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Tu les aimes, mes fèces ?… (scène de couple)

Publié par le 12 janvier 2026


Et on plonge une dernière fois (pour cette saison) dans le monde de l’azertyuiop azimuté, du fabuliste fracassé, de la punkoïde plume de la berzingue, l’Ami Olivier en personne. Convenons-z’en, potesses et poteaux, il fut brillantissime ces dernières semaines. Si vous n’êtes point t’encore convaincu, retournez lire ses contes pas si déconnants que ça, « Conte de Noël » et « La Petite Chaise Qui Avait Faim », vous m’en direz des nouvelles. Pour lui clamer directement tout le bien que vous pensez de sa prose, c’est ici : barjolivier@orange.fr

Rosalie remonte nerveusement de la cave. Elle martèle des talons les marches qui ne lui ont pourtant rien fait. Un besoin pressant la motive. Arrivée en haut, elle ne peut que constater : son Norbert n’est pas dans le salon.

Rosalie (criant) :
Norbert, mon marcassin, t’es où ?

Norbert (soupirant) :
On ne peut pas être tranquille dans cette baraque.

Rosalie :
Où t’es, mon vilebrequin ?

Norbert (agacé) :
Au même endroit que tout à l’heure, ma génoise !

Rosalie :
T’as toujours pas fini, mon bichon ?… Dépêche-toi, j’ai envie de faire pipi !

On sent qu’elle s’est trop retenue et va commencer à lâcher du jaune dans sa culotte. Problème : Norbert n’en a pas terminé. Chacun le sait, qui fait partie de l’humanité et l’expérimente plusieurs fois par jour : quand on a commencé, il n’est pas possible de faire ne serait-ce qu’une pause…

Norbert (assis sur le trône, dont monte le bruit cristallin d’une chute de liquide) :
Désolé, ma p’tite pomme en sucre, mais là, il va falloir aller faire tes besoins dehors. Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, ce sont les chutes du Niagara à la fonte des neiges.

Rosalie (serrant les cuisses) :
Nan ! Je vais pas au jardin, ça caille trop… (Elle jette un œil par la fenêtre) L’herbe est gelée et en plus le voisin est en train de faire ses exercices…

Norbert :
Alors va dans la salle de bain, ma paupiette, parce que je ne peux rien pour toi.

Rosalie :
Sapristi, je vais faire pipi-culotte !… (Elle serre soudain plus fort les cuisses) Je l’savais je l’savais je l’savais !…

Norbert :
Va dans la douche, je te dis, ma libellule !

Une course à petits pas. La porte de la salle de bain claque contre le mur. On comprend que Rosalie se précipite vers la douche. La culotte est sûrement mouillée. Heureusement, elle est toujours en nuisette en soie, sinon le pantalon aurait subi le même sort.

Rosalie (criant) :
Bon ben tout compte fait, je prend une douche, mon serpolet. J’en ai partout.

Elle ouvre les robinets à fond.

Rosalie (hurlant) :
T’as toujours pas fini, mon calisson ?

Norbert (consultant sa montre) :
Merde, ça fait vingt minutes !

Venu de sous lui, le bruit indique que ça continue à couler dru.

Rosalie finit de se rincer, se sèche, enfile son peignoir et va frapper à la porte des toilettes.

Rosalie :
Ça va, mon Annapurna ? T’es malade ? Ce sont les bières d’hier soir qui te motivent ?

Norbert (toujours en position) :
C’est bizarre, ma béchamel : je n’ai pas envie et pourtant ça ne s’arrête pas. Tu sais, un jour, j’ai pensé que cela serait pas mal d’aller aux toilettes et faire mes besoins pour le reste de ma vie. Tu imagines, ma culotte-de-velours, plus besoin d’y aller pendant des années ? Je pourrais boire et manger sans la contrainte d’aller aux WC ensuite.

Rosalie :
N’importe quoi ! Tu lis trop de livres de science-fiction. Enfin… Fais ce que t’as à faire, mon Machu-Pichu. Moi je vais préparer le petit dèje.

Et elle s’en va dans la cuisine.

Norbert, plus il réfléchit, plus il se dit qu’il a raison. C’est ce qui lui arrive. Il pisse en continu. Tout ce qu’il a. Il n’a pas même pas besoin de tirer la chasse d’eau, le liquide s’évacue tout seul. Tandis que, bercé par le chant régulier de son jet, il se livre à ces réflexions, l’odeur du pain grillé fait frissonner ses narines gargouiller son ventre.

