est de pouvoir se fier à des marques bien présentes en campagnes marketing percutantes et communications télévisées régulières dans le 19.30 / 20.30 – qui est comme chacun sait le label qualité de notre gastronomie.
    A propos avez-vous gouté au dernier velouté de Bnorr aux ceps garantis de nos sous-bois ?
    … un vrai régal je te dis que ça !

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