Rosalie (disposant sur la table les bols et les cuillers) :
Ça y est, mon mamelouk, c’est prêt !

Norbert :
Non, ma marmelade. Pas fini !

Elle regagne le couloir et ouvre la porte des toilettes comme elle aime le faire de temps en temps pour l’embêter, mais, la connaissant, Norbert a déjà calé son pied pour en limiter l’ouverture.

Rosalie (reniflant) :
Ça commence à mouquer là-dedans ! On se croirait dans les pissotières de la gare, côté messieurs. Fais brûler un peu d’encens, mon carolingien. Vaporise du pschit lavande. Tu devrais peut-être aussi tirer la chasse d’eau.

Norbert :
Je suis sûr que j’ai raison, ma Tonkinoise. Je suis obligé d’attendre que ça se termine. Tu peux m’amener mon petit déjeuner ici ? Et après, il va falloir s’organiser. 

Rosalie :
Comment ça : s’organiser ? Tu penses que tu vas rester longtemps là-dedans ?

Norbert :
Apporte-moi mon téléphone, ma turquoise. Je vais chercher sur internet. Il faut que je sache combien de fois par jour une personne va aux toilettes. Quelle quantité elle évacue. Le temps que cela prend. En tenant compte de l’âge, bien-sûr. J’ai soixante ans. Dans ma famille, on vit en moyenne jusqu’à quatre-vingt-cinq ans…

Rosalie :
Et moi, mon serpolet, qu’est-ce que je vais faire ? 

Norbert :
On va faire les choses dans l’ordre, ma morille. D’abord mon petit déjeuner puis mon téléphone. Je fais les calculs et ensuite on organise tout cela. D’accord, p’tite tarte-au-miel ?

Rosalie et Norbert sont ensemble depuis un bon moment. Elle est habituée aux bizarreries de son bonhomme. Elle lui confectionne deux tartines beurrées avec confiture de goyave, emplit son bol et lui porte le tout en même temps que son téléphone. Elle retourne manger de son côté.

Norbert (après un moment) :
Rosalie  ! Rosalie  !

Rosalie (la bouche pleine de goyave) :
Quoi, mon lapis-lazuli ?

Norbert :
C’est bon, j’ai calculé. Enfin j’ai demandé à l’IA de calculer le temps que je vais rester dans les toilettes.

Rosalie :
Gnalors gnombien ?

Norbert :
Pas si longtemps que ça : quatorze jours.

Rosalie (déglutissant) :
Quoi ? Quatorze jours ? C’est du délire !

Norbert :
Ben non. C’est les chiffres, ma révolution-permanente.

Rosalie (curieuse) :
Comment tu arrives à ça, mon genévrier ?

Norbert :
Ben, je pars sur deux litres par jour de pipi à quinze millilitres de débit par secondes, d’accord, ma sangria-cerise ? J’étale sur trois-cent soixante-cinq jours que je compte sur vingt-cinq ans. Résultat : quatorze.

Rosalie :
Tu veux dire que pendant deux semaines, tu vas rester là et moi je vais être obligée d’aller faire mes besoins dehors ?

Norbert :
Tu t’arrangeras au boulot ou tu iras voir les voisins. Si tu leur expliques la situation, ils seront d’accord, j’en suis sûr.

Rosalie :
Admettons. Mais tu vas vivre, manger, dormir dans les toilettes pendant tout ce temps, mon papier-d’Arménie ? 

Norbert (lui tendant son bol vide) :
Ouais. Il va falloir prévenir le boulot que je suis malade. Toi, ma chevillette, tu devras m’apporter à manger et à boire. Quelques paquets d’encens pour l’odeur, plus du pschit lavande, du pschit pinède et du pschit saveur-citron. J’utiliserai la douchette pour me rincer de temps en temps. Quatorze jours, ce n’est pas la mer à boire, non plus…

Rosalie (grimaçant d’abord, puis acceptant) :
Okay. On part là-dessus. Je vais demander un congé. Je ne vais pas te laisser seul toute la journée, on ne sait jamais, mon Ivanhoë.

Norbert :
Merci, mon huître perlière. Si cela devait t’arriver, je ferais pareil. En fait, ce serait bien, non ? Plus besoin d’aller aux toilettes jusqu’à la fin de notre vie. Génial, quoi !

Rosalie :
Tu rigoles, mon cacatoès ? Pas question pour moi de rester deux semaines dans les cabinets !

Pendant treize jours, la vie de Norbert et Rosalie tourne autour des toilettes. Pendant treize jours, Rosalie s’occupe de Norbert. Elle le nourrit. Elle lui apporte de quoi lire, Elle s’assoit devant la porte pour lui faire la conversation. Pendant treize jours, elle recharge régulièrement son téléphone sur lequel il écrit des petites histoires un poil barrées. Pendant treize jours, il ne se lave que sommairement avec la douchette. Et pendant treize jours, les litres d’urine se transforment en décalitres, en hectolitres, en kilolitres, en gigalitres et en téralitres. Le matin du quatorzième jour, Norbert sent qu’il se passe quelque chose à l’intérieur de lui.

Norbert (inquiet) :
Rosalie ! Rosalie ! Rosaliiiiiiie ! Tu peux venir, s’il te plaît, ma moulinette ?

Rosalie :
J’arrive, mon carburateur ! Voilà, je suis là. Qu’est-ce qui se passe ?

Norbert :
C’est le dernier jour, si les calculs sont bons. Mais je me sens bizarre. Je suis ballonné. J’ai dû manger quelque chose qui ne passe pas.

Rosalie (réfléchissant) :
Voyons… On a mangé la même chose hier soir et, moi, je me sens bien. Qu’est-ce qu’il t’arrive encore, mon brise-glace ? Tu as mal à l’estomac ?

Norbert :
Pas vraiment, ma savane…

Rosalie :
Au foie, mon platonicien ?

Norbert :
Non plus, ma choucroute.

Rosalie :
L’intestin ?… la rate … ?

Norbert :
Non… Non…

Rosalie :
Tu as envie de faire caca ?

Norbert :
OH PURÉE ! C’EST LA CATASTROPHE !

Norbert vient de comprendre : quand il allait aux WC, d’habitude, il commençait toujours par la petite commission pour enchaîner sur la grosse. Et là, il va bientôt finir la première partie.

Norbert :
File-moi mon portable, ma popeline. Je crois qu’il va falloir envisager un léger changement dans notre emploi du temps.

Rosalie court chercher le téléphone. Norbert demande à l’IA de lui calculer son nouveau problème. L’intelligence artificielle comprend la situation et lui donne le résultat en moins de deux minutes : dix jours supplémentaires sur la lunette. Dix jours qui vont être beaucoup plus lourds que les précédents. Et plus odorants.

Rosalie (anxieuse) :
Alors ? Dis-moi, mon Atalante : à quoi je dois m’attendre ?

Norbert :
Pour faire court, mon aigrette-du-Nil, je vais mouler du colombin pendant dix jours. Si les calculs sont bons, je devrais produire dans les trois tonnes de matière fécale.

Rosalie (toute retournée) :
Trois tonnes. Oh, mon pauvre colibri…

Norbert :
Tu vas tout de suite téléphoner à une société de vidange de fosse septique. Il faut qu’elle vienne rapidement vider notre cuve. Sinon, on sera dans la merde. Au propre comme au figuré.

Rosalie :
Encore une épreuve à passer, mon roudoudou. J’espère qu’après ces dix jours, on reprendra une vie normale.

Norbert :
Pas si normal, ma faucille, vu que je n’irai plus jamais aux toilettes de ma vie…

TCHCHCH… MFRLM… CHRUFFFFF… POUF… TCHMLFR… PLOC… TCHOOOOOFRRR… PLOUF …

(Une cataracte déferle, signalée par d’impétueux vacarmes)

Norbert :
C’est parti mon kiki, la deuxième vague.

Rosalie :
Courage, mon Sitting Bull !

TCHCHCH… MFRLM… POUF… TCHMLFR… PLOC…

Norbert :
Il vaut mieux que tu me laisses un moment, ma friandise.

Rosalie (émue) :
Comme tu voudras, mon ortolan.

Norbert (ému lui aussi mais n’en laissant rien paraître) :
La prochaine fois que tu viens me voir, penses à mettre un masque FFP2. (Il inspire un coup et la rappelle) : Prends-en un pour moi aussi, ma pipistrelle !

(À suivre)

 

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